<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-9030524436375822685</id><updated>2011-09-17T06:41:43.499+02:00</updated><title type='text'>Dis maman ils ont disparu comment les dinosaures ?</title><subtitle type='html'>(Ce qui se veut un roman foireux en cours d'écriture...) (Et qui pense à se reconvertir en bulletin météo...)</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://howending.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9030524436375822685/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://howending.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>Valentine</name><uri>http://www.blogger.com/profile/13626335862887319163</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>11</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-9030524436375822685.post-7054166268321986183</id><published>2010-01-18T10:02:00.002+01:00</published><updated>2010-01-18T10:07:50.940+01:00</updated><title type='text'>Fin de la première partie</title><content type='html'>Bon vous voilà avec la totalité du premier jet de la partie une.&lt;br /&gt;(va y en avoir trois)&lt;br /&gt;J'ai modifié le tout au lieux de supprimer les articles, voilà pourquoi le tout date de 2007, en fait c'est bien la dernière version en date... Jusqu'à ce que mes moults correcteurs qui s'acharnent à n****r leur petits yeux sur leur écrans me filent leurs impressions !&lt;br /&gt;Dans la partie deux vous en saurez un peu plus sur Karine, il y aura des chèvres, des bactéries tueuses, des baignoires avec des canards en plastique, des armoire magiques (ah non ça c'est narnia...), des statutes de la vierge qui pleurent du sang, des chaises de bureau moltonnée, et même un ventilateur qui chante du Elvis !&lt;br /&gt;Bonne lecture !&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/9030524436375822685-7054166268321986183?l=howending.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://howending.blogspot.com/feeds/7054166268321986183/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=9030524436375822685&amp;postID=7054166268321986183&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9030524436375822685/posts/default/7054166268321986183'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9030524436375822685/posts/default/7054166268321986183'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://howending.blogspot.com/2010/01/fin-de-la-premiere-partie.html' title='Fin de la première partie'/><author><name>Valentine</name><uri>http://www.blogger.com/profile/13626335862887319163</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-9030524436375822685.post-6803925481825529849</id><published>2007-11-12T01:16:00.002+01:00</published><updated>2010-01-18T09:58:15.133+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 9</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Devant cette cascade d’événements heureux nous prîmes la décision d’entamer nos réserves et de sabrer le champagne avec l’une des meilleures cuvées que nous avions mises de côté.&lt;br /&gt;Le champagne inonda le tapis de l’appartement avant de remplir correctement nos coupes, mais rien ne pouvait gâcher notre joie. Les événements heureux n’étaient pas nombreux ces jours ci, il nous semblait important de fêter chacun d’entre eux.&lt;br /&gt;Déjà à moitié ivres, les deux humains que nous étions entendirent le récit d’une Karine qui, si elle ne pouvait nous rejoindre dans notre ivresse à défaut de pouvoir approcher la boisson de ses lèvres, se laissait emporter par l’allégresse générale si bien que de l’extérieure on aurait pu croire qu’elle était ronde comme un coin.&lt;br /&gt;Tandis que Karine nous déversait un flot de paroles à un débit soutenu, j’écoutais vaguement pour me concentrer sur le verre de Matthieu que je remplissais abondement dès que l’occasion se présentait. Le but de la manœuvre était clair dans mon esprit – c’était d’ailleurs la seule chose qui l’était – il n’y avait plus de police, plus de tribunal pour m’enfermer et me juger pour viol. Ce soir il serait dans mon lit, dans le coma s’il le fallait, mais il y serait !&lt;br /&gt;« - Et des toutes petites, petites, petites, molécules… dans tout plein ! Alors pfffiouuuuu ! Mais je sais tout ! Tout !&lt;br /&gt;Et Karine de mimer les toutes petites petites petites molécules en plaçant son œil entre son index et son pouce.&lt;br /&gt;- Et tes rêves cochons ! J’ai vu tes rêves cochons !&lt;br /&gt;Et elle explosa de rire ainsi que le concerné, bien que devenu rouge écarlate et que moi-même.&lt;br /&gt;- Tu vas faire des bébés aliens !&lt;br /&gt;- Tu as vu à quoi ils allaient ressembler ?&lt;br /&gt;- Deux cents quatre vingt trois millions trois cents seize mille vingt quatre, j’ai compté, horreurs à tête ovale, sans bras et avec une queue immense prêt à sortir et à envahir le monde !&lt;br /&gt;Je retins un haut le cœur de frayeur avant de comprendre qu’elle parlait de spermatozoïdes. Matthieu passa de la couleur rouge à blanche.&lt;br /&gt;- T’as été visiter mes testicules… mais enfin… je ne sais pas, c’est hyper personnel !&lt;br /&gt;Karine explosa de rire de plus belle, à tel point qu’elle tomba à la renverse et que ce fut la seule et unique fois où je la vis étalée sur le sol sans réellement comprendre comment la chose était possible physiquement.&lt;br /&gt;- Tu dois rester ici sur terre, c’est inscrit en toi, tu restes ici. C’est inscrit ! Et tu dois faire un bébé !&lt;br /&gt;- Un seul ?&lt;br /&gt;- Un bébé oui !&lt;br /&gt;Il reprit soudain son sérieux et tenta vainement de reprendre ses esprits pour retrouver la pensée qui lui échappait tout en sachant qu’il avait le doigt sur quelque chose d’important. Mais ce fut moi qui posais naturellement la question :&lt;br /&gt;- Mais avec un seul enfant on ne repeuple pas le monde…&lt;br /&gt;Matthieu acquiesça avec de grands mouvements de tête.&lt;br /&gt;- Avec un bébé, ça non !&lt;br /&gt;- Bah ça c’est dommage ! Il pourra en faire qu’un pourtant ! Ca sera un bébé avec des toutes petites, petites, petites molécules, comme ça regarde, pas plus grandes que dans mes doigts mais en fait l’astuce c’est que je les colle comme ça regarde, on dirait qu’ils sont collés mais en fait il y a des molécules entre les deux. Regarde.&lt;br /&gt;Le visage de Matthieu devint encore un peu plus blanc.&lt;br /&gt;- Tu veux dire… tu veux dire que c’est moi qui vais le mettre au monde ? En plus avec des toutes petites molécules…&lt;br /&gt;- Mais non ! Le bébé il n’aura pas des petites molécules, je ne sais pas à quoi il va ressembler le bébé moi, j’ai seulement vu dedans toi !&lt;br /&gt;- Je vais être enceint !&lt;br /&gt;Il avait l’air vraiment horrifié à présent.&lt;br /&gt;- Mais NON ! Il faut une madame pour faire des bébés, t’es mignon mais qu’est ce que t’es con !&lt;br /&gt;Karine lui avait assurément enlevé un poids d’une tonne des épaules.&lt;br /&gt;- Alors c’est faux aussi, je dois avoir plusieurs bébés ?&lt;br /&gt;Karine, qui finalement était la seule à jeun s’avérait la plus difficile à faire dessaouler, dans un état pitoyable elle tenta d’expliquer à Matthieu que non, il n’aurait qu’un seul bébé, que c’était ce qui était inscrit en lui, elle le fit maladroitement, en parlant de bébés phoques et de jonquilles, mais au bout d’un moment, l’information monta dans le cerveau embrumé de l’homme et les choses y trouvèrent un semblant de clarté.&lt;br /&gt;- Et Ambre alors ?&lt;br /&gt;- Quoi moi ?&lt;br /&gt;- Quoi elle ?&lt;br /&gt;- Elle aussi elle n’est faite que pour avoir un seul bébé ?&lt;br /&gt;- Peut-être qu’elle n’en aura qu’un oui !&lt;br /&gt;- Oh eh dites, c’est d’ailleurs bien suffisant un seul non ?&lt;br /&gt;- Mais on ne peut pas repeupler le monde avec un seul enfant !&lt;br /&gt;- Mais t’espère que j’ai combien de marmot ? Si c’est avec mes deux mouflets que le monde se refait je vais être rapidement grand-mère d’abrutis consanguins ! Je ne peux pas souhaiter l’inceste pour Elisabeth!&lt;br /&gt;- Elisabeth ?&lt;br /&gt;- Oui, ma fille.&lt;br /&gt;- Et si c’est un garçon ?&lt;br /&gt;- Arnaud.&lt;br /&gt;- Les filles arrêtez ! On a un souci là !&lt;br /&gt;- Mais enfin Mat’ ce n’est pas si grave que ça, l’univers a eu un plan jusqu’ici, la suite doit être bien conçue elle aussi !&lt;br /&gt;- Non ! Non ! Nous avons du faire une erreur quelque part ! J’ai du… j’ai peut être porté une ou deux fois des slips un peu trop serrés… peut-être que c’est pour ça… juste un… mais qu’est ce que j’ai fait… Tout est ma faute !&lt;br /&gt;- Mais Matthieu arrête, j’ai lu en toi et il n’y avait rien à propos de ces slips et puis je sais là que tu porte un boxer, tu vois il n’y a rien de grave. Tu es une personne formidable, comme le dit Ambre la suite doit être à la hauteur de tout ce qu’on a vécu pour le moment, c’est logique, tu auras un bébé et peut-être qu’en plus d’être hyper beau comme son papa, il sera hyper fort au point de…&lt;br /&gt;-… Faire des bébés seuls ?&lt;br /&gt;- Ouais !&lt;br /&gt;- Mais il faut que j’en sois certain !&lt;br /&gt;- Là dans l’immédiat ça va être difficile, ça prend du temps ces choses là…&lt;br /&gt;Je fis taire Karine.&lt;br /&gt;- Non ! Il a raison ! Il faut s’y mettre maintenant !&lt;br /&gt;- Karine il faut que tu la touches !&lt;br /&gt;- Oui ! Quoi ? Non ! Oulaaaa, non, moi ça je ne fais pas ! Karine si tu m’approches je hurle !&lt;br /&gt;- Il faut que tu la touches pour savoir si elle va avoir aussi un seul bébé, je trouve ça louche moi !&lt;br /&gt;Je m’éloignais précipitamment.&lt;br /&gt;- C’est hors de question ! Je ne veux pas ! Je ne veux pas que tu lises en moi, je ne suis pas un sujet d’expérience, j’ai le droit à une vie privée, je ne veux pas !&lt;br /&gt;- Ambre arrête de croiser tes doigts devant moi comme un crucifix, je ne vais rien te faire. Mathieu je suis désolée, mais non seulement je ne pense pas que ça marche, nous avons eu de la chance tout à l’heure que cela fonctionne dès le premier coup, mais je suis assez d’accord avec Ambre, je ne tiens pas à abuser de ce pouvoir, ce n’est pas pareil de le faire à un objet et à une personne. C’est… c’est vrai qu’il y a des choses très personnelles qu’on apprend de cette façon… La nature de certains sentiments… tu sais…&lt;br /&gt;Matthieu se pinça les lèvres, gêné.&lt;br /&gt;- Les… oui… Je comprends… Tu vois vraiment tout…&lt;br /&gt;Karine comme par un tour de passe était de retour parmi nous dans un état de sobriété parfait.&lt;br /&gt;- Oui. Mais… C’est bien.&lt;br /&gt;Elle ponctua cette phrase incompréhensible par un sourire charmeur et rassurant à direction de Matthieu, moi je remplissais une énième fois sa coupe de champagne et balançait le cadavre de bouteille à l’autre bout de la pièce où il rejoint les autres.&lt;br /&gt;Dix minutes plus tard Matthieu ne se sentait plus très bien et alors qu’il se levait pour aller soulager sa vessie il fit la constatation que la pièce tournait autour de lui, ce qui ne lui facilitait pas du tout la tâche pour trouver la poignée de la porte des toilettes. Je reconnaissais avoir peut-être forcé un peu trop la dose.&lt;br /&gt;Lorsqu’il revint dans la pièce principale, j’avais prévu la suite et lui proposais de s’allonger dans le canapé-lit et de ne pas hésiter à s’assoupir, que le gentleman qu’il était rejoindrait ses appartement le lendemain… ou pas d’ailleurs, car on pouvait tout aussi bien instaurer un roulement, vous savez, et ce pourrait être Karine qui reprendrait l’étage quelque temps…&lt;br /&gt;- Tu devrais te mettre à l’aise aussi… Enlever tes chaussures, ton pantalon…&lt;br /&gt;- C’est gentil ça Romane, ça va d’ailleurs un peu mieux une fois allongé…&lt;br /&gt;- Je vais fermer les rideaux aussi, on peut continuer à discuter dans le noir, la lumière ça donne vite mal au crâne quand on a trop bu !&lt;br /&gt;- Merci c’est sympa.&lt;br /&gt;- Je vais aller te chercher un verre d’eau dans la cuisine, tu viens avec moi Karine ?&lt;br /&gt;- Non, je te laisse y aller, tu n’as pas besoin de moi pour ces choses là !&lt;br /&gt;- Non… mais on va laisser un peu Matthieu au calme quelques minutes, qu’est ce que tu en dis ?&lt;br /&gt;J’appuyais mes dires avec un regard entendu, mais elle ne le vit pas bien sûr, il faisait noir.&lt;br /&gt;- Il est juste bourré, pas en phase terminale !&lt;br /&gt;- Non mais c’est vrai qu’un verre d’eau n’est pas de refus, un grand même, pour éviter que mon estomac ne contienne que de l’alcool… je sens déjà la gueule de bois que je vais avoir demain au réveil ! Je ne veux pas te déranger, je suis désolé, je voudrais bien y aller mais je crois que mon estomac ne sera pas d’accord avec un changement de position de l’horizontale à la verticale !&lt;br /&gt;- Mais quand je reviendrai, il faudra que tu viennes voir deux secondes Karine, que je t’explique un truc auquel j’ai pensé…&lt;br /&gt;- Oui ok si tu veux ! »&lt;br /&gt;Je sortis donc du salon pour rejoindre la cuisine. J’avais une chanson paillarde qui me trottait dans la tête, ma tête qui tournait aussi amplement à cause du champagne. KO technique comme toujours à cause des bulles…&lt;br /&gt;Je remplis un demi-litre d’eau dans une cruche et soudain il me vint à l’idée de pimenter encore un peu les choses. Comme la salle de bain était aussi de ce côté de l’appartement, j’allais y faire un tour, voir si je ne pouvais pas trouver dans l’armoire à pharmacie quelque chose d’utile…&lt;br /&gt;« Il doit bien y avoir un truc aphrodisiaque là dedans ! »&lt;br /&gt;Effectivement à ma connaissance il y avait beaucoup de chose à la réputation aphrodisiaque, mais pour mettre toutes les chances de mon côté, je jetais dans la cruche d’eau du viagra, du ginseng, et du côté de la cuisine, de la cannelle, de la sauce d’huitre, de la gelée royale, de la vanille et des clous de girofle, tout en espérant que mon mélange ne le tuerai pas.&lt;br /&gt;Cela dit s’il mourait après que j’ai couché avec lui ça expliquait pourquoi il était prévu qu’il n’ait qu’un seul enfant !&lt;br /&gt;Histoire de donner un dernier coup de pouce au destin et de forcer Matthieu à avoir un regain d’énergie, je prélevais un peu de cocaïne que j’avais mise de côté dans mon sac le jour où j’avais trouvé l’arme à feu.&lt;br /&gt;La mixture que je tenais entre mes mains tirait anormalement sur le marron, jamais à la lumière du jour je n’aurai pu faire croire qu’il s’agissait encore simplement d’eau à moins de prétexter un problème avec la plomberie. C’état donc bien ma veine d’avoir tiré les rideaux et apporté l’obscurité dans le salon.&lt;br /&gt;Je ne m’en fis pas à propos du goût. Après tout il était ivre, j’étais certaine de pouvoir lui faire avaler quoi que ce soit.&lt;br /&gt;Je retournais donc rejoindre ma future victime, un speech tout prêt en tête pour faire fuir Karine une fois à l’intérieur, cela bien que j’en étais à un point de frustration où je me serais moquée qu’elle regarde !&lt;br /&gt;J’avais laissé la porte entrouverte si bien que le peu de lumière du couloir ne fit pas de grande différence lorsqu’il pénétra dans la pièce. J’allais m’excuser pour avoir pris autant de temps lorsque mes yeux distinguèrent plus distinctement les formes, les formes des objets mais aussi des deux personnes allongées dans mon lit qui s’embrassaient avidement à tel point qu’ils n’avaient pas remarqué ma présence.&lt;br /&gt;C’est le verre d’eau qui s’échappa de mes mains et vint se briser contre le parquet qui l’annonça. Les deux autres sursautèrent et Karine retira vivement son corps de l’endroit où il reposait, c'est-à-dire sur celui de Matthieu, je vis que son tee-shirt était déjà légèrement remonté sur son ventre, elle se rhabilla prestement et me regarda sans rien dire avec un air désolé.&lt;br /&gt;Je ne perdrai pas la face.&lt;br /&gt;« - Mais comment peux-tu…&lt;br /&gt;Je me repris rapidement.&lt;br /&gt;- … le toucher ? Comment est ce possible physiquement ?&lt;br /&gt;Surtout ne pas montrer que dans ma poitrine un étau monstrueux pressait, écrabouillait mes poumons et les laissait à peine se remplir.&lt;br /&gt;- Je n’en ai aucune idée… Je le pouvais peut-être dès le début, nous n’avions jamais essayé en réalité.&lt;br /&gt;C’était vrai. Nous avions été stupides.&lt;br /&gt;- Tant que je ne provoque pas les flashs, c’est juste physique, il ne semble pas y avoir tout le… truc… derrière… Romane euh… je suis désolée, je devrais peut-être… aller continuer mon entrainement… Tu n’aurais… euh… La vérité c’est que je me sens affreusement gênée et je ne sais pas pourquoi !&lt;br /&gt;Elle ne sait pas pourquoi ? Elle a de la chance que moi je ne puisse pas la toucher, Elle aurait bouffé de la phalange !&lt;br /&gt;- Pourquoi ? Il n’y a pas de raison ! Nous n’avons plus cinq ans, je peux comprendre que vous… voila !&lt;br /&gt;Matthieu restait silencieux, son mal de crâne semblait avoir repris de plus belle. Karine par contre se rendait compte que quelque chose peut-être n’allait pas…&lt;br /&gt;- Romane tu es sûre ? Ca va ?&lt;br /&gt;- Oui ! Oui bien entendu ! Je vais, je vais aller… retourner dans la cuisine. Manger… quelque chose. »&lt;br /&gt;Aussitôt dit, aussitôt fait je me retournais mais au lieu d’atteindre la porte de l’entrée j’atteignis le mur de plein fouet et me retrouvais assise sur le sol encore plus sonnée que je ne l’étais déjà. Matthieu et Karine bondirent du lit pour vérifier que tout allait bien, même s’il semblait que ça ait demandé un effort tout particulier pour le jeune homme.&lt;br /&gt;« Romane ? Ca va ? »&lt;br /&gt;Dans un réflexe qui n’avait rien de naturel pour sa condition, mais venant plutôt de tous les instincts humains que j’avais placés en elle en la créant à partir de moi, elle posa une main sur mon épaule, se voulant réconfortante.&lt;br /&gt;Il s’avéra qu’elle ne contrôlait pas si bien que ça les flashs car elle en eu un à ce moment précis. Il y eu un silence anormalement long. Son visage exprima une profonde gravité qui ne laissait pas de doute, elle avait appris quelque chose de bouleversant avec celui-là.&lt;br /&gt;C’est lorsque, dans un murmure à peine audible, elle prononça ces mots que je compris à mon tour et me levais prestement pour m’enfuir en courant.&lt;br /&gt;« Tu l’as déjà mis au monde. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;***&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’odeur de cet appartement me rappelait celle d’une maison de retraite. Il y avait comme des particules de lavandes qui flottaient dans l’air, un effluve de déodorisant pour les chiottes, mais aussi une odeur d’antiseptique et par-dessus tout ça, un fort relent de moisi et d’urine.&lt;br /&gt;J’avais d’abord été dégoûtée, j’avais vomi sur le pas de porte, pas encore tout à fait habituée à cette agression pour mes cavités nasales qui gagnait la ville petit à petit, puisque depuis plusieurs mois nous vivions dans l’ancien appartement de Matthieu, mais je n’avais pas voulu quitter ce nouvel appartement-ci. L’odeur était comme une épreuve de force et je désirais me tester, me prouver que je valais encore quelque chose.&lt;br /&gt;J’avais cherché du coton dans la salle de bain, il était légèrement humide et lui aussi sentait mauvais, mais moins que le reste de l’appartement, alors je m’en étais enfoncé au plus profond de mes narines jusqu’à ce que je comprenne que l’odeur nauséabonde m’aidais à rester éveillée, à me concentrer.&lt;br /&gt;Maintenant j’inspirais à plein poumon l’odeur de la ville en décomposition et ça me brulait. C’était comme tirer très fort sur une cigarette sans filtre, sur un joint, ça faisait mal et ça faisait aussi du bien. En me concentrant un peu j’étais presque sûre de sentir quelques unes de mes neurones griller et je commençais à surveiller l’éventuellement apparition d’un parfum de friture qui proviendrait de moi-même.&lt;br /&gt;Grâce à l’odeur je gardais les yeux ouverts et le cerveau en alerte. Je réfléchissais. Je bouillonnais. Je revivais en flash back permanent la scène qui s’était déroulée deux jours plus tôt, retournais dans ma tête cet évènement qui avait tout fait basculer.&lt;br /&gt;De réflexions en réflexions j’en venais à cette constatation : Dans ma propre vie, je ne jouais qu’un rôle secondaire. Dans ma propre histoire je n’étais même pas le personnage principal.&lt;br /&gt;J’avais d’ailleurs bien raison.&lt;br /&gt;Lorsqu’il fallu manger, que de douloureuses crampes naquirent au creux de mon estomac me rappelant ce besoin primaire, j’ouvris les placards et vidais la seule boite de conserve qui s’y trouvait. Je mangeais ensuite le contenu de quelques paquets de gâteaux sans m’inquiéter de leur consistance parfois pâteuse, au goût de champignon prononcé, parfois sèche et poudreuse et dorénavant fourrés aux asticots, aux larves de mouches. Mon estomac l’accepta parce qu’il n’avait rien d’autre sous la main.&lt;br /&gt;Je ne dormais plus non plus, et dans mes insomnies mes propres pensées devenaient trop invasives. Plus je pensais à la situation présente plus je me trouvais inutile, plus je finissais par me détester.&lt;br /&gt;J’entrais dans une folie introspective incroyable et il m’apparaissait clairement que je ne valais rien.&lt;br /&gt;La pourriture qui se trouvait sur ce que je mangeais avait visiblement un effet excitant sur moi et empirait la situation dans laquelle je m’enfermais.&lt;br /&gt;Le personnage principal de ma vie c’était Karine. Elle était sortie de mon imagination et m’avait volé la vedette, le rôle principal et même l’homme qui m’obsédait.&lt;br /&gt;Pire, elle m’avait fait croire que j’avais un rôle majeur, elle m’avait fait miroiter la place la plus importante. Elle m’avait dit que j’allais enfanter le futur de l’univers, elle m’avait préparé à un destin hors du commun, mais au moment même où elle faisait germer cette idée en moi, mon destin était déjà accompli.&lt;br /&gt;Je m’étais préparée doucement à vivre une folle aventure, mais il n’y allait pas avoir d’aventure pour moi. La grande aventure c’était de rester alors que tout le monde avait disparu et de créer Karine, après ça je ne servais plus à rien.&lt;br /&gt;J’avais bien joué mon rôle, sans même m’en apercevoir, j’avais de grandes attentes pour l’avenir parce que je savais qu’il allait se passer des choses incroyables, mais tout était dans mon passé en réalité, le futur ne serait pas fantastique, je comprenais que l’univers se fichait que je sois dans un environnement qui ne m’étais pas familier, il n’avait plus de plan pour moi, je devais me contenter de disparaître à mon tour, mais je n’aurai pas la chance qu’avaient eu les autres, ça ne serait pas rapide, ce serait long et douloureux.&lt;br /&gt;Je comprenais soudain ce que pouvaient ressentir les chiens abandonnés sur les aires d’autoroute sur la route des vacances et toutes les campagnes de préventions de la société protectrice des animaux m’apparurent comme sensées.&lt;br /&gt;Le monde voulait donc m’abandonner, ne plus me voir, il fallait faire de la place pour Karine, je n’étais pas la bienvenue dans le décor. J’avais de quoi m’en vouloir, à côté d’elle je ne faisais pas le poids. Je n’avais rien fait de plus que ce que le plan prévoyait pour moi, j’étais restée et j’avais donné vie à Karine, à côté de ça j’avais eu le monde entier pour accomplir de grandes choses, mais je m’étais laissé aller à la procrastination. Karine elle était pleine de vie, de volonté, de caractère et en plus elle était magnifique physiquement.&lt;br /&gt;Je comprenais que Matthieu ait flashé sur elle et non pas sur moi, je ne pouvais pas le lui reprocher. Après tout elle était la représentante de l’évolution, quand on choisit un portable, on ne prend jamais un vieux modèle, on veut du neuf, sa réaction était logique.&lt;br /&gt;Mais il était un homme comme moi, lui aussi devait donner naissance à un être comme Karine, il aurait pu être ma raison de vivre, si mes sentiments avaient été réciproques cela aurait pu donner une belle histoire, une raison suffisante de rester ici. J’aurai eu un but dans la vie, ce qui me manquait cruellement dorénavant.&lt;br /&gt;C’était Karine une nouvelle fois. Karine avait tout ce qu’elle pouvait désirer ! Elle avait des pouvoirs, elle avait un avenir, elle avait le dernier homme de la Terre !&lt;br /&gt;L’univers était particulièrement injuste. Il oubliait un peu trop facilement que j’étais aussi une de ces créatures ! J’avais fait tout ce qu’il attendait de moi, je n’avais donc droit à aucune récompense ? Que Karine soit sa préféré je l’avais bien saisi, mais j’existais encore et je méritais un minimum d’attention ! Ce n’est pas comme s’il avait foule à s’occuper comme autrefois ! Il ne lui restait que trois êtres à s’occuper maintenant, ce n’était pas trop lui demander !&lt;br /&gt;Je criais pour obtenir un signe, j’apostrophais l’univers pour qu’il me fasse comprendre qu’il ne se moquait pas de moi, que j’avais de l’importance à ses yeux, et quand à force de frapper le mur avec une chaise, le lustre du plafond s’effondra à mes pieds je compris qu’il ne sortirait rien de bon de tout ça.&lt;br /&gt;C’était donc comme ça qu’il le prenait. Dommage pour lui alors car j’étais plus résistante qu’il le pensait, je ne me laisserais pas abattre si facilement, je serais pour lui comme une invasion de cafard, il pouvait essayer de m’écraser autant qu’il le voulait, je réapparaitrais toujours !&lt;br /&gt;J’aurai pu aider l’univers dans son plan mais il ne voulait plus de moi, il avait profité de moi et m’avait rejeté ensuite, si je ne pouvais pas bosser avec lui, ce serait donc contre lui. Il venait de se faire un ennemi qui n’avait plus rien à perdre et qui connaissait ses désirs.&lt;br /&gt;L’avantage de sentir qu’on n’a plus la moindre importance, c’est que tous les interdits se lèvent. Je venais de découvrir que je pouvais tout faire, que si je ne pouvais pas être le héro de l’histoire, alors je serai le personnage qui l’affronterait.&lt;br /&gt;J’allais tuer Karine. &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/9030524436375822685-6803925481825529849?l=howending.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://howending.blogspot.com/feeds/6803925481825529849/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=9030524436375822685&amp;postID=6803925481825529849&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9030524436375822685/posts/default/6803925481825529849'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9030524436375822685/posts/default/6803925481825529849'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://howending.blogspot.com/2007/11/partie-11.html' title='Chapitre 9'/><author><name>Valentine</name><uri>http://www.blogger.com/profile/13626335862887319163</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-9030524436375822685.post-1089322757716378261</id><published>2007-10-16T04:59:00.003+02:00</published><updated>2010-01-18T09:57:07.550+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 8</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Quand la quasi-totalité de l’espèce humaine disparaît comme par enchantement, la notion de choses possiblement réalisables a une tendance à s’étirer pour englober un bon paquet de faits. J’en étais surement à deux doigts de croire à nouveau au Père-Noel. En admettant que Karine ne se trompe pas et en admettant que des êtres comme le yeti, les elfes, les fées aient pu exister, ces créatures devaient être encore là…&lt;br /&gt;« - Ambre je te le répète, il n’y a personne qui descendra par la cheminée pour te violer, arrête ! C’est le troisième appartement qu’on fait, et à chaque fois il n’y avait aucune cheminée !&lt;br /&gt;- Ce n’est pas une raison qu’il n’y ait pas de cheminée ! Il trouve toujours un moyen pour rentrer !&lt;br /&gt;- N’y vois rien de personnel, mais j’vais aller voir le furet si tu veux bien… »&lt;br /&gt;Une semaine passa, rythmée par nos entrainements respectifs. Moi l’arme à feu et la survie mode post-apocalyptique et Karine sur ses dons étranges, le tout avec des résultats plus ou moins concluants.&lt;br /&gt;« Aaaaah ! De l’eau, de l’eau ! »&lt;br /&gt;Rapidement je lançais mon livre à travers la pièce et me précipitais pour répondre à l’appel à l’aide. Dans une pièce voisine Karine courrait partout, une grimace sur le visage et les mains devant elle. Une fois en face de cette scène je me retrouvais totalement impuissante, me demandant ce qu’elle attendait de moi.&lt;br /&gt;« De l’eau !&lt;br /&gt;- Mais de l’eau pour faire quoi ? »&lt;br /&gt;Elle s’arrêta enfin et répondit avec un air de dégout :&lt;br /&gt;« - Je dois me laver les mains !&lt;br /&gt;- Mais tu ne peux pas toucher l’eau ! Qu’est ce que…&lt;br /&gt;- Je ne peux pas toucher l’eau mais j’ai touché ce truc là, la sculpture bizarre de l’ancien locataire de l’appartement ! »&lt;br /&gt;- Quoi ? L’espèce de stick argenté là ? Mais c’est quoi le problème, si tu as vraiment le don de tout comprendre depuis l’intérieur, toucher une œuvre d’art ça doit être une expérience géniale !&lt;br /&gt;- Oh le côté expérience artistique, oui c’est super intéressant, mais jette-la à la poubelle ! Tu ne veux pas savoir pourquoi le type qui habitait ici l’a acheté et ce qu’il a fait avec… où… »&lt;br /&gt;La sculpture phallique passa par la fenêtre.&lt;br /&gt;Trois jours pour vider la cave d’un immeuble, une pièce fraiche pour garder certains produits. Malheureusement ma tentative désespérée pour y faire, selon une recette trouvée dans un livre, de la viande séchée, ma seule chance de conserver le peu de viande que je trouvais dans les congélateurs avant qu’elle ne se réchauffe, se solda par un échec cuisant et eu pour premier effet d’y introduire une invasion de mouches. Il fallu attendre trois jours de plus et quelques bombes d’insecticide pour retenter l’expérience, mais il était déjà trop tard.&lt;br /&gt;Au fil des jours après qu’elle ait réussi à toucher une petite vingtaine de pièces du mobilier, je fis remarquer à Karine que ce qu’elle faisait pour se détendre, dresser le furet, méritais peut-être autant d’attention que ses exercices sur le toucher. En effet j’étais impressionnée par la facilitée qu’elle avait à se faire comprendre par la bestiole. En seulement deux jours Gitz avait assimilé les positions assis, couché et chandelle.&lt;br /&gt;« Pour le moment ça ne sert à rien, c’est vrai, mais peut-être que tu finiras par lui apprendre à être un furet. Il ira chasser des petits animaux et je pourrai manger de la viande ! »&lt;br /&gt;Peu à peu nous nous améliorions chacune dans nos domaines. Doucement soit, mais nous avancions. La chance aidait beaucoup aussi...&lt;br /&gt;« - Karine ! Karine ! Regarde ! J’ai tué un pigeon !&lt;br /&gt;- Avec le fusil à plombs que tu as trouvé ?&lt;br /&gt;- Oui !&lt;br /&gt;- Bravo ! C’est dingue ! Toutes mes félicitations ! »&lt;br /&gt;Je répondis un grand merci et proportionnellement un aussi grand sourire.&lt;br /&gt;« - Tu es passée aux cibles mouvantes alors ?&lt;br /&gt;- Bah… en fait… Non pas encore. Disons qu’il volait très bas, à peu près à la hauteur que je visais… »&lt;br /&gt;Et puis très fière de mon exploit malgré tout et légèrement poussée par mon manque de viande à ce moment là, mes dernières denrées animales s’étant décomposées dans la cave, je décidais de plumer l’oiseau pour le cuisiner.&lt;br /&gt;C’est aussi de façon totalement involontaire que Karine le toucha et m’informa du nombre de maladies que j’attraperai si jamais je m’aventurai à avaler une bouchée de sa chaire, ponctuant le tout d’un :&lt;br /&gt;« Et puis c’est logique, comment tu peux avoir envie de manger un piaf qui a des champignons sur les pattes, on aurait dit qu’il avait des mini-tomates sur les doigts ! »&lt;br /&gt;La faim cela dit je gérais. Le froid j’avais plus de mal. Finie l’héroïne sexy qui avait vécu la fin du monde et en prenait possession comme son royaume. J’étais passée en mode mamie : pulls de laine et gros tricots et je prenais une douche seulement tous les deux jours pour éviter tout contact avec l’eau glacée qui coulait des robinets de la baignoire. Le fait de me dire que des millions de personnes avaient du vivre autrefois sans la fée électricité ne m’était d’aucun réconfort, tant mieux pour Laura Ingalls si elle arrivait à passer le temps avec un bout de bois et quatre cailloux, moi je flippais à l’idée d’aller aux toilettes la nuit sans pouvoir allumer la lumière !&lt;br /&gt;Il y avait encore tellement de chemin à parcourir avant de devenir une véritable habitante du monde détruit. Je quittais peu nos demeures temporaire pour mettre le nez dehors, ou juste pour des endroits fermés. La bibliothèque principalement. Je cherchais des idées dans les livres, des réponses à des questions que je ne savais même pas énoncer véritablement, je cherchais un mode d’emploi qui n’existait pas. J’abandonnais rapidement mes lectures de manuels techniques, lassée d’ingurgiter des pages de textes dont seulement quelques lignes m’étaient véritablement utiles. Les romans me faisaient passer le temps au moins eux. J’avais le besoin de devenir cette encyclopédie vivante pour parer à toutes éventualités, mais ma situation demandait un tri informatif imposant, il y avait de nombreuses choses à oublier alors qu’elles étaient considérées comme vitales auparavant. J’avais l’air fine à savoir maitriser parfaitement un téléphone portable que je ne pouvais même plus recharger…&lt;br /&gt;Heureusement la situation allait changer.&lt;br /&gt;Le don de Karine était fabuleux mais elle ne le maitrisait pas. La bonne volonté qu’elle mettait sans faiblir à poser ses mains sur tout et n’importe quoi était rafraichissante, mais elle m’avoua un soir que la progression de son don se faisait sans elle.&lt;br /&gt;« - Les changements ne viennent pas de mon bon vouloir. Tout ça n’a rien à voir avec le fait que je m’entraine. En réalité le fait que je m’entraine ça ne sert absolument à rien. Quand je touche un objet à chaque fois c’est comme si c’était par hasard, pas parce que je me suis concentrée deux heures dessus. J’ai l’impression que je ne peux pas forcer ces choses là à se faire. Je le sens, je change de l’intérieur. C’est comme quelque chose qui monte de plus en plus au fond de moi. J’ai le sentiment de devenir quelqu’un d’autre. Ca s’accomplit au fur et à mesure de plus en plus, mais cette montée c’est très perturbant, je vais devenir quoi au bout de tout ça ?&lt;br /&gt;- Tu deviens une femme, ma fille ! Je te souhaite simplement que ça ne fasse pas trop mal au ventre tous les mois, ça c’est l’horreur… »&lt;br /&gt;Toujours est-il qu’à force de laisser des livres éparpillés un peu partout du sol au plafond, il arriva enfin que Karine en touche un. Elle vînt me voir avec hésitation et incertitude et me demanda presque timidement, en me donnant le titre de l’ouvrage, ce qu’il se passait à l’intérieur. Comme je n’avais pas entamé cette lecture-ci, je dus l’ouvrir et lui lire à voix haute les première lignes avant qu’elle ne m’arrête dans mon élan.&lt;br /&gt;« - Je l’ai lu ! En le touchant j’ai lu tout le roman ! Le tout en à peine une seconde !&lt;br /&gt;- Tout le roman ?&lt;br /&gt;- Oui, la moindre ligne !&lt;br /&gt;- Tu veux dire que tu connais tous les personnages, les lieux, l’histoire, que tu pourrais en parler ?&lt;br /&gt;- Tu veux un compte rendu ou quoi ?&lt;br /&gt;- C’est fantastique ! Tu comprends les possibilités que ça ouvre ?&lt;br /&gt;Elle répondit d’un joli sourire qu’elle perdit aussitôt lorsque je lui ordonnais de rester assise devant le tome A de la Grande Encyclopédie jusqu’à ce qu’elle le touche enfin.&lt;br /&gt;- Le prochain objet que tu dois toucher c’est ça !&lt;br /&gt;- Y’a comme un traquenard là…&lt;br /&gt;- C’est toi mon mode d’emploi ! Tu vas te faire une culture générale béton en touchant des tonnes de livres. C’est la méthode la plus rapide ! Tu touches, tu fais le tri et ensuite tu me donnes des idées et instructions sur ce que je dois faire !&lt;br /&gt;- Ca ne marchera jamais.&lt;br /&gt;- Pourquoi ? C’est une super idée ! Toi la théorie, moi la pratique ! Toi tu sais, moi je fais. Comme ça on se complète parfaitement !&lt;br /&gt;- Ca ne marchera pas. Déjà parce que moi ca ne m’apporte rien, je n’ai aucun besoin matériel, je ne vais pas ingurgiter des milliards de mots alors que je peux l’éviter. Ca te fais de l’exercice de ramer, je vais donc te laisser le faire. Seule. Ensuite parce que je ne suis pas une machine ! Si je peux tout connaître rapidement, je ne vais pas pour autant tout retenir ! Pour des choses qui exigent de suivre une démarche pas à pas, c’est bien plus efficace de lire les instructions au fur et a mesure, doucement, que de tout t’apprendre dans un flash comme je le fais et d’essayer ensuite de mémoire de tout remettre dans l’ordre…&lt;br /&gt;- Alors tu as enfin là une piste sur le véritable entrainement que tu dois faire. Si tu ne peux pas avoir d’influence sur le moment où tu as tes flashs tu peux peut-être essayer d’influence la durée des flashs. Faire en sorte que tu puisses avoir ces visions aussi longtemps que tu touches les choses.&lt;br /&gt;- On verra… J’ai le temps.&lt;br /&gt;- Peut-être que non.&lt;br /&gt;- Tu as peur de quoi ? Que le propriétaire vienne réclamer le loyer ?&lt;br /&gt;- C’est un jeu pour toi ?&lt;br /&gt;- Pardon ?&lt;br /&gt;- Oui, ça t’amuse de me faire fouiller dans tous les sens quand tu le veux bien, ça t’amuse de me voir surmonter les difficultés. Tu t’en moques, toi tu n’as besoin de rien ! A quoi elle te sert ta vie ? Pour le moment ça t’amuse parce que tu te découvres des capacités hors du commun, mais quand tu sauras les maitriser, dis moi, qu’est ce que tu vas faire pour éviter de mourir d’ennui ? Pour le moment qu’est ce que je suis pour toi ? Une distraction : il m’est arrivé quelque chose d’hors du commun à moi aussi mais plutôt que m’aider tu vois les choses de l’extérieur, comme si j’étais un bon film et éventuellement quand l’intrigue ne va pas assez vite à ton goût tu me forces un brin à aller plus vite ! Mais il serait temps que tu te décides à m’aider vraiment !&lt;br /&gt;- Insinuer que je suis une petite égoïste, je ne suis pas certaine que ce soit la meilleure méthode pour me convaincre vois-tu…&lt;br /&gt;- Tu sais, ton don ne t’est pas toujours utile. Tu es incapable de mettre un doigt sur notre situation et de tout comprendre instantanément alors je vais te filer un coup de pouce. Je n’ai pas seulement besoin de toi. Toi aussi tu as besoin de moi. Je risque ma vie ici, j’ai grandi dans cette ville mais ce n’est plus le même monde dorénavant et je ne suis pas prête pour tout ça. S’il m’arrive de mourir, qui sait si tu ne disparaitras pas en même temps que moi ! Et imaginons que tu survives… Tout ce que tu auras à faire c’est à errer comme un fantôme…&lt;br /&gt;Elle me regardait avec une certaine forme de terreur et de surprise dans les yeux.&lt;br /&gt;- Tu penses vraiment que je me moque de toi ?&lt;br /&gt;- Je sais que tu m’apprécies plus que tu ne le montres. On passe notre temps à nous chamailler et dans notre amitié c’est une façon de se montrer qu’on tient à l’autre et ça nous distrait en même temps. Mais parfois il faudrait que tu vois au-delà de cette distraction. On est dans cette aventure à deux, prends-y réellement part. Il n’y a pas d’un côté tes pouvoirs, de l’autre ce qu’il m’est arrivé, le tout est lié !&lt;br /&gt;- D’accord... Je comprends. Mais que veux-tu que je fasse de plus ? Je ne t’ai pas raconté de blague, je ne sais pas comment je dois avancer et tant que je ne maitrise pas ce don, je ne vois pas comment je peux t’être utile.&lt;br /&gt;- Alors laisse-moi t’entrainer. Moi j’ai quelques idées…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;***&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- « La centrale électrique ? Qu’est ce qu’on vient faire ici ?&lt;br /&gt;- Pour le moment on va fouiller…&lt;br /&gt;- Pour trouver ?&lt;br /&gt;- Un manuel, un truc où il y aura des instructions, tu vas m’aider à tout remettre en route !&lt;br /&gt;- A toi toute seule tu veux remettre le courant dans la ville ?&lt;br /&gt;- Non à nous deux ! »&lt;br /&gt;Ainsi nous avons mis une bonne journée à dénicher le moindre bout de papier qui trainait dans toutes les salles de l’incroyable structure. Je les regroupais en piles énormes, mon but était simple : chaque pile devait être remplies du plus d’informations possibles.&lt;br /&gt;- « Il faudra que tu touches tout ça, ces documents ne vont pas forcément avoir de rapport les uns aux autres mais à priori il ne devait pas y avoir besoin que le tout soit relié correctement. J’espère que le fait de les toucher t’apprenne tout ce qu’il y a dans la pile entière. C’est la première chose sur laquelle tu dois bosser : étendre ton don non pas à un document mais à ce qui l’entoure, ici entre autre, d’autres documents.&lt;br /&gt;- La première chose ?&lt;br /&gt;- La seconde c’est la durée. Il ne faut pas que tu te contentes d’un flash, il faut que tu apprennes à faire durer ce moment où tu connais tout sur ce que tu touches.&lt;br /&gt;- Mais je vais faire ça comment ?&lt;br /&gt;- On va bosser sur ta concentration. Je sui persuadée que tu es trop impatiente pour te focaliser longtemps sur une même chose, ou pour être dans un état qui te prépare à la vision que tu vas avoir. J’ai déniché des bouquins à la bibliothèque avec des techniques de relaxation, des machins bouddhistes, de yoga et des trucs de voyance, mais on devrait réussir à obtenir un certain résultat.&lt;br /&gt;- Et le fait que tu ais pris des provisions pour tenir un siège, ton sac de couchage et le furet ça sous entend que ça va prendre du temps non ?&lt;br /&gt;- On ne part pas d’ici tant que le courant n’est pas revenu et le furet aussi c’est pour ton entrainement. Je crois que tu as un don pour lui apprendre les trucs à faire, je veux développer ça aussi. »&lt;br /&gt;Tous les jours pendant une bonne heure j’obligeais Karine à s’allonger sur le sol de béton froid de la centrale, sans la moindre culpabilité puisqu’elle était incapable de sentir à quel point cela était inconfortable. Elle devait alors s’imaginer une vague bleue qui la submergeait petit à petit, des pieds jusqu’à la tête. L’heure suivante elle essayait tout bonnement de faire le vide dans son esprit et de ne penser à rien après quoi elle passait une heure devant une des piles, attendant un flash de connaissance. Une heure ensuite à se concentrer sur chaque partie de son corps. Elle les énumérait à voix haute et tentait de les « ressentir ».&lt;br /&gt;- « Ventre…&lt;br /&gt;- Sois plus précise !&lt;br /&gt;- Euh… Estomac… ?&lt;br /&gt;- Vas-y essaie de le ressentir…&lt;br /&gt;- Elle est marrante ! Je ne suis pas médecin, j’sais même pas où il est sensé être exactement… Et puis pour l’utilité que j’en ai, je ne suis même pas sure d’en avoir un…&lt;br /&gt;- Ouais donc tu disais… Ventre… Concentrée ! Reste concentrée ! »&lt;br /&gt;Je la laissais jouer avec le furet après ça, lui apprendre des tours la détendait même s’il s’agissait d’un véritable exercice de mon point de vue. On recommençait par la suite tous les exercices.&lt;br /&gt;Après quelques jours il y avait certains progrès. La visualisation de la vague bleue qu’elle exécutait auparavant en quinze minutes à peine si bien qu’elle recommençait quatre fois la chose dans l’heure vint à prendre deux fois plus de temps. Faire le vide dans son esprit, elle m’avoua qu’elle y arrivait parfois et que ça devait bien durer au moins trois secondes même si finalement elle n’en avait aucune idée puisqu’elle ne devait pas même penser au temps… Le fait de se concentrer sur son corps était encore un échec.&lt;br /&gt;- «… En même temps, quand je le fais c’est avec la conviction que si je me touche moi-même j’en apprendrais bien plus, mais quand toi tu dors et que je dois m’occuper c’est ce que j’essaie de faire et ça ne marche jamais… »&lt;br /&gt;Toucher les piles de documents donnait des résultats, purement aléatoires mais les visions venaient presque deux ou trois fois dans l’heure. Elles ne duraient jamais plus que le temps d’un flash, mais je lisais sur son visage une crispation certaine quand il venait, témoin de sa volonté de concentration.&lt;br /&gt;- « Je n’ai pas réussi à lire la pile entière. Mais je peux le faire ! C’est la pochette plastique qui m’a stoppée. Le fait que ce ne soit pas la même matière, c’est comme si la vision avait vu que j’avais voulu la berner en regroupant les documents et qu’elle soit stoppée quand elle a remarqué une matière différente ! »&lt;br /&gt;Alors on sépara la pochette plastique du reste des documents et on ne concentra les entrainements que sur elle.&lt;br /&gt;- « Il faut que tu arrives à « lire » la pochette et ce qu’elle contient sans être stoppée par la matière. »&lt;br /&gt;Apprivoiser le furet était ce qui donnait le plus de résultat.&lt;br /&gt;- « Ce qui est étonnant c’est à quel vitesse il comprend tes instructions. Je suis certaine que tu peux lui demander de faire un peu n’importe quoi. Essaie de prendre pour acquis le fait qu’il te comprend et demande lui de faire un nouveau tour.&lt;br /&gt;- Ca ne marchera jamais, là tu rêves !&lt;br /&gt;- Essaie ! Non, pas comme ça, essaie avec un peu plus de conviction, utilise ce que tu as appris pour te concentrer, focalise toi uniquement sur les instructions que tu vas lui donner. »&lt;br /&gt;Et cela fonctionna. Je fus surprise de constater ce qu’elle lui avait demandé lorsque je vis l’animal hésiter puis se diriger avec difficulté, comme si lui-même était concentré sur la tâche à effectuer, vers le bouton de mon pantalon de rechange et en arracher le bouton de ceinture de ses dents avec la plus grande hésitation, mais me réjouis tant bien que mal devant la réussite certaine de l’expérience.&lt;br /&gt;Naturellement par la suite, quand devant mon insistance elle lui demanda de le recoudre, il afficha un air paniqué et couru se réfugier dans sa sacoche de transport.&lt;br /&gt;Au bout de deux semaines je du retourner chercher des provisions ainsi qu’un pantalon, mais l’entrainement se poursuivit.&lt;br /&gt;- « La seule chose que je regrette, c’est que ce ne soit pas un entrainement de karatéka, basé sur le physique, parce que je rêve de te faire imiter la grue en équilibre sur des poteaux de bois ! »&lt;br /&gt;Vivre dans la centrale électrique n’était pas désagréable. Le siège du bureau du directeur était plutôt confortable pour dormir la nuit et le bâtiment avait un style très industriel, si bien que ce n’était pas si choquant de le voir désert. Dans les appartements ou la rue l’absence de population faisait toujours un drôle d’effet, dans ce genre d’endroit cette impression était moins forte.&lt;br /&gt;Dans l’une des parties de la centrale, une passerelle était suspendue au plafond. De là haut nous pouvions à travers une grande baie vitrée, observer ce qu’il se passait au dehors, c'est-à-dire absolument rien si ce n’est des combats de chiens ou de chats errants. Le spectacle était parfois d’une absolue cruauté, je l’observais la main posée inconsciemment sur le revolver à ma ceinture puis finissait souvent par détourner les yeux par dégoût sans pouvoir m’ôter des oreilles, parfois pendant des heures, les aboiements et les râles d’agonies de certaines de ces créatures infortunées.&lt;br /&gt;- « Pourquoi ils s’entretuent ?&lt;br /&gt;- Euh je dois arrêter d’imaginer la vague bleue là ou tu parles toute seule ?&lt;br /&gt;- Je pensais que l’homme était un être cruel mais finalement pas plus que les autres.&lt;br /&gt;- Ils ont seulement faim, ils doivent protéger leur territoire, leur famille de chien et tout ça surement…&lt;br /&gt;- Ca sert à quoi que l’homme ait disparu pour que toute cette férocité continue encore maintenant ?&lt;br /&gt;- C’est la nature.&lt;br /&gt;- La nature a voulu faire un bon en avant ultra rapide soit disant, mais là c’est comme si elle avait fait les choses à moitié. Ce n’est pas le nouveau départ que j’attends. Faut que ça change encore plus ! Tu dois y aller !&lt;br /&gt;- Je le sentais venir ça ! Les histoires avec le furet ça te monte à la tête. Je ne veux pas sortir dehors parmi les chiens et je pense que tu es la première personne qui peut comprendre ça. Je sais qu’ils ne me voient pas ou alors qu’ils ne font pas attention à moi, mais j’étais là quand tu t’es faite agressée et moi aussi j’en suis choquée ! Je ne tiens pas à ce qu’ils me voient d’avantage !&lt;br /&gt;- Tu vas être obligée.&lt;br /&gt;- Je vois mal comment tu comptes m’obliger à sortir…&lt;br /&gt;- Considère ça comme la suite de ton entrainement. On passe à la vitesse supérieure !&lt;br /&gt;- Bah oui bien sur ! Allez la vague bleue, faut que je me concen… Romane tu fais quoi là ? Romane… Qu’est ce que tu… Romane ! Non ! Repose ce gilet ! Je ne plaisante pas. Arrête tout de suite !&lt;br /&gt;- Je n’ai pas le pouvoir de t’obliger à sortir tu crois ? Si c’est vrai tu n’as pas non plus le pouvoir de m’empêcher à sortir ! »&lt;br /&gt;Et j’ouvris la grande porte, complètement tétanisée en réalité à l’idée de me retrouver seule à l’extérieur. Le gilet c’était pour cacher la chaire de poule que j’avais parce que malgré l’énorme pull que je portais, j’avais tellement la frousse que j’avais peur que ça transperce…&lt;br /&gt;Dehors j’étais un animal seul, j’étais donc une proie, j’étais du gibier, une nourriture potentielle pour des animaux redevenus presque sauvages et afin de montrer ma détermination je levais les mains, prouvant ainsi à Karine que je ne comptais pas me servir du pistolet. Elle était ma seule chance et bordel elle n’avait pas intérêt à foirer son coup et à me planter parce que sinon j’allais prendre cher !&lt;br /&gt;« Espèce de cinglée, rentre immédiatement ! »&lt;br /&gt;Parce qu’aucun animal ne se présentait devant moi dans l’immédiat et que ça allait foutre ma mise en scène en l’air, je décidais de faire le tour du bâtiment, là où certains chiens particulièrement violents avaient élu domicile et me sauteraient à la gorge à coup sûr. Dès qu’elle me perdit de vue Karine sortit elle aussi du bâtiment et me suivit en vociférant des insultes dans une langue que je suspectais bizarrement être de l’italien.&lt;br /&gt;C’est un grognement qui m’en rappelait un autre, que trop familier à mes cauchemars, qui m’indiqua que le plan avait fonctionné et qu’allait maintenant se jouer l’instant décisif. Tout s’emboita parfaitement et sans surprise, sauf pour moi qui m’étais préparée au pire. Karine s’interposa entre le plus gros chien et moi tandis que les molosses nous entouraient. Elle n’hésita pas un instant et s’avança vers lui en le regardant fixement et finalement… le toucha.&lt;br /&gt;Il y eu un flash, j’avais appris à les reconnaitre sur l’expression de son visage. Elle paru un instant ébahie aussi puis ordonna distinctement :&lt;br /&gt;« N’attaquez pas. Ne bougez pas. Calmez-vous. »&lt;br /&gt;Je ris enfin, soulagée, lâchant enfin toute la pression qui m’assommait jusque là car les chiens semblaient l’avoir enfin aperçue et mieux encore, leurs babines se baissaient pour cacher leur crocs et ils reculaient doucement. Il y en eu même un pour se coucher.&lt;br /&gt;Seulement il y avait un hic. Tous les chiens lui obéissaient, sauf un et c’était le plus gros.&lt;br /&gt;- « Je ne peux pas aller contre certaines choses Ambre. J’ai compris la situation en touchant le chien mais je ne peux pas leur demander n’importe quoi, il faut que ca ait un sens avec ce que j’ai compris…&lt;br /&gt;- Et t’as compris quoi au juste ?&lt;br /&gt;- C’est le chef de la meute celui là. Si tu veux que les autres continuent à te laisser tranquille et te laissent repartir il faut que…&lt;br /&gt;- Non, ne le dis pas…&lt;br /&gt;- Que tu le battes… »&lt;br /&gt;J’eu quelques difficultés à déglutir tandis qu’il m’apparaissait dans un bloc à quel point cette situation avait été irréfléchie. Bien vite ma main se baissa à ma ceinture pour agripper l’arme et la brandir devant moi comme l’aurait fait un prêtre avec un cierge durant un exorcisme. Karine avait réussi mais cette fois-ci la mise à l’épreuve était pour moi. Je n’avais pas appris à me concentrer comme elle le faisait, cela m’apparaissait d’autant plus difficile de bien viser le monstre que le flot de souvenir de l’attaque du premier chien remontait sinueusement en moi.&lt;br /&gt;Il bondit soudain, mais contourna Karine qui s’interposait jusqu’alors entre nous deux, ce qui me laissa le temps de reprendre mes esprits et comme au ralenti je me vis presser sur la gâchette et fermais les yeux pour ne pas savoir la suite.&lt;br /&gt;Il y eu un couinement puis un bruit sourd et enfin un hurlement de joie sortant des poumons de Karine.&lt;br /&gt;« Tu as réussi ! »&lt;br /&gt;La balle s’était fichée droit dans l’œil du chien, c’était purement irréaliste.&lt;br /&gt;- « Je suis vivante…&lt;br /&gt;- T’as vraiment du bol quand même ! Tu te rends compte que tu as encore faillit mourir ! C’était complètement idiot de sortir comme ça ! Et si je n’étais pas venue dehors ? La nature doit vraiment tenir à ce que tu lui fasses un héritier d’une nouvelle sorte pour qu’elle te facilite autant les choses !&lt;br /&gt;- Tu appelles ça faciliter toi… »&lt;br /&gt;Nous sommes rentrées dans la centrale en prenant bien soin de fermer correctement la porte, même si d’après Karine je n’avais rien à craindre des autres chiens maintenant.&lt;br /&gt;Le soir même comme emportée par la réussite du jour, Karine réussit à faire durer l’un de ses flashs de connaissance pendant près de sept secondes.&lt;br /&gt;Une semaine plus tard elle les faisait durer tous pendant quinze secondes, même si elle n’arrivait toujours pas à traverser la matière ou à provoquer volontairement les flashs qui ne se manifestaient que de manière aléatoire. Elle n’arrivait pas non plus à parler pendant ce l’abs de temps, cela lui pris deux semaines de plus et presque miraculeusement nous avons réussi à faire redémarrer la centrale et à rétablir l’électricité dans la ville. Il fallait revenir régulièrement pour certaines manipulations mais déjà j’imaginais l’eau chaude qui allait enfin rejaillir de nouveau du robinet de la baignoire !&lt;br /&gt;Karine était comme métamorphosée, son caractère belliqueux et rancunier à la moindre remarque ou trait d’humour déplaisant de ma part, faisait place bien souvent à un calme serein et des réparties pleines d’humour. C’était comme si elle avait mûrit de plusieurs années en quelques semaines. Elle cherchait de moins en moins les rapports de force entre nous deux, acceptant plus souvent qu’à son habitude de ne pas être toujours celle qui commande.&lt;br /&gt;Lorsque le courant fut revenu, nous attendîmes le petit matin pour faire les quelques kilomètres en scooter qui nous séparaient de la ville dont la centrale était légèrement éloignée.&lt;br /&gt;La conduite n’était pas évidente, il fallait souvent quitter la route pour contourner les voitures ou des camions qui les bloquaient. Entourées seulement par des espaces dégagés autour de nous, le plus souvent des champs, je me sentais encore plus seule et ces étendues désertes me rappelaient combien les gens que je connaissais auparavant me manquaient.&lt;br /&gt;Cependant une fois parvenue dans le centre ville il apparu rapidement que je n’allais plus être seule longtemps.&lt;br /&gt;« Ambre arrête toi ! Regarde sur le mur là bas ! »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;***&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai clairement été maraboutée par l‘univers, le genre de sort dont on ne se débarrasse qu’en traçant des signes mystérieux avec du sang de poulet, et des os de chèvre, le tout avec un chapeau à plumes ridicule…&lt;br /&gt;Quand je pense aux héros de l’antiquité qui se sont contentés de nettoyer du crottin de cheval et de tuer un sanglier, sérieusement : ma vie craint.&lt;br /&gt;Quarante et une lettre et mon petit monde qui commençait enfin à être sous contrôle volait en éclat sous une nouvelle pression.&lt;br /&gt;« SURVIVANT MOI AUSSI JE SUIS AU 13 RUE DES TANNEURS »&lt;br /&gt;La torture psychologique à l’état brut.&lt;br /&gt;Je regardais les caractères inscrits en majuscule à la peinture rouge sur la vitrine d’un magasin de vêtements en me demandant si c’était justement parce que je commençais à me faire à ma vie qu’elle prenait un nouveau tournant.&lt;br /&gt;Voulant me laisser suffisamment de temps pour réfléchir je rentrais en vitesse dans un appartement et rangeais le scooter à l’intérieur du bâtiment afin qu’aucune preuve de vie récente ne soit visible depuis la rue. Ainsi même s’il commençait à faire noir et que j’avais de nouveau l’électricité, je me retins d’allumer les lumières et m’assis dans le canapé, enveloppée d’une pénombre presque complète.&lt;br /&gt;Karine vint m’exposer son avis :&lt;br /&gt;« - Je connais tes arguments. Je sais que tu as peur de rencontrer cette personne car elle pourrait ne pas être parfaite. Tu crois que tu finirais par te reprocher de l’apprécier à cause des circonstances et pas seulement pour elle. J’ai raison non ?&lt;br /&gt;En plein dans le mille.&lt;br /&gt;- En quelque sorte… Il y a ça, j’ai peur que ce soit quelqu’un… Moche… Idiot… Un plouc… J’ai un peu honte de dire ça, je sais que je devrais me focaliser sur cette beauté intérieure, mais bon, soyons réaliste, il peut être moche à l’extérieur comme à l’intérieur ! Dans toutes les histoires de ce genre, naturellement les deux derniers survivants couchent ensemble, pas par amour, mais pour combler des besoins physiques et clairement je dois avouer que ça peut me dégoûter de penser à ça. Ca en viendra là de façon certaine, même si c’est une fille je suis sûre qu’il se passera quelque chose, parce que c’est humain, qu’on a besoin de contact physique une fois de temps en temps. J’ai la chaire de poule rien qu’en pensant à un type super laid penché sur moi pour ce genre de besoin…&lt;br /&gt;Mentalement c’est le même problème, il y a des gens avec qui ça n’accroche jamais. J’imagine ce genre de type super lourd, qui fait des réflexions grasses et salaces à tout bout de champs et qui prend un sourire gêné pour un encouragement.&lt;br /&gt;Je n’ai pas peur d’aimer cette personne simplement à cause des circonstances. J’ai peur que ce soit quelqu’un que je ne puisse jamais aimer ! Une fois que je l’aurai rencontré je crois que ce sera trop tard pour faire machine arrière et prétendre qu’il n’y a que moi, le furet et mon amie imaginaire !&lt;br /&gt;On dit qu’il vaut mieux être seul que mal accompagné, mais personne n’en pense un mot, les gens préfèrent rester en couple avec des gens qu’ils n’aiment plus plutôt que vivre dans la solitude, mais ils le font parce qu’ils n’ont pas que cette personne dans leur vie.&lt;br /&gt;C’est impossible de n’avoir qu’une personne comme entourage si on n’éprouve pas pour elle un amour profond et sincère. On a besoin d’amis autour de nous, on a besoin de s’investir dans notre travail pour supporter de vivre une semi-relation. Dans mon cas, puisque je n’ai rien de tout cela, oui, il vaut mieux être seule que mal accompagnée.&lt;br /&gt;Puis je pense au contraire. J’imagine qu’il s’agit bien d’un homme et qu’il est bien ce type, qu’il est attachant et que je finisse par éprouver de l’amour pour lui. J’aurai toujours le doute, que dans d’autres circonstances, jamais nous n’aurions été ensemble, mais que finalement on s’en moque ! Même, tant mieux que tout cela soit arrivé car ça m’aura fait découvrir une personne formidable, ça m’aura forcé à creuser plus loin que les apparences.&lt;br /&gt;Mais là j’ai le sentiment d’être manipulée. Avec tout ce que tu m’as raconté sur mon rôle de mère porteuse pour la nouvelle espèce dominante, je ne peux pas voir cette arrivée comme une coïncidence. Je ne suis pas de taille à me battre contre l’univers s’il veut gagner le combat tu vois. C’est donc vrai, je vais accoucher d’un petit monstre, au sens littéral. Je me vois en train d’hurler, les pieds dans les étriers et qu’une créature ignoble sorte de mon vagin. Mon futur a inspiré des tas de films d’horreur ! Je ne suis même pas sûre d’avoir envie d’un bébé normal ! Je serai une affreuse mère ! Je suis complètement névrosée, je suis assez folle pour avoir une amie imaginaire dont l’existence devient plus intéressante que la mienne !&lt;br /&gt;Donc voilà, d’un côté comme de l’autre rien n’a l’air très réjouissant !&lt;br /&gt;- Je te fais gagner du temps si je te dis que malgré ces réflexions poussées tu es bien trop curieuse pour ne pas, au moins, aller voir à quoi ressemble cette personne ? Ca peut être une question de minute comme une question d’année, mais tu sais qu’il y a quelqu’un d’autre maintenant, et tu ne pourras pas en rester là, que ce soit parce que tu changes d’avis ou que ce soit sur un coup de tête le jour où tu auras un peu trop bu... Tu chercheras à voir qui est cette personne.&lt;br /&gt;Elle marquait un point.&lt;br /&gt;- Admettons. Comment je peux le voir sans que lui me voit ? Ca reste un problème. Je sais que si j’allume la lumière on pourra le voir depuis la rue et s’il vient à passer par là, il ne pourra la louper. Alors je reste enfermée dans le noir à faire la morte… Si je sors dehors et que je vais près de chez lui en scooter, il entendra le moteur dès que j’entrerai dans le quartier. Si j’y vais à pied il entendra les chiens aboyer sur mon passage !&lt;br /&gt;- Je veux bien m’occuper des chiens avec mes tours de passe-passe si tu es prête à prendre le risque, j’entends par là te faire déchiqueter par un mâle dominant.&lt;br /&gt;- Tu parles toujours des chiens là, pas vrai ? »&lt;br /&gt;J’enfilais une tenue sombre pour me camoufler dans l’obscurité qui régnait au dehors et posais le furet sur le lit avant de sortir.&lt;br /&gt;J’ouvris la porte à Karine, elle s’engouffra dehors et me fit signe de la suivre. Tout doucement je passais le pas de la porte à mon tour pour la rejoindre. Il n’y avait pas un bruit.&lt;br /&gt;« - La rue des tanneurs est à un bon quart d’heure de marche d’ici, prenons sur la gauche là, précède moi de quatre ou cinq bon mètres et calme les chiens que tu croises avant que j’arrive. »&lt;br /&gt;Nous croisâmes un premier animal quelques minutes plus tard, il se mit à aboyer immédiatement. Ce n’était pas grave, c’était même prévisible, le tout était qu’il ne le fasse pas trop longtemps.&lt;br /&gt;Immédiatement, Karine fustigea la bête du regard et chuchota un simple : « Chut ! Laisse nous passer tranquillement ! »&lt;br /&gt;L’animal se coucha sur le flanc, la queue remuant dans tous les sens, comme s’il attendait une caresse. Je le frôlais involontairement en passant mais il ne manifesta aucune réaction.&lt;br /&gt;Nous avancions ainsi sans encombre, la peur toute fois collée au ventre pour ma part.&lt;br /&gt;C’était comme raconter des histoires de fantômes avec ses amis toute la soirée puis devoir aller se coucher seule… Dans ma tête avait défilé tous les scénarios possibles, la plus part s’avéraient peu optimiste et pourtant je fonçais tête la première dans la gueule du loup !&lt;br /&gt;Si les rues désertées étaient angoissantes de jour, la nuit elle paraissait de nouveau habitée et c’était bien pire. Les ombres dansaient sur les murs, dans ma vision périphérique et j’avais l’impression de voir des silhouettes se déplacer. Le grésillement des lampadaires contribuait lui aussi à cette ambiance tendue. C’était encore pire lorsqu’une ampoule semblait être en fin de vie et lançait des messages en morse dans les ténèbres.&lt;br /&gt;La nuit était fraiche et je frissonnais malgré moi en suivant Karine tout en lui indiquant à voix basse quel chemin prendre à elle qui connaissais peu la ville. Comme nous nous approchions de la rue des tanneurs je jetais des coups d’œil dans tous les sens, un peu comme si je m’attendais à une embuscade. Je ne sais pas trop de quoi j’avais peur... Il n’y allait pas y avoir de sniper dans les arbres, pas de pierre s’enfonçant dans le sol sous mes pas qui libèrerait une énorme pierre d’une tonne roulant assurément dans ma direction…&lt;br /&gt;En vérité nous étions rapidement sous les fenêtres du numéro treize et il ne laissait aucun doute que le mystérieux inconnu logeait là, une impression certainement donnée par les énormes flèches tracées à la peinture rouge et recouvrant toute la façade à hauteur d’homme. Elles montraient la porte, invitaient à entrer, du moins c’était surement l’effet recherché…&lt;br /&gt;En levant un peu la tête, on voyait de la lumière derrière des rideaux du deuxième étage. Il était là.&lt;br /&gt;Plutôt que de foncer la tête baissée après avoir pris tant de soin à ne pas se faire repérer, nous prîmes la décision d’observer le survivant depuis le côté opposé de la rue, dans l’appartement du deuxième étage de l’immeuble d’en face.&lt;br /&gt;Avec mille précautions pour atteindre le lieu, je m’approchais de la fenêtre et sortis de mon sac la paire de jumelles qu’elle contenait.&lt;br /&gt;« - Ca donne quelque chose avec les jumelles ? Je ne vois rien d’ici ! »&lt;br /&gt;Karine se tortillait dans tous les sens pour avoir un meilleur point de vue, mais la seule chose que la vitre montrait à nos regards c’était des rideaux opaques à souhait. Il faudrait attendre le lendemain matin.&lt;br /&gt;Je postais Karine en chien de garde afin qu’elle m’alerte dès qu’elle verrait du mouvement. A force de persuasion je réussi à lui faire sortir de la tête l’idée d’aller voir par elle-même de plus près.&lt;br /&gt;« Il ne me voit surement pas puisque je suis imaginaire ! Comme pour les chiens ! Si je n’interagis pas il ne me remarquera même pas ! »&lt;br /&gt;Au petit matin elle m’hurlait dans les oreilles. Je me réveillais en sursaut, mais elle me calma aussitôt.&lt;br /&gt;« Doucement ! Les rideaux viennent d’être ouverts ! Lève toi tout doucement, ne fais pas de gestes brusques, on est tout près ça serait dommage de tout gâcher. »&lt;br /&gt;Accroupie sur le sol, les ongles plantés dans le mur et les yeux grands ouverts, j’attendais avec une énorme appréhension que quelqu’un se montre enfin, le nez empiétant à peine sur le rebord de la fenêtre.&lt;br /&gt;Soudain prise d’un fou rire je me fis réprimander véhément par Karine :&lt;br /&gt;« - Mais t’es folle arrête ! Ne bouge pas dans tous les sens comme ça !&lt;br /&gt;- Mais enfin c’est ridicule ce voyeurisme de collégienne !&lt;br /&gt;- Tu veux voir à quoi il ressemble ou pas ?&lt;br /&gt;- Bien entendu mais bon, c’est quand même absurde cette situation, j’ai l’impression d’être une gamine de douze ans qui se cache pour regarder la télévision après minuit ! »&lt;br /&gt;Le brusque changement de voix de Karine me fit rapidement comprendre qu’il s’était finalement montré.&lt;br /&gt;« - Oh merde… »&lt;br /&gt;Puis à mon tour et après avoir posé mes yeux sur le survivant :&lt;br /&gt;« - Mais… C’est quoi ce truc ? C’est encore mieux que la télévision… »&lt;br /&gt;Simultanément un énorme sourire s’esquissait sur nos lèvres, à deux doigts de nous lécher les babines, nous lâchions dans un même élan le spectacle puis après avoir échangé un regard, hurlions en cœur aussi aigu que possible.&lt;br /&gt;Fort heureusement de l’autre côté de la rue, le survivant ne s’était rendu compte de rien. En train de prendre son petit déjeuner il nous offrait un véritable spectacle, en boxer sur son tabouret de bar, son bol de céréales à la main.&lt;br /&gt;Tous mes doutes disparaissaient en fumé sous cette prodigieuse vision.&lt;br /&gt;« - Maintenant j’ai envie de faire des bébés !&lt;br /&gt;- Moi aussi… Je veux le toucher… »&lt;br /&gt;Il était plutôt grand, loin d’être un mannequin insipide, il avait la carrure d’un sportif occasionnel, le genre de personne qui a un charme fou même à la sortie du lit. Un type rageant, au charme involontaire. Les cheveux en bataille il affichait sans complexe une barbe de deux jours.&lt;br /&gt;Je laissais aller mon imagination :&lt;br /&gt;« - J’ai envie de lui poser un chapeau melon sur la tête et l’écouter me chanter du blues… Un mec comme ça ne peut pas exister ! Tu crois que je l’ai inventé aussi ?&lt;br /&gt;- J’espère… Oh et puis merde ! Il faut y aller ! »&lt;br /&gt;Portée par une vague de folie soudaine nous nous jetions dans la cage d’escalier pour rejoindre la rue, les cheveux dans le vent totalement prises dans un moment d’inconscience, nous volions à l’encontre du dernier mec de la planète avec des étoiles dans la tête…&lt;br /&gt;Une fois devant la porte de son appartement, je n’eu pas le temps de frapper, la cavalcade dans l’escalier n’avait pas dû être discrète, il ouvrit le battant alors que je levais le poing pour l’abattre. J’évitais de le frapper en plein visage de justesse.&lt;br /&gt;Il était encore mieux de près… J’étais profondément sous le charme.&lt;br /&gt;Après un air qui traduisait toutes les attentes qu’il avait pu avoir en ouvrant la porte, il fit un superbe sourire.&lt;br /&gt;Nous sommes restés comme des idiots quelques minutes sans échanger la moindre parole, pas sûrs de savoir quoi dire dans de telles circonstances. Je décidais finalement de me jeter à l’eau.&lt;br /&gt;« - Vous avez vu mon message sur internet ?&lt;br /&gt;Il hocha la tête sans lâcher son sourire, puis finit par lâcher d’une voix grave :&lt;br /&gt;- Oui, ça fait un mois que je suis parti pour vous retrouver ! Je suis Matthieu.&lt;br /&gt;- Moi c’est Ambre. »&lt;br /&gt;C’est à ce moment qu’il se retourna avec un grand naturel vers Karine.&lt;br /&gt;« - Et vous ? »&lt;br /&gt;Elle lâcha un juron en italien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Matthieu… Matthieu était un personnage plus qu’une réelle personne. Pourtant parfaitement honnête, sans en faire trop, il était juste comme un concept abstrait d’une notion qui l’aurait été tout autant. Il était comme une sculpture d’art contemporain derrière laquelle on sait qu’il y a du génie, mais devant laquelle on est incapable de savoir par quel bout commencer.&lt;br /&gt;Physiquement déjà il était engageant. Il souriait légèrement et en permanence, comme si un être invisible lui soufflait sans interruptions des blagues au creux de l’oreille. Une bouche en parfaite adéquation avec des yeux rieurs, où une lueur brillait en permanence. Ses yeux n’étaient pas beaux. Ils n’étaient pas remplis de reflets de couleurs, ils ne changeaient pas avec le temps, ils n’étaient ni clairs ni limpides, non, ils étaient d’un noir profond, mais ils racontaient des histoires. Il avait des yeux de vieillard baroudeurs, des yeux qui ont tout vu et tout entendu et à travers eux semblait parfois vouloir s’échapper des expériences venues du fond des âges que Matthieu lui-même ne semblait pas avoir vécues.&lt;br /&gt;Il ressemblait à une sorte de star, il en avait la carrure, on se sentait irrémédiablement attiré vers lui. Acteur il aurait eu cet air fin et intellectuel de ceux qui refusent de jouer dans autre chose que les films d’auteur, musicien il aurait joué du jazz, mais tout ça sans la moindre prétention, il aurait pu tout autant être un simple surfeur insouciant, le genre de personne qui ne se soucient que des vagues, de la plage et du bruit des noix de coco quand elles vous tombent sur la tête…&lt;br /&gt;Il semblait plein de profondeur mais assurément n’y accordait pas la moindre importance, peut-être ne s’en rendait-il tout simplement pas compte.&lt;br /&gt;Mentalement pourtant c’était une porte ouverte sur l’intangible. Il voyait au-delà de tout. C’était comme s’il avait un sixième sens, mais que c’était le seul dont il se servait.&lt;br /&gt;Plus d’une fois je l’ai observé s’arrêter au beau milieu d’une ruelle, lever le visage, fermer les yeux, prendre d’une grande inspiration et avec cet air plein les poumons, prononcer d’une traite en s’inspirant de ce qu’il avait vu avant de fermer les paupières :&lt;br /&gt;« Comme tout cela vit encore. Ca commence doucement, simplement avec ce qu’il y a déjà là, j’entends le vent qui souffle dans le carreau brisé d’une fenêtre, qui caresse de son souffle les commodes, la tête d’une poupée de porcelaine, il fait vibrer doucement la corde d’une guitare rompue depuis longtemps. Il carillonne avec les objets des disparus. Puis ensuite c’est ton pas, léger sur le bitume, un frottement à peine audible pour ne pas qu’on se fasse repérer, mais il rythme la musique. Oui, il rythme la musique. Celle de la vie par laquelle ça doit commencer, doucement, par des événements. Une poubelle qui tombe, renversée par un clébard, le grésillement d’une enseigne de librairie, c’est l’univers qui chante ça oui. Alors le reste suit et j’entends. J’entends un vrombissement sourd et étouffé et bientôt un klaxon, se sont les voitures, les conducteurs râlent au feu rouge et sur ceux qui grillent les priorités. Tout s’enchaîne très vite, des voix, des tas de voix, des rires, des pleurs, un maraicher qui vante la fraicheur et la saveur de ses melons. Il y a un enfant qui hurle pour avoir la boite de céréales avec le jouet à l'intérieur et un amoureux qui déclare sa flamme. Il ya a des portes qui claquent, qui grincent, une sirène au loin, il doit y avoir un accident pas loin. Des cris, de l’eau qui coule, comme une chasse d'eau qu'on vient de tirer. Une soufflerie d'aération d’un parking souterrain et le frottement de tissu de la jupe qui se lève en passant sur les grilles, surprise par cette brise. On interpelle quelqu'un qui a oublié ses clefs. Très loin il y a des travaux dans la chaussée, on refait les canalisations du quartier. Tellement de sons à présent que ça devient dur de les différencier, de savoir ce qu’ils sont. Tout revit à nouveau. Tout est revenu, tout a repris sa place et rien n’a changé. J’entends. J’entends l’univers chanter ! »&lt;br /&gt;Il finissait par ouvrir les yeux en se crispant. Il était persuadé que tout serait là. Mais il n’y avait rien.&lt;br /&gt;Moi je tendais l’oreille, je fermais les yeux, je respirais un grand coup aussi, mais quand lui remplissait le vide de l’espace si facilement pour moi le chant de l’univers était un simple aboiement de chien à l’agonie dans le lointain. Le chant sonnait drôlement faux.&lt;br /&gt;Quand il parlait il se laissait emporter, mais il n’était pas poète. Il ne voulait surtout pas être poète. Il disait que les poètes étaient des asexués en collants qui minaudent à la vue de la moindre prostituée.&lt;br /&gt;Il avait pourtant tout d’un artiste, refusant par-dessus tout d’être terre à terre, s’échappant à tour de bras dans des pensées évasives, des réflexions pleines de profondeur, rarement creuses même si parfois il se laissait emporter et entraîner par le flot qui le menait vers des idées par trop tordues.&lt;br /&gt;Il prit instantanément le rôle de protecteur et s’il nous sentit de caractère indépendant, il eu la judicieuse idée de l’être en se contentant de cacher perpétuellement ses peurs et ses doutes. Je crois d’ailleurs qu’il n’en avait aucun. Il développait une facilité incroyable pour l’auto persuasion et croyait dur comme fer que l’univers était trop beau pour qu’il puisse y avoir quoi que ce soit de mauvais véritablement dedans. Il relativisait tous les malheurs et il était très doué car parfois il réussissait même à nous convaincre.&lt;br /&gt;Il n’y avait rien d’étonnant à ce qu’il voit Karine, c’était simplement la continuité logique de son personnage.&lt;br /&gt;Un personnage que j’adoptais rapidement, après une seule journée il était clair que je tombais amoureuse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La première rencontre pourtant ne fut pas belle. Sur le pas de sa porte dans les premières secondes puis les premières minutes, l’air fut rempli d’hésitation. Comment est-on sensé se comporter quand on rencontre le seul et unique autre survivant de la planète ? Quand vous savez pertinemment que ce n’est pas une rencontre banale et que l’autre en face, lui aussi, sait qu’il commence une relation pour la vie. Il n’y a aucun manuel qui vous apprend à faire ce genre de rencontre –en fait il y en a un je le découvrais quelques années plus tard dans une bibliothèque, mais il était bien trop tard.&lt;br /&gt;Surtout gênés, après nos présentations nous avons simplement ri de bonne grâce. Puis quand le souffle a manqué Matthieu nous a invitées à entrer.&lt;br /&gt;Il avait quelque peu nettoyé l’appartement dans lequel il s’était installé et dans un coin de la cuisine il avait emmagasiné un petit tas de denrée comestibles, des boites de conserve, des biscuits, des confiseries… Il nous invita à emménager quelques jours sur place et dans un effort de galanterie s’installa dans l’appartement de l’étage supérieur pour nous laisser notre intimité. Ce jour là, nous avons surtout bougé des meubles sans oser réellement parler, nous observant mutuellement avant d’aller nous coucher chacun de notre côté, éreintés. Les jours suivants cependant notre langue se délia.&lt;br /&gt;Devant une multitude de cafés, pendant une multitude de moments, l’histoire de reconstitua et continua à se faire. Il descendait tous les matins à dix heures et demie précises et préparait le breuvage qui allait achever de nous réveiller.&lt;br /&gt;Il accordait une grande importance à cette routine, prétextant qu’elle le gardait loin de la folie que notre existence était susceptible d’apporter. Il appelait ça « ses listes ». Cela allait du café du matin à l’action ville une fois par semaine – faire quelque chose pour le monde, repeindre les rues, planter un arbre dans les fissures des trottoirs – en passant par les gestes porte-bonheur à la façon des joueurs de tennis – c’était par exemple toucher son nez avec sa langue dès qu’il s’apprêtait à manger de la viande…&lt;br /&gt;Une fois le café prêt nous nous asseyions tous ensemble et nous discutions. C’est ainsi que nous apprenions Karine et moi ce qu’il s’était vraiment passé le 27 Avril.&lt;br /&gt;« - Une minute avant la fin c’est devenu incroyable, toute la violence a stoppé. Soudain on a tous pris conscience que le moment était venu. La plus part des gens étaient en pleur. Il y a eu un compte à rebours, comme pour le nouvel an, il a été très clairement repris par tout le monde a partir de sept. Toutes ces voix qui disaient la même chose, ça résonnait dans ma poitrine. Puis six. Cinq. Quatre. Trois. Deux. Un. Là ça a été fantastique, il n’y a pas eu de zéro, personne ne l’a prononcé, non, tout le monde a inspiré fortement. Tout le monde. C’était la respiration la plus bruyante qu’on ait jamais entendu. Tout le monde a pris son souffle comme s’il allait sauter du haut d’un pont, comme pour se donner du courage. Moi aussi je l’ai fait. Puis on s’est tous rendu compte de ça et qu’à zéro il ne s’était rien passé, j’ai eu le temps de voir quelques sourires se dessiner, en entendre commencer à pleurer de plus belle et soudain ils ont tous disparus. Tous.&lt;br /&gt;- Disparus comment ?&lt;br /&gt;- Juste disparus ! Pas envolés, pas estompés, pas partis dans un nuage de fumée. Simplement disparus. Ils étaient tous devant mes yeux et l’instant d’après j’étais seul.&lt;br /&gt;- Comment as-tu réagi ? demanda Karine&lt;br /&gt;Je me rappelais moi-même mon emportement peu glorieux dans le stade de foot.&lt;br /&gt;- J’ai paniqué ! J’ai couru partout en appelant à l’aide mais personne ne répondait. J’ai gardé une radio allumée avec moi tout le temps pour voir si quelqu’un ne passait pas un message. Mais il n’y avait rien. Je suis allé de maison en maison, je ne pouvais pas m’arrêter, quand je devais faire une halte pour dormir ça me rongeait de l’intérieur. Je ne voulais pas réfléchir au fait que peut-être j’étais seul pour toujours.&lt;br /&gt;J’ai finis par prendre une voiture et aller dans la prochaine ville. C’est à ce moment que je suis allé sur internet. Parce que la ville dans laquelle je logeais n’avait plus d’électricité déjà trois jours avant le 27. Les lignes ont été détournées par une secte qui voulait empêcher le désastre, ils pensaient que le soleil allait s’éteindre et ils tentaient d’en recréer un petit pour leur usage personnel. Ils ont tous grillé. Personne n’a réussi à remettre le courant, ou personne n’a essayé puisque ça n’avait pas tant d’importance dorénavant. Mais c’était plutôt malsain parce que dès qu’il y avait un vent d’est ça sentait le cochon grillé…&lt;br /&gt;Dans la prochaine ville donc je suis allé sur internet et j’ai vu ton message Ambre. Il ne disait pas grand-chose et ça pouvait être un canular, même si la date était postérieure au 27 Avril, mais il fallait que j’essaie. J’ai repris la voiture et j’ai fait la route jusqu’ici. Des jours et des jours de route.&lt;br /&gt;- Pourtant la ville de Jalais n’est qu’à quatre cents kilomètres tout au plus…&lt;br /&gt;- Les routes sont loin d’être praticables. Il faut sans cesse en sortir, les voiture font des bouchons sur les grands axes, les ponts sont effondrés dans les rivières qu’ils devaient traverser. Il a fallu faire énormément de détours. Il y a même un moment où j’ai du faire cent kilomètres au sud pour pouvoir repartir enfin vers le nord… J’ai fait des pauses régulièrement pour vérifier malgré tout dans les autres villes si quelqu’un était encore là…&lt;br /&gt;- Et ?&lt;br /&gt;- Ca n’a jamais semblé être le cas. Il fallait que je trouve de l’essence aussi… Enfin bref, quand je suis arrivé ici, je ne savais pas du tout où il fallait que j’aille dans la ville. J’ai laissé des messages un peu partout à la bombe sur les murs et j’ai attendu ici que quelqu’un vienne, en essayant de ne pas m’éloigner trop de l’appartement.&lt;br /&gt;- Nous sommes finalement venues !&lt;br /&gt;- Pas tout de suite… A vrai dire je perdais patience. J’allais rester encore quelques jours, mais j’étais décidé à repartir bientôt. Je me disais que s’il y avait eu un survivant effectivement dans ces lieux, il avait pu bouger tout comme moi… »&lt;br /&gt;A notre tour nous racontions notre quotidien, de la découverte de ma condition à la naissance de Karine. J’hésitais à raconter les expériences et les dons de cette dernière, ne voulant pas qu’il sache le plan que l’univers semblait avoir prévu pour nous deux, mais elle s’en chargea elle-même, pleine d’exaltation, visiblement sous le charme elle aussi de Matthieu. Son élocution s’enflammant comme jamais, d’autant plus que le jeune homme répondait en délire lui aussi. Plus résistant que moi, il montait souvent se coucher bien après que je sois partie dans mon lit et continuait d’élaborer des théories à propos des volontés de l’univers avec Karine jusque très tard dans la nuit.&lt;br /&gt;J’essayais parfois de suivre leur discussion, bien entendu car elle abordait le fait qui lui et moi devions mettre au monde la nouvelle espèce et que j’étais pendue à ses lèvres et essayais d’analyser le moindre de ses mots pour savoir ce qu’il pensait de l’éventualité que lui et moi nous nous retrouvions dans le même lit en tenue d’Adam et Eve…&lt;br /&gt;Mais il n’était pas le genre à prendre les choses pour acquises. Même s’il abordait le sujet, il avait la politesse de se détacher des choses. Il parlait par exemple de ses futurs bébés ou des miens, jamais des « nôtres », même s’ils avaient déjà abordé la possibilité que nous ne rencontrions jamais un autre humain de toute notre vie ce qui sous entendait bien qu’on devrait les faire à deux !&lt;br /&gt;Nous instaurâmes un roulement pour nous occuper de l’entrainement de Karine et peu à peu la vie s’instaura de nouveau dans une douce routine, un mois et demi passa sans qu’on ait réellement le temps de nous en rendre compte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A deux les affaires physiques – qui ne concernaient pas Karine – allaient bien plus vite, il était plus évident alors de faire de la rue notre terrain de jeu. Seule, même avec Karine, la peur me serrait le ventre dès que je passais le pas de la porte de l’immeuble, mais Matthieu à nos côtés apportait une présence rassurante, comme un effet magique, un placebo de sureté.&lt;br /&gt;Les rues n’étaient toujours pas sures, il y eu des blessures, des attaques, mais une chose changea radicalement : nous n’étions plus en bas de la chaine alimentaire et de notre statut de proie nous passâmes à prédateur.&lt;br /&gt;Nous faisions des progrès avec les armes à feu, mais les utilisions aussi peu que possible, elles gardaient pour Matthieu comme pour moi, une aura malsaine, une image d’outils dangereux à n’utiliser qu’en dernier recours. C’est dans le braconnage cependant que nos compétences s’envolaient. Nous apprîmes à faire toutes sorte de pièges, des plus grands au plus petits et petit à petit nous eûmes de nouveau de la viande dans nos assiettes, qu’on faisait frire avec un peu d’huile ou sécher à l’aide du sel.&lt;br /&gt;Nous n’étions pas difficiles. Nous avions marqué une hésitation commune il est vrai, la première fois qu’un rat se pris dans l’un de nos filets, influencés par sa réputation écœurante, par peur des maladies, mais il était évidant que cet animal serait notre proie principale. Matthieu mis un terme à la discussion.&lt;br /&gt;« Nous avons des canines, elles sont là pour manger de la viande et nous allons nous en servir, ça et une poêle énorme pour faire cuire la viande deux fois. »&lt;br /&gt;Même hésitation, bien que le dilemme soit légèrement différent, quand passé à des pièges de plus grande taille nous capturâmes pour la première fois un chien. Le meilleur ami de l’homme passa dans notre assiette comme le reste.&lt;br /&gt;« On peut se permettre de protéger et de se prendre d’affection pour les autres espèces animales quand la suprématie de la notre devient évidente. Cela nous donnait autrefois la responsabilité des autres formes de vie. Mais nous sommes loin du statut de grand frère animal dorénavant. Non seulement avec les deux individus que nous sommes nous sommes passés en sous nombre, mais en plus il s’agit maintenant de survie. Nous ou eux. »&lt;br /&gt;Nous n’avions pas de viande tous les jours cela dit, à peine une fois par semaine, cependant cela restait suffisant.&lt;br /&gt;A dix heures tous les matins nous partions tous les trois, armés, et faisions le tour de nos pièges. Un itinéraire programmé et invariable sur un chemin que nous connaissions par cœur ainsi que ses environs avec ses raccourcis et cachettes les plus proches pour une retraite rapide si besoin était.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce matin là nous étions partis à deux, Karine ne nous avait pas rejoint, il arrivait fréquemment que celle-ci continue seule son entrainement durant nos heures de sommeil, mettant à profit ces huit ou dix heures supplémentaires journalières pour se concentrer sur ses propres progrès. Ainsi elle oubliait parfois de lever les yeux vers une fenêtre et n’observait que bien plus tard que le soleil était déjà bien haut dans le ciel.&lt;br /&gt;Nous avions visité la moitié de nos pièges et comme à notre habitude nous nous étions arrêtés dans notre coin bivouac, une terrasse surplombant une petite impasse et accessible uniquement par une échelle en métal partiellement rouillée, parfaitement verticale et à laquelle la plus part des animaux avaient une totale incapacité à monter.&lt;br /&gt;Ce petit coin de paradis était le théâtre chaque matin de mes fantasmes romantiques les plus fous et tandis que je lui passais un morceau de pain totalement rassis et à la croute visiblement carbonisée – notre technique de cuisson dans un four à bois que nous avions trouvé dans un jardin emmuré n’était pas tout à fait au point - ainsi qu’un morceau de viande de lapin sèche, j’imaginais des scènes obscènes tout en observant le petit sourire en coin qui apparaissait au coin de sa bouche et le roulement des muscles de ses bras alors qu’il le tendait pour attraper son déjeuner.&lt;br /&gt;Au milieu des herbes folles qui naissaient dans les fissures du mur en brique là où une fine couche de terre apportée par le vent avait réussi à s’accrocher, mon esprit vagabondait à quelques mètres à peine de moi pour me coller imaginairement contre le corps de mon homme idéal.&lt;br /&gt;Brusquement je fus contrainte d’interrompre le cours de mes pensées. Matthieu leva soudain la tête.&lt;br /&gt;« - Tu as entendu ça toi aussi ?&lt;br /&gt;- Oui, on aurait dit une chèvre… »&lt;br /&gt;Nous nous taisions, l’oreille aux aguets, près à bondir s’il le fallait.&lt;br /&gt;Ce n’était pas le premier événement de la sorte. Nous suspections dans le cœur de la ville la liberté des animaux d’un vieux zoo ou d’un cirque, non pas des espèces exotiques du style lion ou tigre – bien qu’un rugissement nous ait fait courir des frissons le long de l’échine à une ou deux occasions – mais il semblait y avoir quelque part des chevaux, des chèvres et peut-être bien des bisons dont l’espérance de vie nous semblait compromise. Nous rêvions de mettre la main sur de telles créatures pour tirer profit de leurs capacités avant que d’eux espèces s’en chargent.&lt;br /&gt;S’il y avait une chèvre pas loin cela signifiait beaucoup de chose, surtout qu’il nous fallait tout faire pour l’attraper.&lt;br /&gt;Un bêlement plaintif bien distinct se fit entendre à nouveau et ne laissa plus le moindre doute.&lt;br /&gt;« - C’était du côté de la rue d’Anvers ! »&lt;br /&gt;C’était à deux pas de l’endroit où nous nous étions arrêté pour manger, et sans oser jamais l’avouer nous espérions tous les deux la même chose, car nous avions justement l’un de nos plus grands pièges dans les environs.&lt;br /&gt;Nous le rejoignîmes au pas de course, avec le plus de précautions possibles pour que les semelles en cuir de nos chaussures frappent le bitume dans le plus grand silence malgré tout. Mais une fois sur place ces précautions s’avéraient inutiles. Il y avait effectivement une chèvre, mais nous ne risquions en rien de la faire fuir car c’était bien dans le fruit de nos efforts qu’elle avait été immobilisée et qu’elle se débattait.&lt;br /&gt;« - Il faut la sortir d’ici le plus rapidement possible et la ramener à la maison avant qu’elle attire tous les prédateurs du coin en bêlant ! »&lt;br /&gt;Nous avions retrouvé trop de carcasses d’animaux dévorés dans nos filets pour nous faire des illusions. Voila pourquoi nous en faisions le tour tous les jours.&lt;br /&gt;Nous portions sur nous un équipement qui était le plus souvent parfaitement inutile, mais qui parfois, dans une situation imprévue, trouvait en partie son utilité et nous sortait d’un pétrin quelconque. Rapidement nous fîmes une sorte de laisse avec une corde à linge que nous passions au cou de la bête puis, et c’était le moment le plus délicat car si un animal attaquait nous n’aurions aucun moyen de défense, tandis que je tirais l’animal grâce à ce nouveau harnais, Matthieu tentait de le dégager du fil qui lui entravait les pattes. Durant cet instant où nous jouions consciemment avec la prudence, le temps sembla ralentir et nos gestes devenir maladroits, nous réussîmes néanmoins à extraire l’animal de sa prison et nous nous pressâmes pour retourner à l’appartement, sans même avoir fini notre tournée des pièges. L’arme à la main Matthieu suait à grosse goutte sur le chemin du retour, la responsabilité sur ses épaules de me protéger tandis que je dirigeais la chèvre dans la bonne direction.&lt;br /&gt;Nous arrivions à l’appartement sans rencontrer le moindre problème et sourîmes devant notre chance. Rassurés.&lt;br /&gt;La chèvre trouva sa place dans le jardin de l’immeuble voisin, celui qui contenait le four à bois, le notre en étant dépourvu&lt;br /&gt;Nous discutions déjà d’un futur plan pour profiter au maximum de notre nouvelle acquisition. Une chèvre pouvait nous apporter peu de chose à part de la viande. Seule elle n’avait pas vraiment de valeur à nos yeux, mais nous étions sûrs de pouvoir l’utiliser comme appât pour attirer d’autres membres de son espèce. Il nous suffirait de capturer un seul mâle pour nous fournir à la fois en viande, mais aussi en lait à volonté lorsque la nature aurait fait son œuvre.&lt;br /&gt;Nous discutions de tout cela en détails dans l’escalier lorsqu’une bonne nouvelle vient à notre rencontre et nous aurait percuté de plein fouet s’il cela avait pu être possible.&lt;br /&gt;Karine courait dans notre direction, un sourire illuminant tout son visage et répondant parfaitement à celui que nous portions nous même.&lt;br /&gt;« - Je le provoque ! »&lt;br /&gt;Nous n’avions pas besoin de sous-titre pour comprendre à quoi elle faisait allusion, cela faisait plus d’une semaine qu’elle nous disait qu’elle était « à deux doigts d’y arriver », que ce n’était qu’une « question de jours ».&lt;br /&gt;Cette journée semblait bénie par les dieux.&lt;br /&gt;Matthieu entama les félicitations et je me joignis à lui.&lt;br /&gt;- Bon, ce n’est pas à chaque fois non plus, j’y arrive seulement une fois sur dix peut-être…&lt;br /&gt;- Mais c’est un bon début, le reste ne peut que suivre…&lt;br /&gt;- … Mais c’est sûr que ça vient de moi à chaque fois, mes flashs n’ont presque plus rien d’incontrôlés !&lt;br /&gt;- Alors maintenant tu devrais essayer ça. »&lt;br /&gt;Seul le silence répondit à la voix grave de Matthieu alors qu’il tendait son bras en direction de Karine. Cette dernière eu un éclair de peur qui lui traversa le regard.&lt;br /&gt;C’était le test ultime, celui que nous avions toujours repoussé tous les trois lors des entrainements de Karine. Nous toucher lui ou moi. Je prenais moins part qu’eux à ces délires de mission pour le compte du monde, même si j’y croyais aussi, mes deux amis au contraire en discutaient sans cesse à la manière de philosophes érudits. C’était devenu leur religion, soutenir le fait que Matthieu et moi devions faire naître la nouvelle espèce et que Karine était là pour nous aider dans notre nouvelle existence était une croyance enfoncée au plus profond d’eux qui les aidait à tenir. Cela apportait un peu d’ordre, cela supprimait le hasard des choses et donc venait avec l’idée d’une volonté supérieure régissant le monde. C’était tout ce qu’il y avait de plus rassurant.&lt;br /&gt;Les facultés de Karine étaient indéniables, elle lui avait fait aussi le coup de l’appartement voisin, sauf qu’il n’y avait pas de chien mort dans celui là. A ce moment, à l’aide d’un simple contact de ses doigts sur un minuscule morceau de notre chaire, elle pouvait savoir si toute la théorie était vraie ou non et donc prendre le risque de tout remettre à nouveau en question le cas échéant.&lt;br /&gt;C’était un vrai défi.&lt;br /&gt;Soudain Karine ressemblait à une enfant. Elle cligna frénétiquement des yeux pendant deux secondes et pris une profonde inspiration sans pour autant se décider à passer à l’acte. Son sourire s’était envolé.&lt;br /&gt;« - Allons ce n’est pas si dramatique, si nous avons tort nous chercherons d’autre théories, ça aura au moins le mérite de nous occuper. »&lt;br /&gt;L’intonation de Matthieu sembla avoir un effet apaisant sur Karine qui plongea ses yeux dans les siens avec une rare intensité, sans les lâcher elle avança la main dans sa direction et très lentement posa son index et son majeure sur la peau fine du bras qui lui était offert.&lt;br /&gt;L’expression de son visage changea une nouvelle fois, passant de la surprise au ravissement. Cela fonctionnait. Elle maintint le contact à peine une poignée de seconde puis aussi lentement qu’elle l’avait déposé, elle souleva sa main. Elle paraissait soudainement fatiguée et toussa brusquement ce qui rompit le contact visuel entre elle et Matthieu. Lorsque la quinte de toux stoppa la faiblesse n’avait pas quitté ses traits mais un sourire timide se dessinait à la commissure de ses lèvres. Elle évita soigneusement de regarder Matthieu à nouveau, les yeux rivés vers le sol elle nous adressa seulement ces quelques mots :&lt;br /&gt;« Vous êtes des dinosaures. » &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/9030524436375822685-1089322757716378261?l=howending.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://howending.blogspot.com/feeds/1089322757716378261/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=9030524436375822685&amp;postID=1089322757716378261&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9030524436375822685/posts/default/1089322757716378261'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9030524436375822685/posts/default/1089322757716378261'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://howending.blogspot.com/2007/10/partie-10.html' title='Chapitre 8'/><author><name>Valentine</name><uri>http://www.blogger.com/profile/13626335862887319163</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-9030524436375822685.post-2297501390376897893</id><published>2007-10-16T02:43:00.006+02:00</published><updated>2010-01-18T09:54:31.969+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 7</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;« - Je ne suis vraiment pas certaine que ce soit une bonne idée…&lt;br /&gt;- M’en fout !&lt;br /&gt;- Non, vraiment Ambre… S’il te plait… Tu vas te faire mal…&lt;br /&gt;- J’en ai marre ! Vraiment marre ! M’en fout !&lt;br /&gt;- Mais ce n’est pas vrai ! Arrête de jouer les abruties ! J’te jure, si seulement j’pouvais te coller des baffes des fois…&lt;br /&gt;- Si tu pouvais te servir des tes mains tu serais certainement en train de m’aider !&lt;br /&gt;- A allumer un feu avec deux moreaux de silex en plein milieu de l’appartement ? Non. Vraiment, j’en doute…&lt;br /&gt;- J’en ai marre…&lt;br /&gt;- Va t’entrainer à tirer avec le pistolet alors ! Ca te défoulera ! Mais ramener un tas de bois mort sur la moquette et taper deux cailloux l’un contre l’autre alors que les plaques de la cuisine fonctionnent au gaz et qu’elles marchent très bien, c’est le truc le plus débile que tu pouvais imaginer !&lt;br /&gt;- Non ! Tu vois, que je galère un peu je peux comprendre, mais la panne d’électricité généralisée c’est tout simplement trop ! Alors je m’adapte ! Si je dois reprendre l’évolution de l’espèce depuis l’origine eh bien je veux découvrir le feu avant que les saucisses dans le congélateur fassent sérieusement la gueule !&lt;br /&gt;- Ambre, il y a des choses importantes à régler si tu n’as plus d’électricité, le feu n’en fait vraiment pas partie, un briquet fonctionnera toujours même si tu ne trouves pas de prise pour le brancher !&lt;br /&gt;- Aaaaah ! Qu’est ce que tu en sais ! Ca c’est ce qu’on essaie de te faire croire ! Mais les briquets vont finir par disparaître aussi ! Tout comme les gens, tout comme l’électricité ! Un jour, pouf ! Plus rien ! Ce jour là je serai contente de savoir faire du feu !&lt;br /&gt;- Ambre… et si les cailloux disparaissent avant les briquets ? Et puis, je suis persuadée que tu n’y parviendras jamais, mais imaginons que si, si tu arrives à allumer un feu, incendier l’appartement je ne suis pas certaine que ça te sois d’une grande aide ! Si tu tiens tant à te suicider, une fois de plus : il y a le gaz ici ! Il suffit de tourner un bouton pour t’asphyxier ! »&lt;br /&gt;Je relevais le visage vers elle.&lt;br /&gt;« - Tu crois que les cailloux pourraient disparaître ? Ils n’oseraient quand même pas…&lt;br /&gt;- Raaaaaah ! »&lt;br /&gt;Elle s’éloigna à grands pas en m’insultant et en moulinant l’air avec ses bras. L’air qu’elle brassa ainsi fit s’élever une mèche de mes cheveux qui retomba doucement sur mon nez en me chatouillant. Tout en me demandant si c’était bien elle ou la fenêtre entrouverte qui avait provoqué le courant d’air, je repoussais la mèche coupable.&lt;br /&gt;Dix secondes plus tard j’étais en train d’hurler depuis la salle de bain que j’étais certaine qu’elle l’avait fait exprès et qu’elle n’avait parlé avec moi que pour me faire oublier que j’avais un bout de silex dans les mains. Elle entra quelques secondes après dans la salle de bain et me voyant penchée au dessus le lavabo avec un mouchoir en sang sur le nez déclara simplement :&lt;br /&gt;« Tu crois pas que t’étais déjà assez amochée sans en rajouter ? »&lt;br /&gt;Je lui jetais le plus mauvais regard possible.&lt;br /&gt;« - C’est si grave de ne plus avoir d’électricité ?&lt;br /&gt;- Baaaah, tu vois l’eau glacée que j’me mets sur le nez là ? J’vais devoir me laver avec, ça va être super sympa !&lt;br /&gt;- C’est tout ce qui t’inquiète ? Te laver à l’eau froide ?&lt;br /&gt;- En fait ce qui m’inquiète le plus c’est le frigo… Je ne vais plus rien pouvoir manger de frais sans frigo…&lt;br /&gt;- Ca ne te fera pas mourir de faim pour autant. Tu as des tonnes de boites de conserve… Et cet été tu planteras des légumes…&lt;br /&gt;- J’crois que tu ne te rends pas compte à quel point la situation est tragique pour moi… Je ne suis pas une foutue boy scout habituée à vivre dans une tente en plein milieu de la forêt ! J’suis une pure citadine, je ne peux pas tendre les bras sans que, dans le périmètre qu’ils forment autour de moi, se trouve quelque chose qui fonctionne à l’électricité ! J’veux pouvoir regarder un DVD dans mon lit avec un pot de glace dans les mains et une cuillère grosse comme ma tête, j’veux pouvoir m’épiler les sourcils dans la salle de bain avec une lumière qui ne vacille pas sans cesse… J’veux être assistée bordel ! Je ne veux pas me casser le cul pour chaque tache à accomplir ! Je suis née à la fin du vingtième siècle pas à une époque où on cramait la plus jolie fille du village sur la place publique parce que le seigneur du lieu n’assumait pas ses ébats en dehors de la couche nuptiale avec elle!&lt;br /&gt;- C’est quoi le rapport avec l’électricité ?&lt;br /&gt;- Aucun ! Y’en avait pas à cette époque là, c’est tout !&lt;br /&gt;- Ca va ton nez ?&lt;br /&gt;- C’est juste une grosse griffe… Ca saignait beaucoup parce que c’était le visage. J’vais survivre… Encore.&lt;br /&gt;- Tu survivras aussi au manque d’électricité. Tu abandonnes l’idée du feu dans l’appartement ?&lt;br /&gt;- Mouais… J’vais me contenter de bouder j’crois, c’est moins dangereux. »&lt;br /&gt;Je traversais les lieux pour me rendre dans ma chambre et m’allonger sur le lit.&lt;br /&gt;« - Je crois même que je vais dormir un peu…&lt;br /&gt;Mais c’était sans compter Karine qui commença à m’insulter.&lt;br /&gt;- Qu’est ce qu’il y a ?&lt;br /&gt;- Mais je fais quoi moi pendant ce temps là ! Je ne dors pas je te rappelle ! Je vais m’embêter alors non, ne dors pas ! »&lt;br /&gt;J’haussais les sourcils avec un air désabusé.&lt;br /&gt;« Bon… okay… Dors ! N’empêche, c’est totalement égoïste ! »&lt;br /&gt;Et elle tourna les talons et partie sur la mezzanine avant de redescendre une minute plus tard, alors que je m’étais affalée et emmitouflée dans ma couette.&lt;br /&gt;« - Vraiment Ambre je ne sais pas quoi faire… Dors pas.&lt;br /&gt;- Ce n’est pas mon problème ! J’ai besoin de sommeil moi ! Débrouille-toi et trouve quelque chose ! Pendant que tu y es, trouve-nous même quelque chose à faire quand je me réveillerai. J’aimerai bien qu’on change un peu de programme, c'est-à-dire pas de paresse dans l’appartement toute la journée à nous envoyer des piques dans la figure et pas de recherches improbables à propos du pourquoi je me suis retrouvée dans cette situation ! Une vraie activité… qui ne demande pas d’électricité… ni de toucher quoi que ce soit… »&lt;br /&gt;Elle soupira en s’éloignant et je l’entendis maugréer à voix basse :&lt;br /&gt;« J’vais m’inventer une amie imaginaire aussi tiens, et puis j’la laisserai toute seule juste pour rire ! »&lt;br /&gt;Je fis mine de n’avoir rien entendu et m’endormis.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;***&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Romane ! Romaaaaane ! Réveille-toi ! »&lt;br /&gt;Je dus m’y prendre à plusieurs fois pour ouvrir enfin un œil et regarder Karine.&lt;br /&gt;« Faut que je te montre un truc ! »&lt;br /&gt;Je me demandais combien de temps avait pu durer mon somme. Connaissant le personnage je ne devais pas dormir depuis plus de vingt minutes avant qu’elle ne se soit décidée à oublier volontairement que j’avais besoin de dormir contrairement à elle. Je me hissais sur les coudes en ouvrant la bouche en grand pour en laisser sortir un énorme bâillement.&lt;br /&gt;« Qu’est ce qu’il y a ? »&lt;br /&gt;Elle souriait comme une collégienne qui revient de son premier rencart, l’appareil dentaire en moins. Visiblement très excitée par quelque chose, elle s’accroupit par terre et regarda de l’autre côté de la pièce.&lt;br /&gt;« Regarde. Gitz ! Giiiitz ! Viens là ! »&lt;br /&gt;Gitz était certainement ce qu’elle regardait dans le coin de la pièce et je ne voyais pas d’ici, mais bientôt effectivement le furet fit son apparition, se précipitant pour répondre à l’appel et dandinant tout son corps comme lui seul savait le faire. Il vint se planter entre les jambes de Karine dont la tête pivota dans ma direction avec un sourire encore plus grand que la minute auparavant.&lt;br /&gt;Je me retins de justesse à bailler de nouveau, l’observant, à moitié réveillée et attendant qu’elle se décide à me montrer je ne savais quoi… Une minute de silence passa.&lt;br /&gt;« Bon okay ! Je recommence ! »&lt;br /&gt;Elle se leva du lit et partit vers le coin de la pièce d’où le furet venait. Je me demandais ce que j’avais loupé et me promis de me concentrer cette fois-ci, me doutant que si je ne devinais pas de quoi il était question elle ne me laisserait pas redormir de si tôt.&lt;br /&gt;« Giiiitz ! Giiiiiitz ! »&lt;br /&gt;J’étais concentrée sur Karine pour comprendre à quoi je devais faire attention, est ce que ça avait un rapport avec ce qu’elle disait ? Avec ses gestes ? Je plaignais le furet en tout cas, qui arriva près d’elle, se fatiguant visiblement de tous ces déplacements. Je trouvais cruel que sa démonstration de on-ne-sait-quoi implique l’animal, qui, ne se doutant de rien, répondait toujours à ses appels répétés. Elle aurait pu trouver autre chose à dire si ça avait un rapport avec la parole.&lt;br /&gt;Elle m’observait à nouveau, mais cette fois l’air légèrement agacé. Puis n’y tenant plus elle hurla :&lt;br /&gt;« Le furet ! Le furet ! Il vient quand je l’appelle ! Raaaaaah tu m’énerves ! »&lt;br /&gt;Elle aurait claqué la porte si elle avait pu mais se contenta de monter les marches de l’escalier pour ne plus me voir.&lt;br /&gt;Entre temps le raisonnement avait fini par atteindre mon cerveau et je m’exclamais :&lt;br /&gt;« Le furet ! Il t’entend ! Il te voit même certainement… euh… non… il ne doit certainement pas te voir… il ne voit rien… Mais il a conscience que tu existes ! Tu n’existes pas que pour moi ! »&lt;br /&gt;Cette idée avait achevé de me réveiller. Karine répondit depuis l’étage, refusant toujours de descendre, que c’était le cas, sauf si le furet aussi je l’imaginais.&lt;br /&gt;« - Je ne pense pas que j’imagine Gitz. J’ai du me concentrer quand je t’ai créé, Gitz m’a simplement défoncé une chaussure… Je n’avais pas prévu de recueillir un furet avec moi à l’origine, je l’ai pris simplement parce qu’il me faisait pitié…&lt;br /&gt;- Mais les autres animaux dehors… Ils ne réagissent pas à ma présence… »&lt;br /&gt;Je n’eu pas à réfléchir longtemps pour répondre.&lt;br /&gt;« - Gitz non plus si tu fais un peu attention… Regarde, quand tu l’appelles il vient mais le reste du temps il fait attention à toi ? »&lt;br /&gt;Un silence fut la seule réponse que j’obtins pendant un moment, puis Karine réapparut à l’étage inférieur où je me trouvais.&lt;br /&gt;« - Il faut que j’aille dehors pour vérifier, viens !&lt;br /&gt;- Non, hors de question. »&lt;br /&gt;Je montrais mon bras.&lt;br /&gt;« - Tu te souviens ce qui m’a fait ça ? Hors de question que j’aille jouer avec les chiens dehors avec toi !&lt;br /&gt;- Si j’essaie de te convaincre…&lt;br /&gt;- Je te rappellerai que c’est de ta faute si je suis tombée sur le cabot. Oui.&lt;br /&gt;- C’est ce que je pensais…&lt;br /&gt;- Je n’ai pas imaginé Gitz, Karine. J’en suis sûre. Je ne sais pas ce que ça veut dire, mais une autre créature que moi a conscience de ton existence !&lt;br /&gt;- Moi je sais ce que ça veut dire… Je suis réelle.&lt;br /&gt;- A moitié alors seulement.&lt;br /&gt;- Comment ça à moitié ? On est réel ou on ne l’est pas !&lt;br /&gt;- Rappelle moi ce que tu as touché dernièrement ?&lt;br /&gt;- Si je te crois, je t’ai touché toi ! Ce n’est pas ce que tu disais ?&lt;br /&gt;- Ce genre de chose se fait généralement de manière beaucoup moins occasionnelle, sans vouloir te vexer…&lt;br /&gt;- Alors il faut que je m’entraine ! Pendant que tu dormiras maintenant je vais m’entrainer à toucher les objets ! »&lt;br /&gt;Je souriais à la perspective de sommeil prolongée dont je pourrai enfin profiter dorénavant. Pour le moment pourtant j’étais bien réveillée et décidée à sortir du lit.&lt;br /&gt;« - C’est intéressant en tout cas, je ne suis plus le seul mystère du monde maintenant, tu en es un aussi ! Mais si ton entrainement peut attendre un peu, j’aimerai bien faire autre chose que te voir tendre la main de façon désespérée vers le moindre meuble en murmurant son nom… Tu as réfléchi à ce qu’on peut faire aujourd’hui ?&lt;br /&gt;- Oui j’ai réfléchi longtemps mais à vrai dire il n’y a pas grand-chose qu’on puisse faire ensemble. Comme je ne peux pas tenir le moindre objet, pour le moment du moins, on ne peut jouer à aucun jeu… Ce n’est pas la peine d’espérer se faire un ciné non plus… En fait la seule chose que je peux te proposer c’est de nous balader !&lt;br /&gt;- Dehors tu veux dire ? »&lt;br /&gt;A cette pensée un frisson me parcourut l’échine et je me crispais malgré moi.&lt;br /&gt;« - Pas encore prête ?&lt;br /&gt;- Il faut que tu t’entraines à toucher les objets, eh bien moi il faut que je m’entraine avec le flingue avant de pouvoir entreprendre de sortir et m’éloigner du scooter pendant plus d’une minute…&lt;br /&gt;- Et une sorte de balade à l’intérieur d’un bâtiment ?&lt;br /&gt;- Tu penses à quoi ?&lt;br /&gt;- Le musée.&lt;br /&gt;- Ah nan ! C’est chiant un musée ! Je n’ai jamais mis les pieds dans celui de la ville mais je ne compte pas commencer aujourd’hui ! En général ces endroits là sont d’un ennui mortel !&lt;br /&gt;- Qu’est ce que tu trouves de si ennuyeux dans un musée ?&lt;br /&gt;- Ce sont des lieux où tu te sens constamment surveillé, tu n’oses pas faire le moindre mouvement brusque ou provoquer le moindre son plus fort que celui de ta respiration. Tout ce que tu vois te parait entouré d’une aura sacrée mais… lointaine.&lt;br /&gt;- Sauf que cette fois-ci il n’y aura personne pour t’empêcher de courir ou d’hurler si tu veux le faire ! Tu peux même prendre un marqueur et dessiner sur les toiles des grands peintres sans que cela ne nuise à personne.&lt;br /&gt;- Ces trucs là sont sous alarme…&lt;br /&gt;- Plus d’électricité, plus d’alarme… »&lt;br /&gt;Je me laissais convaincre. Après une bonne douche et un déjeuner copieux avec ce qu’il y avait dans le frigo et que je devais me dépêcher de manger avant pourrissement lorsque toute la fraicheur aurait définitivement quitté le caisson blanc, j’étais prête à me rendre dans le musée de la ville.&lt;br /&gt;Je courus de la porte de l’immeuble jusqu’au scooter sous les regards interrogatifs de quelques chats errants. Une fois sur l’engin et psychologiquement à l’abri sous le sentiment que je pouvais fuir à grande vitesse en faisant énormément de bruit, j’osais un coup d’œil à l’endroit où j’avais tué le chien quelques jours auparavant. Il ne restait plus aucune trace de l’affrontement, le cadavre avait disparu, il ne restait pas même le moindre squelette, mais je ne m’attardais pas avec des pensées douloureuses en me demandant ce qu’il était devenu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le musée était un grand bâtiment, il occupait un pâté de maison à lui seul. Il s’élevait sur plusieurs étages, fier d’un passé grandiose, résidence de prince ou autre bâtisse officielle, on avait appelé le lieu autrefois le « petit palais ». Il se tenait derrière de lourdes grilles en fer surmontées de pointes gigantesques, comme pour dissuader un éventuel crétin de passer par-dessus au lieu d’entrer par la porte. Quelques parcelles de pelouse où l’on trouvait des arbustes taillés avec des précisions géométriques étaient disposées de-ci-de-là, mettant en valeur une façade richement décorée avec une profusion de moulures et un nombre impressionnant de fenêtres qui ne devaient jamais avoir été ouvertes.&lt;br /&gt;Mais à vrai dire ce qu’on voyait surtout en premier lorsqu’on arrivait au petit palais, c’était les grands panneaux en français, en anglais, et en ce qui devait être du japonais, indiquant les différentes parties du musée, la boutique de souvenir et enfin, les toilettes.&lt;br /&gt;Après avoir manqué de renverser le scooter sur les graviers en voulant me garer dans l’entrée, je poussais la lourde porte pour entrer dans l’édifice, le fait qu’elle soit fermée nous assurait qu’aucun animal n’avait pu élire domicile à l’intérieur. Cela n’empêchait pas ma main de rester toujours à proximité du pistolet accroché à ma ceinture, mais je me permis de sortir Gitz de la sacoche et de le laisser nous suivre dans les couloirs, Karine se faisant une joie de l’appeler lorsqu’il trainait à une trop grosse distance.&lt;br /&gt;Je passais derrière le comptoir de l’accueil pour saisir une brochure du musée avec un plan de celui-ci.&lt;br /&gt;« - Il y a deux partie au musée. Une centrée sur les arts et l’autre sur l’histoire naturelle. On commence par quoi ? L’histoire naturelle ?&lt;br /&gt;- Non. Les arts, c’est mieux. »&lt;br /&gt;Je ruminais toute seule dans ma tête pour savoir si Karine aurait choisit l’histoire naturelle si j’avais proposé les arts en premier, mais la suivis quand même le long du parcours initialement prévu par la visite.&lt;br /&gt;Je n’avais pas pris de marqueur pour saccager les œuvres des grands peintres comme Karine me l’avait suggéré et j’avais eu bien raison. Même avec la conscience de la grande liberté dont je disposais, il continuait à planer sur le lieu une aura inviolable qui me pétrifiait. Simplement osai-je parler à voix haute et pour critiquer durement certaines toiles. Je pris aussi plaisir à toucher les œuvres, sentir sous la caresse de mes doigts les empâtements de peinture ou les formes des sculptures, pourtant inaccessibles d’ordinaire derrière la protection sommaire d’une corde rouge. J’arrêtais de toucher tout ce que je voyais lorsqu’un pan entier de peinture tomba sur le sol au moment où mes doigts l’effleurèrent. Devant le morceau de toile brute qui apparut à cet endroit du tableau je sentis la panique me gagner et me tins à carreau jusqu’à ce qu’enfin l’enthousiasme de Karine pour les peintures religieuses me quitte totalement et que je demande enfin à passer à l’autre partie du musée.&lt;br /&gt;La convaincre ne fut pas une mince affaire. Elle essayait de toucher à toutes les toiles qu’elle voyait en même temps que moi, posait ses mains sur les murs, sur les cordes, sur les tapis, sur les bancs, sur les extincteurs, sur tout ce qu’elle croisait et pestait chaque fois de ne pas éprouver le moindre contact sous ses doigts. Si je tentais de lui rappeler qu’à l’origine elle comptait s’entrainer à faire cela quand je dormais, elle passait alors encore plus de temps devant l’objet de son attention et répétait son nom indéfiniment. Je me convainquis de me taire après avoir entendu une bonne cinquantaine de fois les mots « chariot du concierge », surtout qu’ils continuèrent à se répéter dans mon crâne pendant dix bonnes minutes même après qu’elle ait arrêté.&lt;br /&gt;Nous parvînmes quand même dans la section histoire naturelle du musée. Karine se plaignit de ne pouvoir toucher que des vitrines la plus part du temps, les haches de guerres ou les hameçons et bijoux préhistoriques étant souvent conservés derrière d’épaisses vitrines que je refusais de briser malgré ses demandes insistantes.&lt;br /&gt;Moi je prenais mentalement des notes, m’appliquais à lire tous les panneaux explicatifs pour glaner la moindre information, la moindre idée sur le mode de vie préhistorique dont je me sentais de plus en plus proche.&lt;br /&gt;« - Ces types vivaient en fabriquant leur outils avec leur mains et des bouts de cailloux ou de bois, ce sont mes héros !&lt;br /&gt;- Ouais… Enfin bon… Ils devaient surtout se multiplier comme des lapins pour que quelques individus survivent et perpétuent l’espèce. Leur durée de vie minimum ne devait pas être bien élevée, je ne suis pas certaine que ce soit un très bon exemple à prendre… Tu ne veux pas casser juste celle là ? S’il te plait, j’aimerai trop que le premier truc que je touche soit cette massue en pierre ! »&lt;br /&gt;Devant les yeux émerveillés qu’elle lance à travers la vitrine sur l’arme qui devait pouvoir fendre une tête en deux sans trop de mal, je confirmais ma position de non vandale. Elle n’insista pas d’avantage et se dirigea vers l’énorme squelette de dinosaure qui trônait au milieu de la salle principale, occupant la quasi-totalité de sa hauteur, pourtant de taille gigantesque.&lt;br /&gt;Ce tas d’os ne m’impressionnait pas vraiment, même si Karine paraissait minuscule à côté de lui. De là où je me trouvais, elle semblait d’ailleurs faire la taille de l’une de ses dents. Mais le monstre était mort depuis belle lurette et il ne risquait pas de se réveiller. J’étais bien plus passionnée par les pointes de lance dans une vitrine proche de là, laissant à Karine le soin de se concentrer sur l’amas de calcium.&lt;br /&gt;Parce que j’entendis un hoquet de surprise, je me retournais par réflexe vers Karine. Elle se tenait debout contre l’une des pattes, les mains en avant, comme posées sur l’un des os comme elle l’avait fait pour chaque objet jusqu’ici, mais cette fois-ci il y avait quelque chose de différent : l’expression sur son visage.&lt;br /&gt;Elle ouvrait grand les yeux sans qu’ils ne clignent jamais et gardait la bouche ouverte, parfaitement immobile. Seule la poitrine se soulevait à un rythme accéléré.&lt;br /&gt;Puis soudain tout s’arrêta, ça avait duré une seconde tout au plus, elle baissa légèrement sa main mais celle-ci resta en l’air un moment encore. Je la vis déglutir, les yeux perdus maintenant dans la contemplation du sol, un air légèrement paniqué prenant place sur celui qu’elle affichait quelques secondes précédemment.&lt;br /&gt;Je m’approchais doucement sans savoir comment réagir véritablement. Je lançais son prénom dans l’air comme une question mais elle ne sembla pas m’avoir entendu. Puis lorsque j’arrivais à sa hauteur, elle tourna vivement le visage vers moi - ce qui me fit faire un bon en arrière impressionnant – et afficha soudain un sourire qui illuminait son visage dans une expression de joie intense.&lt;br /&gt;« Je crois que j’ai compris enfin ! »&lt;br /&gt;Elle contemplait ses mains comme si elle les voyait pour la première fois, une béatitude sans comparaison affichée sur le visage.&lt;br /&gt;« - Compris quoi ?&lt;br /&gt;- Tu es comme un dinosaure !&lt;br /&gt;Je levais les yeux vers les dents énormes qui prenaient place dans la gueule du colossal squelette.&lt;br /&gt;- Fais gaffe à ce que tu vas dire… Je ne suis pas certaine de prendre bien ce que tu t’apprêtes à formuler… Qu’est ce qu’il s’est passé au juste ? Tu avais une drôle de tête…&lt;br /&gt;- Je l’ai touché, le squelette ! Vraiment touché, à pleine main ! Et c’était… Waaaahou, t’imagines même pas !&lt;br /&gt;- Non… Du tout… Ca fait seulement plus d’une vingtaine d’années que j’ai le sens du touché… Mais à chaque fois c’est comme la première !&lt;br /&gt;- Arrête de faire de l’ironie, je suis sérieuse ! Écoute-moi…&lt;br /&gt;- Je te raconte pas, si poser tes mains sur un truc ça te fait déjà cet effet là, à quel point tu vas prendre ton pied si t’arrives un jour à t’envoyer en l’air !&lt;br /&gt;- Ambre ! Ta gueule ! J’essaie de t’expliquer ! Je ne plaisante pas !&lt;br /&gt;Je me tus, blessée par le ton qu’elle venait de prendre. Elle continua son explication dans un état qui semblait se situer entre la panique, le plaisir et la crise d’épilepsie.&lt;br /&gt;- C’était plus que toucher, c’était plus que poser mes mains… C’est comme… si j’étais rentrée en lui ! Il a suffit que je rentre en contact et je savais tout. Tout ! J’étais la moindre molécule, j’étais au courant de chaque défaut, de chaque particularité. J’étais au courant de l’histoire, j’étais au courant du pourquoi ! Je sais pourquoi Ambre ! J’ai compris !&lt;br /&gt;- Calme toi, parle moins vite, je ne comprends rien à ce que tu racontes !&lt;br /&gt;- Ce dinosaure c’est ton ancêtre en quelque sorte !&lt;br /&gt;- Karine, je ne te suis pas du tout là… Je ne suis pas très calée en science mais les dinosaures étaient des reptiles, l’homme est un mammifère, il ne descend pas du tout du dinosaure !&lt;br /&gt;- Si ! Et toi… toi tu as un lien avec ce dinosaure plus fort que quiconque ne l’a jamais eu !&lt;br /&gt;Je laissais passer un silence, pas pressée de jouer aux devinettes sur la question qui concernait mon lien filial avec un lézard géant aux dents très pointues… La réponse vint tout de même.&lt;br /&gt;- Toi aussi tu as été crée pour ne pas disparaître ! Tu dois être le prochain lien !&lt;br /&gt;Vu son expression émerveillée ça devait être quelque chose de super impressionnant, le problème c’est que je ne comprenais pas le moindre foutu mot qu’elle prononçait. L’histoire du prochain lien ça ne me parlait tout simplement pas…&lt;br /&gt;- Karine… Je débarque là… Faut que tu m’expliques…&lt;br /&gt;Elle hocha la tête de façon mécanique et répéta « oui » trois fois. Elle jeta des regards autour d’elle comme si elle cherchait quelque chose qui l’aurait aidé, mais ne trouvant rien elle revint vers moi.&lt;br /&gt;- Quand je l’ai touché… Comment t’expliquer ça… J’ai connu instantanément absolument tout ce qui concerne ce dinosaure de façon anatomique, je suis capable de dire comment fonctionnait le moindre de ses muscles, la moindre parcelle de son corps. Mais ce n’est pas tout, ça va plus loin. Dans son corps il est inscrit aussi autre chose, quelque chose que je ne peux pas expliquer vraiment en termes scientifique mais qui est comme gravé dans sa chair, dans ses os, malgré tout : sa raison d’être.&lt;br /&gt;Elle me regarda avec un air interrogatif. Je la rassurais.&lt;br /&gt;- Je crois que je saisis le principe même si ça me dépasse quand même un peu…&lt;br /&gt;- Bien. Admets simplement le principe comme un fait, maintenant ce qui est intéressant c’est justement ça : ce que faisait ce dinosaure sur la Terre !&lt;br /&gt;- Il bouffait d’autres dinosaures plus petits j’imagine.&lt;br /&gt;- Non. Il ne vivait pas simplement. Il a une caractéristique spéciale : il ne devait pas disparaître !&lt;br /&gt;- Pour qu’on puisse admirer son squelette de nos jours ?&lt;br /&gt;- Non ! Pas comme ça ! Ca ne concerne pas lui dans la mort mais dans la vie. Il devait continuer à vivre plutôt que disparaître !&lt;br /&gt;- Disparaître… tu veux dire ? Si lui ne devait pas disparaître, c’est que quelque chose devait le faire… quoi exactement ?&lt;br /&gt;- Ca ne le concerne pas lui vraiment alors je ne suis pas sûre… Son squelette ne peut pas me dire ça… Mais je crois deviner… Ce qui devait disparaître c’était son espèce.&lt;br /&gt;Je déglutis péniblement.&lt;br /&gt;- Il a survécu à la disparition des dinosaures ? Ce n’est tout simplement pas possible… On parle d’un choc terrible qui a bouleversé toute la Terre, j’ai entendu dire que pour le moment la théorie la plus rependue est celle d’une météorite qui se serait écrasée sur notre planète en provoquant un hiver nucléaire…&lt;br /&gt;- Non… Ca ne peut pas être une météorite… Cet animal là vivait après que les autres aient disparus j’en suis certaine !&lt;br /&gt;- Il s’est passé quoi alors ?&lt;br /&gt;Elle me regarda d’un air grave avant de répondre :&lt;br /&gt;- Je crois qu’on le saurait si tu n’avais pas été évanouie toi-même lorsque l’espèce humaine a disparue elle aussi…&lt;br /&gt;Toute volonté de répondre ou de poser des questions m’abandonna.&lt;br /&gt;- Je suis désolée… Mais je ne pouvais pas éviter de faire un rapprochement avec toi… Je doute vraiment que ces similitudes soient un hasard… Et… ce n’est pas tout. Il y a autre chose. Ce dinosaure n’était pas seulement destiné à ne pas disparaître…&lt;br /&gt;Je ne fus toujours pas capable de faire sortir un son de ma gorge, elle prit cela comme un encouragement et poursuivit.&lt;br /&gt;- Il devait aussi… Il devait mettre au monde la nouvelle espèce.&lt;br /&gt;- Quelle nouvelle espèce ?&lt;br /&gt;Elle tendit le doigt vers quelque chose derrière moi. Je me retournais rapidement, la peur collée au ventre et vis ce qu’elle montrait. Il s’agissait d’une réplique d’une scène préhistorique. Dans un renfoncement du mur, on avait reproduit un paysage semblable à ce que devait être la végétation de la Terre quelque milliers d’années de cela. Dans cette imitation de nature sauvage, quatre silhouettes, mannequins de plastique un peu défraichis et couverts de poussière, étaient figées dans une attitude légèrement belliqueuse, l’une debout fixait un point invisible à l’horizon, les trois autres étaient accroupies devant un animal inconnu et mort dont elles arrachaient les chairs à pleines mains. Tous les quatre avaient un faciès entre celui de l’homme et du singe. Des australopithèques.&lt;br /&gt;- La je spécule un peu, mais je crois qu’il n’y a pas de chaînon manquant. Là où les scientifiques imaginent un lien entre quelques bestioles sans pouvoir trouver la bestiole intermédiaire, il n’y a rien en fait. Le dinosaure a mis au monde l’ancêtre de l’humain. Ce n’était même pas envisageable mais c’est ce qu’il s’est passé. Il l’a pondu dans un œuf. Il a mis au monde un être étranger à son espèce, mais c’était normal, il était fait pour ça. La nouvelle espèce ne peut pas apparaître toute seule, elle doit provenir de la précédente, mais c’est brutal. Darwin n’a pas tort pour autant, la nouvelle espèce a évoluée, elle a muté, a changé, s’est transformée jusqu’à devenir ce qu’on appelait l’homme hier… Mais il y a eu un bon quand même à un moment, un changement brutal et radical vers l’avant lorsque l’espèce arrivait à son maximum et avant qu’elle ne commence à entamer une sorte de chute génétique. J’imagine que le phénomène doit être cyclique, c’est pour ça que ça a recommencé.&lt;br /&gt;- Non. Je ne peux pas croire ça. Je suis désolée mais c’est trop gros. Comme par hasard tu es tombée sur le dinosaure qui devait survivre ! C’est un peu trop énorme comme coïncidence…&lt;br /&gt;- Je n’ai pas dit qu’il était seul. Il portait en lui de quoi faire la prochaine espèce, mais il lui manquait quelque chose : être fécondé. Et même avec son œuf ça n’aurait pas suffit pour que la nouvelle espèce se perpétue. Il y a du y avoir d’autres dinosaures…&lt;br /&gt;Elle marqua une pause.&lt;br /&gt;- Mais bien sûr ! Les autres dinosaures ont disparus totalement ! Si on ne retrouve que peu de fossiles de dinosaures ce n’est pas parce que les conditions n’étaient pas là pour les conserver des milliers d’années jusqu’à ce qu’on les trouve ! Non ! C’était simplement parce qu’ils ont disparu ! Il n’y avait plus aucun cadavre ! On ne retrouve que les dinosaures-liens ! Les seuls qui étaient prévus pour ne pas disparaître !&lt;br /&gt;- Admettons. Je suis la version upgradée de ce dinosaure. Okay. C’est difficile à digérer mais je vais essayer… Alors dans ce cas je serai là…&lt;br /&gt;- Pour donner naissance à un être de la nouvelle espèce !&lt;br /&gt;Je la regardais comme cela avait été une évidence et fit un signe de tête dans sa direction pour ponctuer la chose.&lt;br /&gt;- Ca m’a traversé l’esprit aussi. Surtout avec la découverte que je suis en quelque sorte « réelle », mais ça ne colle pas. Regarde la différence entre le dinosaure et l’australopithèque était flagrante, moi je ressemble comme deux gouttes d’eau à un humain ! Et puis physiquement c’est comme si je n’existais qu’à moitié… Je ne parle même pas du fait que je ne suis pas sortie de ton vagin… Non, je pense que tu n’as pas encore donnée naissance au nouvel être.&lt;br /&gt;- C’est charmant, j’vais devoir accoucher d’un truc qui ne ressemblera pas du tout à un bébé. Autant me dire que j’vais avoir un alien dans le bide…&lt;br /&gt;- Ce n’est surement pas si horrible…&lt;br /&gt;- T’as jamais vu le film alors, c’est clair. Mais toi tu es quoi alors ?&lt;br /&gt;- Aucune idée… Peut-être simplement une aide…&lt;br /&gt;- Ca expliquerait pourquoi tu m’as emmerdée à chercher pourquoi j’étais encore là !&lt;br /&gt;- Et pourquoi j’ai un don magnifique dans les mains qui m’a permis de le trouver !&lt;br /&gt;Elle tendit les mains vers moi, fière, puis soudain son visage redevint sérieux.&lt;br /&gt;- Romane, tu as compris ce que ça impliquait d’autre tout ça n’est ce pas ?&lt;br /&gt;- Tu veux dire qu’il y a encore plus que de servir d’incubateur à une nouvelle bestiole ?&lt;br /&gt;- Pour ça il faudra que tu sois fécondée. Ca veut dire que tu n’es pas la seule survivante ! &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/9030524436375822685-2297501390376897893?l=howending.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://howending.blogspot.com/feeds/2297501390376897893/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=9030524436375822685&amp;postID=2297501390376897893&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9030524436375822685/posts/default/2297501390376897893'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9030524436375822685/posts/default/2297501390376897893'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://howending.blogspot.com/2007/10/partie-8.html' title='Chapitre 7'/><author><name>Valentine</name><uri>http://www.blogger.com/profile/13626335862887319163</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-9030524436375822685.post-703500825432541705</id><published>2007-10-16T02:41:00.002+02:00</published><updated>2010-01-18T09:53:43.493+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 6</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Dehors le ciel se teintait de couleurs chaudes. Quelque soit la personne qui s’occupait de teindre les cheveux de la voute céleste, elle devait être le seul coiffeur capable d’embellir quelqu’un en faisant de lui un rouquin. Le soleil peu à peu se cachait derrière l’horizon et la nuit allait bientôt être là. Je me dépêchais de conduire ma nouvelle famille dans une demeure quelconque. Depuis la fin de l’humanité mes journées suivaient des horaires peu orthodoxes et après le sommeil que j’avais récupéré dans les sous-sols de l’hôpital je me sentais peu encline à aller me coucher immédiatement.&lt;br /&gt;J’aurai eu envie de religieuse au chocolat et c’est avec bonheur que j’aurai fait un détour avec le scooter pour passer dans une boulangerie et en ramener pour tout le monde à l’appartement. Mais les boulangeries qui n’avaient pas été pillées par les animaux lançaient des odeurs de nourriture en décomposition qui faisait changer de trottoir le plus hardi des chiens errants. Et encore… les boulangeries ce n’était rien par rapport aux boucheries…&lt;br /&gt;Après un détour par un magasin de DVD et CD d’occasion où je remplis le caddie de films, nous rentrions donc tous les trois à l’appartement pour ne pas en sortir pendant trois ou quatre bons jours. Déjà nous commencions à nous constituer un « quotidien » rythmé de tentatives désespérées de ma part pour faire marcher les différents appareils à notre disposition, le pire fut sans doute aucun, l’installation du système de home cinéma rendue encore plus dure par les commentaires de Karine, commentaires dont le thème récurent tournait toujours autour de ma soi-disant incapacité à faire les choses correctement. Je regrettais d’ailleurs rapidement d’avoir permis à Karine de regarder des DVD car il me fut, pour un certain temps après cela, impossible de dormir plus de deux heures d’affilées, Karine s’occupant de jouer les réveils à mon oreille pour me demander de changer le film vu qu’elle ne pouvait toucher au bouton du lecteur. J’enviais fortement le furet qui lui ne se laissait distraire de ses siestes pour rien au monde, il ne protestait que lorsque je le déplaçais de mon lit jusque dans le petit coin douillet que j’avais construit à son intention mais qu’il boudait parfaitement, préférant sans doute me voir grimacer à chaque fois que je me retrouvais avec un de ses poils dans ma bouche...&lt;br /&gt;Pour embêter Karine je restais des heures dans la cuisine à me préparer des petits plats auxquels elle ne pouvait pas toucher mais qui lui mettait sans aucun doute l’eau à la bouche. Le peu de fois où elle me suivait dans la cuisine pour observer mes gestes de cuistot amateur, j’avais le droit plus que jamais à des remarques lourdes de critiques auxquelles je prenais malin plaisir à répondre pour instaurer une joute verbale dont je sortais, seulement dans ces conditions, vainqueur.&lt;br /&gt;Une fois encore elle m’attaquait alors que j’attrapais le sel et saupoudrait mon filet de bœuf fraichement décongelé que j’avais trouvé dans un grand moment de chance.&lt;br /&gt;- « Tu manges trop salé. C’est mauvais pour la santé. »&lt;br /&gt;Je répondis du tac au tac :&lt;br /&gt;- « Tu veux toujours tout commander. C’est mauvais pour la sociabilité. »&lt;br /&gt;Je fus étonnée par le manque de réponse qui fit écho à ma remarque et fermais les paupières pour la découvrir avec un air désolé sur le visage.&lt;br /&gt;Depuis que j’avais imaginé Karine nos rapports s’étaient créés sur une obligation. J’avais besoin de sa présence tout comme elle avait besoin de la mienne. Moi parce que je ne pouvais vivre cette vie seule, elle parce que sans moi elle n’existait pas. Dans tous les cas là où j’avais voulu une « amie » imaginaire se tenait simplement une fille dont j’avais besoin et cela me contrariait pas mal. Je voulais ce genre de personne avec qui on peut avoir des discussions interminables sur des sujets aussi variés que stupides, comme qui était notre meilleur amant ou comment on s’était retrouvée avec un bonbon coincé dans le nez quand on était petite. Je voulais ce genre de personne qui se sens obligé de vous accompagner au salon international du point de croix parce que cela a l’air de vous tenir tellement à cœur et parce qu’il sait que s’il ne le fait pas lui non plus ne pourra pas vous forcer à faire acte de présence pour un autre événement stupide auquel aura trop honte à aller seul. Pour le moment on en était loin Karine et moi. Très loin.&lt;br /&gt;Ainsi quand ce semblant de sentiment humain passa sur son visage je saisis l’occasion pour commencer à établir un contact plus aimable.&lt;br /&gt;- « Comment tu le sais que le sel est mauvais pour la santé ? »&lt;br /&gt;A son expression changeante je vis que j’avais fait une bourde dans ma façon de m’exprimer et que cela allait me retomber dessus.&lt;br /&gt;« - Peut-être parce que je ne suis pas totalement abrutie tiens ! Désolée d’avoir un brin culture générale !&lt;br /&gt;- Non, non je me suis mal exprimée… Je me demandais juste d’où tu le savais… Euh… Enfin… tu l’as lu ? On te l’a dit ? J’essaie de savoir si tu avais une vie avant en fait… Tu sais, une famille, des amis… Je ne te connais pas beaucoup finalement… »&lt;br /&gt;Elle fronça les sourcils, parut perturbée.&lt;br /&gt;« En fait je n’avais pas réfléchit à ça auparavant… »&lt;br /&gt;Je laissais un silence poli le temps qu’elle fasse le clair.&lt;br /&gt;« - Non. Non, je n’ai pas d’histoire avant que tu m’inventes. Cette sensation est très bizarre en fait… C’est comme si j’étais amnésique, je connais des choses, j’ai l’impression d’avoir vécu plein d’expériences mais dans ma tête il n’y a rien avant. C’est comme pour la faim tu vois. J’ai faim psychologiquement alors que je n’ai pas besoin de manger. Ca n’empêche que je connais la faim quand même… Mes souvenirs quand à eux, commencent l’autre fois dans l’appartement, pas avant. J’ai l’expérience et la maturité d’une jeune femme mais je viens à peine de naître…&lt;br /&gt;- De naître ?... »&lt;br /&gt;Naitre n’était pas le terme qui me venait le plus facilement à l’esprit alors que je la regardais. A l’image de la jeune femme sure d’elle que j’vais en face de moi, s’ajouta celle d’un gros bébé joufflu et baveur… J’eu du mal à ne pas enchainer sur le sujet…&lt;br /&gt;« - Et comment tu l’as vécu ta naissance ? Tu dois être capable de t’en rappeler nan ? Ca doit être une chance, nous les seuls moments où on est susceptible de s’en souvenir car c’est encore assez récent, on concentre tous nos effort non pas dans la sauvegarde de ce souvenir, mais dans l’apprentissage du langage… Tout ça pour quoi ? Pour finir par la prononciation enthousiaste d’un mot stupide qui sera le plus souvent maman, papa ou gnagnlagno.&lt;br /&gt;- Gnagnlagno ?&lt;br /&gt;- Tous les bébés disent un gnagnlagno un jour, un gnagnlagno c’est le mot qui peut tout vouloir dire, il y aura toujours un adulte assez crétin à côté du chérubin pour lui trouver une signification. La tante débile qui va s’exclamer : Oh il a dit pas de lolo je l’ai entendu, je l’ai entendu ! En fait non, le bébé a dit gnagnlagno. Et après on s’étonne quand un gamin dit pétacle au lieu de spectacle et que plus tard, gardant des séquelles il confond les mots stalactites et stalagmites ! Oui… donc… ta naissance ?&lt;br /&gt;- J’ai… euh… un souvenir très flou, tu vois comme si je flottais dans quelque chose. Je traduis mais en fait ce n’était pas vraiment un état, c’était plus comme si je baignais dans un sentiment alors ce n’est pas évident… Matériellement ça aurait été comme si je baignais dans un liquide très épais… et épicé ! Comme si j’étais dans de la moutarde tu vois… Ouais… »&lt;br /&gt;Elle se mordit la lèvre.&lt;br /&gt;« - Enfin bref, en fait en même temps, parce que ce n’était pas du passé tout ça, à la fois oui et à la fois c’était du présent comme si le temps entier dans son infinité avait été en même temps… Ca devient dur pour m’exprimer là… Donc en même temps j’étais devant toi et tu étais en train de me parler et je n’avais pas d’oreilles… C’était très gênant… Là le temps s’écoulait normalement et j’ai râlé parce que je savais que tu avais oublié les oreilles…&lt;br /&gt;- Comment tu savais que c’était moi qui t’avais créé ?&lt;br /&gt;- Je t’ai reconnu. C’était logique. J’étais faite à ton image. Les oreilles en moins… et le reste en mieux… »&lt;br /&gt;Aussi blessante qu’ait pu être cette remarque, je ne pouvais malheureusement que la confirmer. J’avais fait de Karine un idéal de beauté féminine, plein d’un charme qu’elle savait parfaitement mettre en avant de façon tout à fait innocente et incontrôlée.&lt;br /&gt;Il fallait au moins ça pour oublier le caractère de chien qui se cachait derrière.&lt;br /&gt;« - Et d’ailleurs par rapport à un homme, qu’est ce que tu ne peux pas faire ou qu’est ce que tu peux faire ?&lt;br /&gt;- Bah par rapport à un homme je ne peux pas uriner en position debout mais je peux faire deux choses en même temps ! »&lt;br /&gt;Elle me lança un sourire ironique.&lt;br /&gt;« Tu as comprit ce que je voulais dire… »&lt;br /&gt;Elle sourit de plus belle.&lt;br /&gt;« - Je n’ai pas besoin de manger. Je n’ai pas besoin de dormir non plus. Ca tu le sais. Pas la peine de prendre de douche non plus, je ne me salis pas. Heureusement d’ailleurs parce que je ne pourrai pas toucher l’eau. Je n’arrive à rien toucher. Je n’ai d’emprise sur aucun objet… Mais je ne passe au travers de rien tout de même… Il y a comme une sorte de force à chaque chose, une force qui fait barrière. Par exemple si j’étais dans une pièce avec la porte fermée je serai totalement enfermée. Je ne pourrai pas traverser les murs pour sortir, mais je ne pourrai pas plus tourner la poignée pour ouvrir la porte. Le sol a une consistance également, pas de problème pour marcher dessus, m’y asseoir ou m’y allonger et lorsqu’il s’agit de ça, un appui, je peux le faire aussi sur d’autres choses, ton lit par exemple ou un banc, une marche d’escalier… Enfin l’autre différence c’est que tu es la seule à me voir, je passe à côté des chiens sans problème alors qu’ils ne sont jamais indifférents quand toi tu es à proximité…&lt;br /&gt;- Ca semble logique oui. Comme tu es imaginaire, tu ne peux malheureusement avoir aucune influence sur le monde réel… »&lt;br /&gt;Sa voix traduisit soudain un enthousiasme naissant.&lt;br /&gt;« Non ! Non. Je suis presque sure que je peux faire plus… attends… »&lt;br /&gt;Sa tête chercha frénétiquement un objet pour faire sa démonstration.&lt;br /&gt;« Tiens, prends ça ! »&lt;br /&gt;Elle pointa le doigt sur quelque chose dans mon dos. Nous étions encore dans la cuisine et lorsque je me retournais et vis ce qu’elle montrait je laissais échapper ma surprise.&lt;br /&gt;« - Mais qu’est ce que tu comptes faire avec cette fourchette ?&lt;br /&gt;- Les deux, prends les deux ! Elles n’ont pas la même couleur mais elles ont la même forme ! Bien maintenant ferme les yeux, mélange les. »&lt;br /&gt;L’exercice se compliqua à ce moment là, car à force de fermer les yeux pour la voir elle, de les ouvrir pour voir le reste, j’avais besoin d’une seconde ou deux de réflexion avant de savoir quelle était véritablement la position ouverte ou fermée de mes paupières…&lt;br /&gt;« Okay, maintenant garde en une dans chaque main. Voilà eh bien la blanche est dans ta main droite et l’autre dans la gauche. »&lt;br /&gt;J’ouvris les yeux. Les refermais.&lt;br /&gt;« - Oui bon… et ?&lt;br /&gt;- Je les voyais !&lt;br /&gt;- …&lt;br /&gt;- Si je ne dépends que de ton imagination, je ne peux pas connaître des choses que tu ne connais pas toi-même ! Tu ne savais pas où étaient les fourchettes donc je n’aurais pas du être capable de le savoir moi non plus !&lt;br /&gt;- Ouais enfin bon… sur deux fourchettes ça te laisse une chance sur deux… Moi aussi je peux le faire… »&lt;br /&gt;Elle me fit recommencer l’expérience une dizaine de fois, ponctuant de « Tu vois, tu vois ! » hystériques chaque réponse correcte qu’elle donnait.&lt;br /&gt;« - D’accord j’admets que c’est fort, mais il y a encore une probabilité que cela vienne de moi malgré tout.&lt;br /&gt;- Quelle mauvaise foi ! Comment tu veux que ça viennes de toi tu as les yeux clos !&lt;br /&gt;- Inconsciemment quand je mélange j’analyse mes gestes et m’en rappelle si bien qu’à la fin je suis inconsciemment capable de dire où sont les fourchettes. Souviens toi, théoriquement tu es une manifestation de mon inconscient donc c’est plutôt logique… Ou je suis dotée d’un don de médiumnité qui sait… »&lt;br /&gt;Mon premier argument avait fait mouche, elle réfléchit, décidée à me prouver ce qu’elle avançait.&lt;br /&gt;« - J’ai une autre idée !&lt;br /&gt;- Allons bon.&lt;br /&gt;- Tu es déjà monté dans l’appartement des voisins à l’étage supérieur ?&lt;br /&gt;- Non.&lt;br /&gt;- Bien ! Je vais monter et je vais le visiter. Je redescendrai ensuite et je te ferai une description la plus fidèle possible des lieux, après quoi tu monteras à ton tour pour constater que leur appartement est tout comme je l’avais représenté ! Tu veux bien ?&lt;br /&gt;- Bah pourquoi pas… »&lt;br /&gt;Après un sourire appuyé elle courut presque pour rejoindre l’étage… pour en redescendre une minute plus tard.&lt;br /&gt;« - Déjà ?&lt;br /&gt;- La porte était fermée… Je vais aller dans les appartements d’en face… »&lt;br /&gt;Pendant la demi-heure suivante je ne la revis pas. Je pus revenir dans la mezzanine de l’habitation pour finir mon repas tout en laissant Gitz picorer dans mon assiette sans la moindre notion d’hygiène. Ce n’était pourtant pas le moment de tomber malade, d’un côté moi qui perdais toujours ma carte vitale là je pourrai avoir les médicaments sans problème, mais d’un autre pour ce qui est du diagnostique et de l’ordonnance précise, j’avais grand intérêt à me farcir la lecture de quelques dico médicaux un de ces quatre…&lt;br /&gt;Je commençais à l’aide de quelques morceaux de sucre à dresser le furet à faire des tours. Lorsqu’une toux polie sur ma droite m’indiqua le retour de Karine dans l’appartement, je venais tout juste de faire comprendre au furet que le sucre se mangeait…&lt;br /&gt;Derrière mes yeux clos Karine me détailla l’appartement de « E. et S. Gilbourgh » - elle avait regardé sur la sonnette leur nom – l’emplacement de la chambre par rapport à la salle de bain et telle autre pièce puis des détails sur l’emplacement des objets, de la lampe de chevet à la pile de vaisselle en cristal style cadeau de mariage, en passant par l’attirail sadomasochiste de monsieur et la collection de godemichets de madame dans un panier sous le lit… Je n’osais pas lui dire que je n’en retenais pas la moitié, j’espérais simplement qu’une fois sur place si les objets étaient bien tout comme elle le disait cela me frapperait et me reviendrait en mémoire.&lt;br /&gt;Je commençais, alors qu’elle continuait sa description enflammée à me poser la question fatale : « Et si c’était vrai ? » Oui, et si tout était exactement comme elle en parlait ? J’avais beau me chercher des excuses, il n’y avait pas la moindre chance que même inconsciemment je sache à quoi ressemble l’appartement du troisième étage de l’immeuble d’en face. Qu’est ce que ça voudrait dire alors ? C’était d’autant plus prenant cette histoire que mon cerveau avait tout fait jusqu’à maintenant pour intégrer de plus en plus Karine dans la réalité. Si tout cela s’avérait vrai, ce serait dépasser une frontière que la science ne pouvait expliquer. Si tout était faux alors je ne comprenais pas pourquoi mon cerveau après avoir fait tous ces efforts prenait tant de mal pour me prouver que Karine n’était que ça : mon imagination.&lt;br /&gt;Arriva le moment où je du me lever pour aller vérifier. Je me rendis de l’autre côté de la rue sous les aboiements des chiens. La porte était bien ouverte et j’entrais dans l’immeuble en jetant un coup d’œil sur les boites aux lettres. Le nom Gilbourgh y figurait bien. J’en eu un sentiment d’impuissance total.&lt;br /&gt;Après deux étages, une odeur singulière agressa mes narines. Je poussais une exclamation dégoûtée et plaçais mon gilet sur mon visage pour masquer quelque peu l’odeur horrible qui me donnait les larmes aux yeux.&lt;br /&gt;« Mais c’est quoi cette puanteur ! »&lt;br /&gt;Karine leva le nez en l’air puis déclara :&lt;br /&gt;« - Bon eh bien par rapport aux hommes je crois aussi que je n’ai pas d’odorat…&lt;br /&gt;- Non mais ce n’est pas possible là… Je ne vais jamais pouvoir monter là haut sans vomir…&lt;br /&gt;- Alors tu vomiras ! Mais tu vas devoir avancer et y aller parce que je ne veux pas avoir mémorisé tous ces trucs pour rien !&lt;br /&gt;- Karine, vraiment tu ne te rends pas compte ! Crois moi tu ne sais pas quel bonheur tu as d’avoir des narines qui ne servent à rien ! Ah nan mais là je ne peux vraiment pas avancer ! Même rester ici… J’vais me sentir mal ! »&lt;br /&gt;Je soulignais mon intention en descendant une marche tout en bloquant ma respiration. Karine me contourna rapidement.&lt;br /&gt;« - Non ! Non ! Ne pars pas ! Tu dois monter là haut et regarder ce qu’il y a !&lt;br /&gt;- Karine enfin, tu pourras le refaire avec un autre appartement… »&lt;br /&gt;Comme les larmes me montaient aux yeux et que je les plissais quelque peu, Karine m’apparaissait légèrement et je la voyais s’énerver devant moi et faire de grands gestes.&lt;br /&gt;« - Non ! Non ! Il ne faut pas que tu partes ! Tu dois y aller maintenant ! Parce que si tu n’y vas pas tu ne pourras jamais le faire !&lt;br /&gt;- Mais qu’est ce que tu racontes ! Je te promets je veux bien aller voir tous les appartements que tu veux si je pars. »&lt;br /&gt;Je continuais à descendre les marches lentement.&lt;br /&gt;« Non ! »&lt;br /&gt;Je voyais ses mains danser devant moi dans une tentative désespérée de me retenir.&lt;br /&gt;« Non parce que c’est peut-être une odeur dans ta tête ! C’est ce que tu es en train de te dire n’est ce pas ? Que ton cerveau invente une odeur immonde pour ne pas voir cet appartement et ne pas constater qu’il n’y a rien de ce que j’ai décrit ! Parce que si je suis une créature de ton imagination et seulement ça, inconsciemment tu ne veux pas le savoir alors il provoque un phénomène pour t’éviter d’être confronté à la preuve que je dis n’importe quoi ! Si c’est ça, tu le sais, il y aura un problème dans tous les appartements que je vais vouloir te montrer ! Il faut que tu ailles voir celui-là ! »&lt;br /&gt;L’idée m’avait effectivement traversé l’esprit. J’étais vraiment curieuse de voir l’appartement pour savoir, parce que j’y avais cru un peu à son histoire, que je me sentais bête, j’avais besoin de vérifier… Mais l’odeur… Ce n’était tout simplement pas humain…&lt;br /&gt;« - Je suis désolée Karine…&lt;br /&gt;- Nooooooon ! »&lt;br /&gt;Puis soudain alors qu’elle tempêtait dans tous les sens devant moi je sentis ce contact. Un contact vraiment infime, comme une petite décharge électrique sur mon bras qu’elle tentait d’attraper inutilement depuis que je faisais mine de partir. A peine le contact s’était fait sentir qu’il disparu et je me mis aussitôt à douter même de l’avoir senti. Mais cela avait suffi à me bloquer dans ma lancée. Elle senti le changement d’attitude sans avoir visiblement conscience du moindre contact entre nous deux. Sa voix se fit plus douce.&lt;br /&gt;« S’il te plait. C’est peut-être dur à supporter mais je ne te demande que deux minutes là haut, tu verras tout de suite si ce que je t’ai dit est là ou non… »&lt;br /&gt;Je déglutis, chose à éviter car j’eu l’impression que l’odeur descendait dans ma gorge et je retenais un haut le cœur, crispée la main sur ma poitrine, la respiration bloquée. J’articulais difficilement ces deux syllabes :&lt;br /&gt;« O.K. »&lt;br /&gt;Je passais la tête au-delà de la rambarde de l’escalier, vers l’étage inférieur dans le but de prendre une bonne goulée d’air et remplir mes poumons de senteurs moins polluées. Puis je courus le plus rapidement possible sur les marches qui me séparaient du troisième étage.&lt;br /&gt;Je ne pus atteindre le palier, car peu avant la chose qui produisait pareille odeur se trouva dans mon champ de vision. Un chien crevé. Il était là devant la porte de l’appartement, couché sur son ventre ou sur le lambeau de chaire qu’il en restait. Je saisis rapidement la couleur infecte de la mort qui l’habillait, pourriture et décomposition mêlée et peut-être imaginais-je la masse grouillante qui y régnait, peut-être était-elle vraie, elle provoqua un hoquet de surprise. L’air contenu dans mes joues disparu pour laisser la place à une chose nauséabonde qui descendit le long de ma gorge jusqu’à mon estomac, empoignant ce qu’il contenait avant de faire le trajet de retour. Je me vidais contre le mur et, dans ma précipitation, un peu sur mon jeans aussi, avant de rejoindre enfin la sécurité du deuxième étage qui m’apparaissait alors comme un ilot de bonheur brut.&lt;br /&gt;« Remonte ! »&lt;br /&gt;Je ne prie pas la peine de situer où Karine se trouvait, je fis un doigt d’honneur dans le vide et après avoir repris mon souffle je sortis tant bien que mal de l’immeuble et rejoignis celui que nous squattions jusque là. Lorsque j’ouvris la porte le furet accourut pour m’accueillir, il stoppa pourtant son élan à un mètre de moi, leva le museau paniqué et s’enfuit sous le lit d’où je ne réussirai à le faire sortir que le lendemain. Je collais mon nez contre mon gilet, ma gorge se contracta à nouveau, mais mon estomac était vide et ce ne fut non plus salissant mais simplement extrêmement désagréable. Je rejoignis la rue et me débarrassais de mes vêtements. Le froid mordit ma chaire mais la fureur qui m’habitait me tenait suffisamment chaud pour que je n’y prête pas attention. Je me rendis au tabac le plus proche, nue comme un vers et revins avec un briquet que j’agitais frénétiquement sur la toile de mon pantalon qui ne voulait malgré tout pas s’enflammer. Je finis par y verser un peu d’essence avant de sentir enfin une libération venir en moi à mesure que le tas de tissus disparaissait sous les flammes.&lt;br /&gt;J’explosais :&lt;br /&gt;« Karine ! Saleté d’ami imaginaire, tu te fous de moi ou quoi ! »&lt;br /&gt;Personne ne répondit. Je continuais à hurler, les yeux fermés sans qu’elle n’apparaisse nulle part.&lt;br /&gt;« Et le chien ? Tu l’avais oublié le chien ? Le bibelot en porcelaine, kitsch à mort selon toi, sur l’étagère ça tu l’avais bien vu, mais le chien mort devant la porte de l’appartement j’imagine qu’il t’était sorti de la tête ! Oh bah oui pourquoi prévenir cette chère Ambre qu’un cabot puant était venu pourrir sur le palier ? J’en ai marre, j’en ai ras le bol ! Mais qu’est ce que j’ai fait bon dieu pour vivre tout ça ! Pourquoi moi ? Pourquoi ? Mais merde, venez me chercher moi aussi, je veux partir moi aussi ! Je ne veux pas de tout ça ! Mais putain quoi ! Allez ! »&lt;br /&gt;Et Dieu me répondit si bien que j’arrêtais de hurler.&lt;br /&gt;J’écoutais Dieu.&lt;br /&gt;Dieu grognait.&lt;br /&gt;Je fronçais les sourcils et me retournais.&lt;br /&gt;A quelques mètres à peine de moi, un énorme chien me regardait fixement. Ne venant pas d’une famille très portée sur les animaux de compagnies autres que les poissons rouges, je n’ai jamais été capable d’identifier les différents races de chiens les unes des autres. Celui là c’était pour moi la race des « gros chiens à l’air très méchant », le genre de chien que les nazis auraient aimé avoir au bout de leur laisse mais qui provenaient de croisements génétiques du style lion-canin, qu’il n’était pas possible d’effectuer encore à l’époque. Ce que je retenais surtout comme détail c’était la bouche, la bouche tremblante sur des crocs saillants et laissant échapper un son pour le moins inquiétant. La colère s’évapora en moi pour être remplacée par une peur tenace et incontrôlable.&lt;br /&gt;Par réflexe je portais ma main à ma ceinture mais elle n’entra en contact qu’avec ma peau nue. L’arme…&lt;br /&gt;Il était évidant que d’une seconde à l’autre le molosse allait me sauter dessus et me déchiqueter en morceaux et j’étais totalement impuissante, il n’y avait aucune solution et je ne pouvais compter que sur moi même. La courbe du temps s’allongea ou alors je me mis à penser rapidement, très rapidement. Dire que j’avais déjà eu des conversations à propos de ce genre de situation, que faire quand un chien attaque ? J’avais entendu beaucoup de choses, se mettre à plat ventre par terre, baisser les yeux et ne surtout pas le regarder, le frapper sur la truffe… La seule chose qui ne me vint pas à l’esprit était de m’enfuir, mais je n’aurai pas fait deux mètres avant qu’il me rattrape. J’ignorais parfaitement comment réagir. Me mettre à plat ventre ? S’il avait faim je finirai dans son estomac à plat ventre ou pas. Baisser les yeux ? Il le fallait certainement mais comment oser le perdre de vue alors qu’il s’apprêtait à s’élancer vers moi ? Dans le doute je fixais simplement ses pattes, mais ce n’était pas plus rassurant. Le frapper à la truffe ? Comme s’il était possible que je l’atteigne…&lt;br /&gt;Puis il bondit enfin. Dans un ultime reflexe je vins protéger mon visage avec mon avant bras. Ce fut exactement là où je sentis les crocs entrer dans ma chaire et la serrer avec tant de puissance alors que je tombais sur le sol. Une vague de douleur déferla dans mon membre et bientôt les griffes de ses pattes la firent résonner à divers endroit de mon corps. J’appelais Karine avec toute la force de mes poumons. A peine une seconde plus tard elle était là à côté de moi, je la voyais distinctement bien que mes yeux soient ouverts. La mâchoire continuait à s’enfoncer dans mon bras et un liquide épais et chaud coulait sur mon visage tandis que je me débattais avec la rage du désespoir.&lt;br /&gt;« - Karine !&lt;br /&gt;- Je ne peux pas le toucher ! Je ne peux pas le toucher ! »&lt;br /&gt;Elle était encore plus paniquée et tétanisée que moi d’assister, inutile, à ce spectacle.&lt;br /&gt;Je ne pouvais résister encore bien longtemps.&lt;br /&gt;« Tu m’as touchée tout à l’heure ! Tu m’as touchée ! Tu peux le faire ! »&lt;br /&gt;Mais elle ne me répondit que par une grimace de terreur qui déforma les traits de son si parfait visage. Elle ne semblait pas même réussir à parler.&lt;br /&gt;Soudain sous les doigts de mon autre main, violement repoussée sur le sol par la patte du chien, je sentis un objet indéfinissable à la forme allongée que j’attrapais prestement. Avec les dernières forces que je possédais je levais ma main et frappais la tête du monstre. Le choc emporta légèrement la bête en arrière ainsi que mon bras droit coincé entre ses mâchoires, si bien que la seule chose à laquelle je pus prêter attention fut la nouvelle vague de souffrance que cela provoquait. Enfin alors que je me persuadais que tout était perdu, la force qui enserrait mon bras se fit moins énergique et un poids certain m’écrasa peu à peu. Après quelques secondes d’hésitation je sortis mon visage de la protection de mon bras et regardais celui-ci. L’animal s’y tenait toujours, bien que moins fortement, les pupilles fixées sur moi, immobile, un long tesson de bouteille enfoncé dans la tempe. Un sang foncé s’en échappait pour venir se mêler au mien. Mon cœur et mon souffle battaient à un rythme infernal.&lt;br /&gt;« Romane ! Romane ? Ca va ? »&lt;br /&gt;Je ne répondis pas.&lt;br /&gt;Avec une douleur insoutenable je me débarrassais de la gueule et m’éloignais du cadavre du chien, poussant sur son cou de ma main blessée par le tesson de verre, sur un collier retenant une médaille où je vis inscrit en lettres majuscules : « SWEETY ».&lt;br /&gt;Mon corps n’avait jamais connu pareille douleur.&lt;br /&gt;« Il faut que tu ailles te soigner Ambre, il faut que tu ailles jusque dans une pharmacie rapidement ! »&lt;br /&gt;La pharmacie était trop loin. Il y avait cependant le cabinet d’un médecin dans cette rue. Dans un état de choc semi-conscient je parvins à grimper les marches jusqu’au premier étage et à me soigner tant bien que mal avec le matériel que j’y trouvais et mon inexpérience certaine dans le domaine médical.&lt;br /&gt;S’occuper de mon bras était la priorité. Karine me donnait des instructions à suivre lorsque mon cerveau avait du mal à faire la part des choses. Il fallu nettoyer puis refermer la plaie avec du fil et une aiguille, expérience traumatisante et douloureuse, surtout pour quelqu’un qui n’avait jamais su accrocher un bouton sur une chemise. Mes points de suture ressemblaient plus à une œuvre d’art abstraite qu’à une tentative de fermeture des chairs et je n’osais pas imaginer l’allure de la cicatrice que tout cela allait laisser… Compresses stériles et bandes finirent teintées d’un rouge sombre puis jetées sur le sol avant d’entourer mon corps dans une quasi-totalité. Au moins j’avais presque l’air habillée...&lt;br /&gt;J’étais épuisée, ma tête tournait dangereusement, j’imaginais ne pas avoir perdu assez de sang pour m’inquiéter mais suffisamment pour être sonnée et déphasée. J’emportais dans un sac plastique assez de matériel pour continuer à me soigner à l’appartement, et rejoignis celui-ci.&lt;br /&gt;J’eus à lutter plusieurs jours dans mon lit avec la douleur. Karine resta à mes côtés sans dire un mot, je n’en prononçais pas plus, me contentant de gémir la nuit car je ne trouvais pas de position assez confortable pour trouver le sommeil. Puis enfin après quelques jours mon état s’améliora sensiblement et je pus reprendre une vie à peu près normale, quoi que rythmée par les soins réguliers à faire aux plaies plus profondes qui ne s’étaient pas résorbées encore, mais, fort heureusement, ne s’étaient pas infectées non plus.&lt;br /&gt;Ce fut à l’un de ces moments que Karine ce décida enfin à m’adresser la parole.&lt;br /&gt;« Je suis désolée… »&lt;br /&gt;Je lui en voulais encore. J’ignorais ses excuses et continuais à passer l’éponge sur mon bras en faisant bien attention à ne pas arracher les fils.&lt;br /&gt;« - J’aurai du te le dire pour le chien…&lt;br /&gt;- Lequel au juste ? Celui qui m’a retourné de l’intérieur ou celui qui m’a attaqué à l’extérieur ? »&lt;br /&gt;« Romane je n’y suis pour rien dans l’attaque du chien ! Je ne pouvais pas savoir qu’un chien allait te sauter dessus !&lt;br /&gt;- Mais visiblement l’ivrogne qui a pété une bouteille de bière sur le sol m’a bien plus aidé que toi pour m’en sortir ! Tu te rends compte Karine à quel point c’est un foutu miracle que je n’ai pas fini dans son estomac et celui de quelques charognards ? J’ai tué ce molosse en enfonçant un tesson de verre dans son crâne, combien de chance j’avais d’y parvenir ?&lt;br /&gt;- Mais… Je ne pouvais rien faire ! Je me suis précipitée lorsque tu as crié au secours mais je ne pouvais rien faire… Rien…&lt;br /&gt;- Pourquoi tu m’as emmenée dans cet appartement déjà ? Pour me prouver que tu pouvais avoir une existence autre qu’imaginaire ? Bah bravo la preuve est faite… Tu ne pouvais rien faire… »&lt;br /&gt;Elle me regardait horrifiée, effrayée, se mordant la lèvre inférieure. Je connaissais sa culpabilité mais je ne pouvais m’empêcher de faire sortir ma colère.&lt;br /&gt;« - Je… Je ne peux que voir… Je ne peux rien toucher…&lt;br /&gt;- Tu n’as même pas essayé ! »&lt;br /&gt;Elle leva les yeux vers moi, tremblante mais déterminée.&lt;br /&gt;« - Alors tu me crois ? Que je peux faire plus qu’être simplement imaginaire ?&lt;br /&gt;- TU M’AS TOUCHEE ! »&lt;br /&gt;Sur son visage l’expression de panique s’intensifia encore.&lt;br /&gt;« - Tu m’as touchée… Quand tu tentais de me retenir pour que je monte visiter l’appartement. J’ai senti un contact. Ça n’a pas duré une seconde, mais je l’ai senti. Je suis sure de ne pas l’avoir inventé… »&lt;br /&gt;Elle continua à me regarder, immobile et visiblement surprise. Je détournais le regard et soupirais. Maintenant que la vérité était sortie je me sentais stupide. Je n’avais pas à lui en vouloir, je reportais seulement sur elle le trop plein d’émotions de ces derniers temps…&lt;br /&gt;« - Oui. Je te crois. Je suis sure que l’appartement est exactement comme tu l’avais décris… Ecoute… Pardonne-moi d’avoir crié, je sais que tu voulais m’aider. J’ai eu peur, très peur. Je n’ai pas vu ma vie défiler devant mes yeux mais j’étais persuadée de mourir là bas. Tu m’as touché une fois mais ça ne voulait pas dire que tu pouvais le refaire comme tu le voulais…&lt;br /&gt;- Je n’ai rien senti… Si j’avais cru une seconde que je pouvais agir physiquement sur les choses j’aurai tout fait pour te sortir de cette situation, je te jure…&lt;br /&gt;- Au moins avec tout ça maintenant je te vois les yeux ouverts ! Et je ne te vois plus quand je les ferme…&lt;br /&gt;- J’avais remarqué...&lt;br /&gt;- Tu sais, ce n’est pas facile pour moi. Tu es là bien sur et ça m’aide mais… Même si je tente de ne pas trop y penser ma vie d’avant me manque. Tous les gens que je connaissais ont disparu et j’ignore ce qu’ils sont devenus, j’ai une absence permanente autour de moi. Même si tu es là, tout ça est angoissant. Il n’y a plus de bruit dehors. On n’entend plus de voitures klaxonner ou les gens qui parlent trop fort… Le bruit d’une foule me hante la nuit. »&lt;br /&gt;Je sentais les larmes me monter aux yeux et un flot de paroles remonter en moi en même temps que le mal être que j’avais voulu ignorer.&lt;br /&gt;- Tu avais raison en fait, je veux comprendre pourquoi je suis la seule qui reste ici. Pourquoi tout le monde n’est plus là. Qu’est ce que j’ai fait pour mériter ça ? C’est une punition pour quelque chose ? Un oubli ? Je suis sensée faire quoi ? Mais plus je me pose de questions plus je me persuade d’une chose : il n’y a rien derrière tout ça. C’est comme ça et c’est tout. C’est du hasard, c’est du manque de bol. Je ne sers à rien ici, je peux juste tenter de survivre et puis un jour je mourrai et ça ne changera rien, rien du tout. Qu’on m’ait oublié dans la disparition collective ou pas ça ne fait aucune différence ! Il n’y a rien qui importe, que je vive, que je meurs, c’est pareil ! Je n’ai pas le courage de mourir. J’affronte déjà une sorte de nouveau monde et c’est déjà si dur, je ne veux pas affronter encore une inconnue. Alors je vais vivre. Okay ! Mais je vais avoir tant de mal à le faire ! Aujourd’hui je peux crever à cause d’un chien ou je peux mourir de la grippe parce que je ne saurai pas comment me soigner, je peux tomber dans un trou, ce n’est pas Gitz qui viendra m’aider à en sortir, je peux m’étouffer avec une pistache ou manger un biscuit avarié et faire une intoxication alimentaire ! Bientôt il faudra que je chasse ou que je cultive pour manger et tu crois que je vais y réussir ? Nan bien sur que non ! Je suis née à une époque où on est assisté par des machines pour tout faire ! Où tout se trouve à portée de main ! Je ne suis pas née pour vivre comme une femme des cavernes ! Pourtant c’est plus ou moins à cette étape de l’évolution que je vais me retrouver ! Bon je serai mieux fringuée mais à quoi ça me servira ! Qu’est ce que je vais faire ? Comment je vais m’occuper ? Faut que je me trouve une raison de vivre tu comprends… »&lt;br /&gt;Karine me regarda désolée.&lt;br /&gt;« Je suis désolée je voudrais te prendre dans mes bras là, mais… »&lt;br /&gt;Un sourire se dessina sur mes lèvres mais il fut chassé rapidement.&lt;br /&gt;« Tu sais… Ce que je vais te dire ne repose sur rien… Mais depuis l’incident dans l’appartement je suis persuadée que tu n’es pas là pour rien. J’ai l’intime conviction… Je sais que tu as un grand rôle à jouer dans quelque chose. Toute cette histoire ça ne peut pas être arrivée pour rien… et même si nos recherches n’ont abouti à rien, un jour on finira par comprendre et tout sera clair… »&lt;br /&gt;Les mots de Karine me faisaient du bien, les jours suivants, lorsque mon état deviendra vraiment meilleur, elle me ferait payer cette marque de faiblesse, qu’elle considéra comme un coup de couteau dans son fort caractère, mais à cet instant sa présence était une bénédiction.&lt;br /&gt;Je n’eu pas vraiment le temps d’approfondir une réflexion sur ce point cela dit, car cinq secondes exactement après sa déclaration, toutes les lumières de l’appartement s’éteignirent de concert. &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/9030524436375822685-703500825432541705?l=howending.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://howending.blogspot.com/feeds/703500825432541705/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=9030524436375822685&amp;postID=703500825432541705&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9030524436375822685/posts/default/703500825432541705'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9030524436375822685/posts/default/703500825432541705'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://howending.blogspot.com/2007/10/partie-7.html' title='Chapitre 6'/><author><name>Valentine</name><uri>http://www.blogger.com/profile/13626335862887319163</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-9030524436375822685.post-9039094086424099543</id><published>2007-10-16T02:40:00.002+02:00</published><updated>2010-01-18T09:52:46.681+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 5</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Après une heure passée à viser des canettes de sodas que j’avais bues pour l’occasion et qui m’avaient gonflée horriblement le ventre, je fus extrêmement rassurée de voir que les animaux n’était pas encore d’humeur à m’attaquer. Je mis sur le compte du manque de chance, du vent, de la pression atmosphérique, de l’heure, des couinements du furet à chaque balle qui partait, du fait que les canettes étaient rondes et non carrées et enfin d’une pauvre mouche qui passa à ce moment là mais qui n’avait, elle, rien à voir dans cette histoire, mon nombre peu élevé de balles plantées là où je l’avais voulu. Le compte fut rapidement fait : trois seulement étaient venues s’enfoncer dans l’aluminium des emballages. En plus sur les trois deux étaient destinés à la canette d’à côté…&lt;br /&gt;J’avais espéré tout le long de l’entrainement qu’une moitié de Karine apparaisse sous ma paupière baissée. Il n’en fût rien.&lt;br /&gt;Je n’avais eu l’occasion de discuter avec l’être fictif que quelques minutes tout au plus mais cet échange avait constitué ce que j’avais connu de plus intéressant ces derniers jours et un attachement étrange avait déjà prit possession de moi. Karine me manquait.&lt;br /&gt;Il fallait que je reprenne la situation en main avant que ça ne tourne au mélodrame. Le furet décolla en s’égosillant entre mes mains avant de rejoindre sa place dans mon sac passé sur mon épaule passablement douloureuse à cause du recul que je n’avais pas prévu la première fois que j’avais tiré avec le pistolet. Celui-ci rejoignit ma ceinture même si j’étais persuadée maintenant qu’il ne me serait pas encore d’une grande utilité aujourd’hui, que je sois attaquée ou non. Je sortis de l’immeuble et mis difficilement mes neurones en branle. Karine m’avait conseillé de me faire repérer par un éventuel survivant, mais je tenais à ne pas trop me faire repérer non plus. Si survivant il y avait, il est vrai je voulais le savoir, mais je voulais aussi juger son physique d’abord pour juger si lui devait connaître mon existence. Le fait de n’être que deux sur Terre n’était pas un critère valable pour me convaincre de passer ma vie avec quelqu’un. Déjà qu’avant cela j’avais du mal à croire au mariage, alors s’il devait être forcé en plus…&lt;br /&gt;Je me rendis dans un cybercafé dont je trouvais l’adresse dans un annuaire. Pour vérifier quelque chose au niveau mondial le net était le seul moyen qui me semblait convenir. J’y restais jusque six heures du matin deux jours plus tard, à chercher sur la toile si quelqu’un avait laissé un message indiquant qu’il avait survécu à la fin du monde. Je mis un temps fou à traduire « dernier survivant » dans près de cent soixante cinq langues. Je trouvais même un traducteur qui me le traduisit en elfique. Je fis une recherche langue par langue sur le moteur de recherche le plus connu au monde et visitais les pages qu’il me donnait en les traduisant elles aussi à l’aide de l’outil informatique. La plus part du temps je tombais sur des résumés de livres dont les auteurs ne connaîtraient heureusement jamais la postérité. Les pages qui se rapprochaient le plus de ce que je cherchais étaient destinée à ce dernier survivant de la fin du monde et lui donnait de nombreux conseils selon les doctrines que servait le site. C’était le cas du site que ma recherche elfique trouva. Le conseil que l’on m’y donnait était d’apprendre à jouer du luth, de lire l’intégrale de je ne sais quel poète, vivre nue et parler avec les mauvaises herbes qui allaient pulluler sur mon passage. Les conseils sur les autres sites ne me furent pas plus utiles. J’appris que j’étais probablement une extraterrestre, une demie-déesse, une descendante d’Adam et Eve ou de Jésus et de sa main droite ou le plus souvent « un super chanceux » et que c’était la raison pour laquelle j’étais en vie. On me disait le plus souvent comment ne pas m’ennuyer profondément car le fait de dériver dans l’infini de l’espace avant d’arriver quelque part pouvait être très long. Il est vrai que ce n’était pas la disparition des hommes qui était la plus prédite au l’origine mais celle du monde dans son intégralité. La raison la plus sensée au fait que je sois encore en vie alors je finis par y réfléchir toute seule : je n’étais pas humaine. Cela ne m’aida pas beaucoup car je ne voyais pas vraiment ce que je pouvais être d’autre avec la tête que j’avais… A l’évidence déjà je pouvais me réjouir de ne pas être ni un moustique, ni un furet, ni un panda…&lt;br /&gt;Comme je ne remarquais aucun message laissé par un éventuel survivant j’en conclus de manière définitive que j’étais seule au monde. Pour la forme donc je laissais un message sur un blog que je créais pour l’occasion. Le blog ne reçu qu’un seul et unique article, il se composa des cent soixante-cinq traductions de « dernier survivant » que j’avais trouvé et ensuite d’un message explicatif en anglais qui disait dans quelle ville je me trouvais. Je pouvais bien le dire puisque je doutais que qui que ce soit tombe un jour sur le blog qui de toute manière serait supprimé dans quelques mois parce que je ne m’en occuperai pas…&lt;br /&gt;J’avais passé le temps dans le cybercafé à manger des petites amandes enrobées de chocolat. C’était en effet la seule denrée comestible que j’y avais trouvé. Ça et du café que j’avais ingurgité en quantité ahurissante pour tenir le coup. J’avais les yeux révulsés tant à cause de la boisson que de la vision d’un écran plat pendant plusieurs dizaines d’heures et mes mains me surprenaient parfois à faire de grands écarts en l’air sans raison apparente. La vue du furet qui avait trouvé très confortable le clavier d’un pc et y dormait roulé en boule me convainquit de trouver enfin un appartement pour me reposer un peu si la caféine consentait à s’évaporer de mes veines…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;***&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une fois dans un lit il fut évidant que le sommeil ne viendrait pas. Mon œil droit prit de compulsions s’ouvrait et se fermait à intervalles de quatre secondes. Le gauche lui se contentait de ne pas se fermer du tout. Je m’assis au milieu de mes draps et décidais de ne strictement rien faire jusqu’à ce que cette ennuyeuse situation se calme. Je me fis la promesse de ne plus me laisser avoir, la prochaine fois je prendrai simplement du speed ou de la coke…&lt;br /&gt;Durant quatre secondes Karine apparut devant moi. Il s’agissait plutôt en réalité d’une moitié de Karine car toute la partie droite de son corps était tout bonnement absente. Je me penchais silencieusement vers l’avant pour voir si on pouvait voir l’intérieur de son corps en regardant par le côté. Je fus déçue de constater qu’on n’y observait aucun organe en fonctionnement. Au contraire, son corps paraissait comme creux, une boite vide aux parois noires, et à la place où aurait du se trouver son cerveau, il y avait une petite souris assise dans un siège confortable et qui tirait des leviers de toutes sortes. Cette dernière ouvrit sa petite gueule toute mignonne et décréta avec la voix plus grave de Karine :&lt;br /&gt;« T’as pas finit de t’imaginer des trucs pareils ! Si vraiment ton œil ouvert t’empêchait de voir la… moitié de mon corps ça serait le cas quelque soit l’endroit d’où tu regardes ! Tu ne pourrais pas voir l’intérieur de mon corps ! Fais un effort s’il te plait, j’ai… des fourmis dans le bras droit et là il m’est impossible de le frotter ! »&lt;br /&gt;Ses paroles étaient interrompues toutes les quatre secondes par mon œil qui s’ouvrait et reprenaient ensuite comme un disque qui saute, je me crispais légèrement à chaque reprise. A moins que ce ne fut encore un effet de la caféine…&lt;br /&gt;Je me redressais lentement et claquais les doigts pour l’effet de style tout en imaginant le reste du corps de l’intéressée. Remarquant la réussite de cet essai je clamais fièrement :&lt;br /&gt;« -Eh t’as vu, j’arrive à te voir dans le décor !&lt;br /&gt;- Bah il est temps…&lt;br /&gt;- Eh si tu n’es pas contente je peux aussi te replonger dans le noir ! T’étais partie où ?&lt;br /&gt;Elle me répondit d’un ton dédaigneux :&lt;br /&gt;- Alors tu m’excuseras mais c’est toi qui me voyais dans le noir, moi je… vois très bien où je suis ! Je te signale aussi que je te vois quand tu ouvres les yeux contrairement à toi !&lt;br /&gt;- Ouais bah tu ne me vois pas quand tu les fermes non plus… »&lt;br /&gt;Elle se contenta de me répondre par un regard noir et sévère. Etrangement ses narines se dilatèrent en même temps…&lt;br /&gt;« - Tu étais où alors ?&lt;br /&gt;- Je suis allée faire profiter de… ma personne des êtres qui savaient l’apprécier !&lt;br /&gt;- Je suis la dernière survivante et je n’ai inventé personne d’autre… T’es partie bouder quoi… »&lt;br /&gt;Elle accusa le coup d’un autre regard sombre.&lt;br /&gt;« Pour ce que tu en… sais que tu es la dernière survivante ! »&lt;br /&gt;Je levais mon menton pour me donner un port de tête royal qui serait de mise avec ma réponse :&lt;br /&gt;« Si Madame était revenue plus tôt elle aurait vu que pour LUI faire plaisir j’ai passé ces derniers jours à la recherche d’un probable survivant ! »&lt;br /&gt;Elle tourna les yeux vers les motifs de la couette tout en maugréant un petit « Ah ouais ? » intéressé mais à peine audible.&lt;br /&gt;« - Oui !&lt;br /&gt;- Et t’as trouvé quelqu’… un ?&lt;br /&gt;- Nan… Tous sites qui parlent d’un éventuel survivant à la destruction de la Terre date d’avant la fin de l’humanité…&lt;br /&gt;- Et pas de pistes intéressantes à suivre pour savoir pourquoi toi tu es encore là ?&lt;br /&gt;- Pas vraiment… Mais j’ai ma théorie, je crois que je ne suis pas humaine…&lt;br /&gt;- Bah il est vrai que malgré le manque de poil je crois que tu tiens beaucoup plus des ancêtres de ta race… Enfin bon… Mails il s’est passé quoi au juste au moment où tout le monde s’est envolé ?&lt;br /&gt;- Pouf plus personne…&lt;br /&gt;- Mais encore…&lt;br /&gt;- Tu ne le sais pas ? »&lt;br /&gt;Elle se contenta de laisser ses yeux parcourir mon corps du haut de mon crâne à mon bassin mais je ne doute pas que si j’avais été debout elle serait descendue jusqu’à me pieds. Sa volonté était surement de jouer les inquisitrice mais je pris assez bien le fait qu’elle regarde mon buste de cette façon. Après tout ce n’était qu’un buste…&lt;br /&gt;« - Bah c’est vrai, j’étais là a ce moment là ! Suis-je bête, tu ne m’a pas… vu, j’étais cachée derrière un pot de fleur et quatre nains irlandais qui nettoyaient la porte de ton voisin !&lt;br /&gt;- Tu ne lis pas dans mon crâne ou un truc du genre ?&lt;br /&gt;- Ah nan désolée, je voulais l’option « médiumnité » pour le bac « ami imaginaire » au lycée mais ils m’ont… collé en maths… »&lt;br /&gt;Comme je ne répondais rien, un peu vexée je l’avoue, elle enchaîna.&lt;br /&gt;« - Bon alors ?&lt;br /&gt;- T’es sortie de ma tête, je t’imagine totalement mais t’es pas capable de lire dans mes pensées, mes souvenirs ?&lt;br /&gt;- Eh ! Tu ne m’as pas inventée siamoise je te signale, on ne partage pas le même cerveau ! »&lt;br /&gt;Je ne trouvais rien de mieux à répondre que :&lt;br /&gt;« - C’est nul…&lt;br /&gt;- Et finalement, je vais finir par… savoir ? Il s’est passé quoi quand tout le monde a disparu ?&lt;br /&gt;- Mais je n’en sais rien !&lt;br /&gt;- Tu sais ça pourrait être super facile, s’il te plait ne rend pas ça… difficile. Ne m’oblige pas à te coller des bouts de bambou sous les ongles…&lt;br /&gt;- Mais je ne sais pas j’étais…&lt;br /&gt;- On va y arriver…&lt;br /&gt;- J’étais évanouie dans un lave linge ! Voilà t’es contente ! Dis comme ça forcément ça parait ridicule… »&lt;br /&gt;Peut-être est-ce par gentillesse qu’elle se contenta d’un silence prolongé, mais connaissant vaguement le personnage, je me doutais qu’il s’agissait plutôt d’un sentiment que je préférais ne pas connaître…&lt;br /&gt;« - Tu me détestes ?&lt;br /&gt;- Bah… tu sais tu es ma génitrice, il fallait bien qu’à un moment ou à un autre tu… subisses un genre de crise d’adolescence de ma part… Je vais être sympa quand même quand on… y réfléchit, je t’épargne les portes qui claquent, les piercings, les envies de tatouage… le fait de bouffer des frites devant toi alors que tu ne peux plus te le per… mettre, le sentiment d’injustice et les jupes trop courtes, et je vais me contenter d’afficher… la parfaite ignorance qui est de mise quand les parent nous refilent trop la honte… Essayons d’avancer malgré tout… Il s’est passé quoi dans cette machine au juste ? »&lt;br /&gt;Je lui racontais mon électrocution le plus fidèlement possible, relatant le moindre détail qui me revenait en mémoire si insignifiant qu’il puisse paraître. Nous discutâmes des multiples hypothèses que mon histoire pouvait lancer. Au moment exact de la fin de l’humanité que s’était-il passé ? En quoi mon sort à ce moment là pouvait me différencier de tous les autres ? Le fait que je dorme ? Certainement pas, vu le nombre de coma éthylique que j’avais croisé ! Ce n’était pas non plus celui d’être trempée, encore moins d’être droguée ! Peut-être ma position incongrue mais elle ne devait pas être si extraordinaire que cela ! Si ma présence sur Terre avait rapport avec ce qu’il s’était passé dans ce lave-linge taille maxi pour laver les couettes, alors c’était certainement plus une addition de faits qu’un seul plus précisément. J’étais certainement la seule à m’être volontairement électrocutée de la sorte il est vrai mais pourquoi ces faits là plutôt que par exemple avoir été en équilibre sur une canette de soda, avec un chausson sur la tête tout en faisant des moulinets avec les bras ? L’hypothèse n’était pas à réfuter évidemment, il suffisait peut-être de faire exactement ce que j’avais fait là bas dans l’ordre où je l’avais fait, pour échapper à la disparition, cela était évidemment un enchainement très improbable, mais cette probabilité s’était réalisée et j’étais celle que cela concernait. Point. Le problème de cette théorie c’est qu’elle ne menait nulle part. Si on admettait que c’était cela qui s’était produit alors toutes les théories absurdes étaient possibles aussi. Nous cherchions une réponse plus précise, plus logique, plus raisonnée. Enfin… En réalité c’était Karine qui cherchait, moi je m’en foutais…&lt;br /&gt;« - Bon, allons voir cette machine, il s’est peut-être passé quelque chose là bas pendant que tu étais tombée dans les pommes…&lt;br /&gt;- Je ne suis pas sure que cela serve à quelque chose que j’apprenne pourquoi je suis encore en vie et les autres non…&lt;br /&gt;- Tu ne te demandes pas pourquoi sur plusieurs millions de personnes tu es la seule qui respire encore ? Tu dois avoir quelque chose de spécial et ça ne t’intrigue même pas ? »&lt;br /&gt;Non ça ne m’intéressait pas. Ca me glaçait les veines en réalité. Tout le monde était mort et moi non, cela faisait de moi une espèce de monstre et je ne voyais pas l’utilité de confirmer ces doutes. Surtout, je percevais que je pouvais apprendre une chose encore bien pire, par exemple que tout le monde existait encore mais que moi seule avait vécu la fin du monde dans un monde parallèle ou alors en étant un fantôme incapable de voir les vivants autour d’elle. Je pouvais très bien aussi vivre en ce moment même ma vie après la mort, je devais ainsi demeurer seule jusqu’au jour où j’atteindrai le salut de mon âme et où j’aurai enfin le droit de rejoindre tous les autres morts au paradis… Éventuellement j’étais une extraterrestre abandonnée sur Terre, les recherches m’apprendraient qui étaient mes véritables parents qui s’avéraient peser deux cents kilos chacun, être verts, couverts de pustules, d’antennes paraboliques, d’une multitude d’yeux globuleux, d’une épine dorsale avec des plaques comme les dinosaures et qui me réduiraient en bouillie sans s’en apercevoir en ayant fait la boulette de me serrer affectueusement dans leurs bras pour me dire bonjour et me signifier à quel point ils étaient heureux que j’ai envoyé cette boite de raviolis radioactive dans l’espace en tant que message de secours !&lt;br /&gt;Karine se contenta de me demander si j’avais quelque chose de plus important à faire. Je voulais repeindre les murs de toute la ville, je voulais apprendre à me servir des quarante fonctions de mon couteau suisse pour devenir la parfaite Robinson Crusoé moderne, je voulais passer une journée ou deux à dévaliser une banque ou un casino avec un bas sur la tête, pour le simple cliché que cela réaliserait, je voulais… Non, effectivement je n’avais rien à faire de très important dans l’immédiat et fus donc bien obligée de consentir à m’investir avec elle dans cette formidable enquête.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous nous rendîmes au Lavomatic à l’aide du scooter. Le manque de sommeil et l’énervement post-caféine me convertit une nouvelle fois au port du casque. Karine refusa net d’en porter un prétextant qu’elle ne craignait rien, mais je me demandais si elle ne pouvait tout de même pas être blessée si jamais je l’entrainais dans une chute. Je n’avais pas l’impression de la maitriser tant que ça pour une création qui m’était due. Normalement elle aurait du dépendre totalement de ce que j’imaginais lui faire dire ou faire, elle aurait dû être ennuyeuse car trop prévisible mais elle manifestait une personnalité presque propre et je le supposais parfois, des capacités que j’étais loin de contrôler. Etait-ce ce à quoi ressemblait mon inconscient ? A quel point avais-je de l’influence sur elle ? Vu la vitesse à laquelle je m’étais habituée à sa présence j’étais devenue folle bien plus vite que je ne le pensais… Il me vint à l’esprit que j’étais peut-être en train de faire sans m’en rendre compte des choses parfaitement illogiques, mais rejetais cette idée aussi vite qu’elle était venue tout en replaçant sur mon gilet la fourchette que j’y avais planté et qui commençait à tomber…&lt;br /&gt;A priori le Lavomatic n’avait rien d’exceptionnel. J’entrais seule, le furet caché dans mon sac. Karine avait disparue au moment où mon œil avait subitement arrêté de cligner sans raison. J’étais forcée d’ouvrir les deux yeux pour voir où j’allais sans foncer dans tout ce qui se trouvait sur mon passage à cause du manque de perspective qu’un œil fermé ne manquait pas de provoquer.&lt;br /&gt;Je tournais sur moi-même au milieu de la pièce et faisais glisser mon regard. Tout était encore là, mes outils pour ouvrir la machine, la dite machine ou ce qu’il en restait, les autres machines dans un état parfait…&lt;br /&gt;« HER... HE… HEU ! »&lt;br /&gt;Je reconnaissais la voix de Karine et m’empressais de fermer les yeux pour l’observer finir de crier la phrase qu’elle devait certainement hurler en boucle depuis je ne sais combien de temps.&lt;br /&gt;« …ERME LES YEUX ! »&lt;br /&gt;Elle remarqua que je le regardais enfin et poussa un soupir de soulagement. Ses joues étaient colorées d’une belle teinte rouge.&lt;br /&gt;« Tu as entendu ce que je disais ? »&lt;br /&gt;Je niais d’un mouvement de tête.&lt;br /&gt;« - J’ai entendu mais j’ai rien comprit… Ca faisait comme des interférences…&lt;br /&gt;- On s’améliore… Alors tu vois quelque chose de bizarre ?&lt;br /&gt;- Non. Tout est comme je l’avais laissé…&lt;br /&gt;- Je m’attendais à voir un pentacle par terre ou un truc comme ça…&lt;br /&gt;- Ah mais attends, pendant que j’y pense ! Il y avait cette poupée bizarre pleine d’aiguilles quand j’ai ouvert les yeux…&lt;br /&gt;- Qu’est ce que tu dis ? Tu as vu une poupée Voodoo ? C’est vrai ?&lt;br /&gt;- Nan… »&lt;br /&gt;Karine s’enferma dans le mutisme pendant quelques minutes alors que je fermais un œil pour la voir tout en cherchant un indice dans les décombres. Je n’appréciais pas vraiment cette mimique car le fait de fermer un œil entrainait une grimace au coin de ma bouche. Je supposais que de loin il aurait paru probable que je grogne bientôt.&lt;br /&gt;Nous ne trouvâmes absolument rien.&lt;br /&gt;« - Si ça a un rapport avec ce lieu alors on ne le trouvera jamais, ça serait un truc du style champs de force mystique, un croisement tellurique qui lance des ondes bizarres… On peut peut-être se trouver un abri non ? Je commence à avoir faim et j’aimerai manger le saumon fumé de mon sac avant qu’il ne soit périmé !&lt;br /&gt;- Non, attends, il faut creuser plus ! Si la présence n’a rien à voir avec le lieu elle doit avoir un rapport avec toi !&lt;br /&gt;- Oui mais bon je t’assure que si on rentre à l’appartement on m’aura juste sous la main aussi et qu’on aura tout le loisir de chercher des cicatrices en forme de pentacle sur mon corps aussi bien que si on reste ici…&lt;br /&gt;- Je pense à ce que tu as dit tout à l’heure… Ta théorie comme quoi tu n’es pas humaine…&lt;br /&gt;- Idem, si je suis un orang outang on pourra tout autant le découvrir à l’appartement !&lt;br /&gt;- Tu as déjà fait une prise de sang ?&lt;br /&gt;- Oui… Il y a longtemps… Pourquoi ? »&lt;br /&gt;Je regrettais immédiatement de ne pas avoir menti.&lt;br /&gt;« - Et ils n’avaient rien trouvé d’étrange dans les résultats ?&lt;br /&gt;- J’en sais rien je ne suis jamais allé chercher mes résultats, c’était un truc tout bête dont je me moquais un peu et puis après on nous a dit que la fin du monde arrivait et je ne m’en suis plus préoccupée… »&lt;br /&gt;Cette fois je me mordis profondément la langue pour anéantir mes envies de vérité.&lt;br /&gt;« - Le laboratoire est près d’ici ?&lt;br /&gt;- Ca ne sert à rien d’y aller, s’ils avaient trouvé la moindre chose étrange dans mes résultats j’aurai été traquée par la CIA ou un truc du genre, c’est ce qui arrive aux mutants nan ?&lt;br /&gt;- On y va.&lt;br /&gt;- Non, s’il te plait…&lt;br /&gt;- On y va ! »&lt;br /&gt;Comprenant que je n’avais pas tellement le choix je finis par accepter et nous nous rendîmes à la clinique où j’avais passé mes tests sanguins.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le centre de soin était dans un piteux état, peut-être parce que c’était à l’époque de la fin de l’humanité le dernier supermarché intéressant où trouver une marchandise utile. Pour éviter la casse le personnel médical avait laissé les portes béantes, laissant à tout un chacun l’accès libre aux seringues et aux drogues qu’il désirait. Mais cela n’avait pas empêché la folie humaine et ses accès de violences injustifiées. On aurait pu croire qu’une bombe avait explosé dans le bâtiment. D’ailleurs à la vue des murs noircis à l’intérieur de ce secteur, une bombe avait certainement explosé là. Pas une bien grosse, peut-être une simple grenade puisque les cloisons étaient toujours debout, mais un cinglé avait bien eu l’idée de balancer une bombe dans une clinique sans que personne ne songe une minute qu’il était un terroriste afghan, non à ce moment là tout le monde s’était plutôt certainement dit « Tiens ça a l’air marrant ! » et est allé demander à l’homme où il s’était procuré ce prodigieux jouet.&lt;br /&gt;J’aurai voulu me trouver outrée par une telle pensée, me sentir haineuse et honteuse pour ma race, mais non. De toutes manières la clinique ne servirait plus jamais à personne, elle n’était même plus sensée exister alors oui, si on m’avait mis la grenade dans les mains moi aussi je l’aurai balancée, juste pour essayer.&lt;br /&gt;J’enjambais les décombres pour me faufiler dans l’édifice et trouvais enfin le plan que je cherchais. Cela faisait plusieurs années que j’aurai du venir chercher mes résultats d’analyse, si ils avaient été conservés ce n’était surement pas autre part qu’aux archives.&lt;br /&gt;Trouver les archives ne fut pas difficile, elles étaient au sous sol comme tout le monde peut s’y attendre. Mais comme tout le monde s’y attendrait aussi : ce qui se nommait archives était un sous sol immense comme trois hangars à bateaux réunis, composé d’allées symétriquement tracée par des étagères massives remplies de cartons. En bref : un labyrinthe de feuilles classées et – c’était bien le problème – classées dans un ordre qui m’était totalement inconnu.&lt;br /&gt;L’étagère à côté de moi présentait un petit panneau indiquant un nom imprononçable aux consonances latines. Par curiosité je me saisis d’un carton à ma hauteur et l’ouvris pour en sortir un dossier rouge portant le nom de « Madame Jenquin ». Toujours poussée par mon vilain défaut je soulevais la fine couverture rouge pour tomber nez à nez avec une photo de la dite Madame Jenquin.&lt;br /&gt;Je fermais très rapidement le dossier et le rangeais aussi soigneusement que ma précipitation le permettait, à sa place tout en me promettant de ne plus jamais ouvrir quelque chose au hasard dans cette pièce. J’ouvris les deux yeux pour me couper de Karine et ne plus l’entendre vomir derrière moi. Malheureusement ma folie progressait de plus en plus pour l’intégrer à ma vie de façon « réelle » si bien que si l’image disparu le son lui ne s’atténua pas. Je m’éloignais rapidement pour éviter d’imiter la malheureuse.&lt;br /&gt;Au détour d’une allée je tombais enfin sur un petit bureau, planté là au beau milieu de nulle part. Je fouillais dans les papiers qui l’occupaient mais ne trouvais aucun plan d’organisation des archives. Les tiroirs étaient tous fermés à clef et la clef, je n’en doutais pas, avait disparue…&lt;br /&gt;« - Eh Karine tu ne trouves pas bizarre que toutes les affaires que les gens portaient aient disparues en même temps qu’eux ? On n’a retrouvé aucun habit par terre dans les rues…&lt;br /&gt;- Ils étaient peut-être tous nus quand ils ont disparu…&lt;br /&gt;- Si on se met d’accord pour dire ça alors on se met d’accord pour dire que si je n’ai pas disparu c’est simplement parce que j’étais habillée et j’arrête tout de suite les recherches dans cet endroit !&lt;br /&gt;- Tiens c’est vrai que c’est bizarre ! Mais bon qu’est ce que tu veux que je te dise… Encore une fois c’est une question liée à ce que l’on cherche et encore une fois on peut y répondre à l’aveuglette avec des milliers de suggestions toutes plus farfelues les unes que les autres et sans jamais pourtant citer la bonne. Donc on continue de garder la même ligne de recherche pour le moment et on va jusqu’au bout pour voir où ça nous mène ! »&lt;br /&gt;Sa tête fit un mouvement circulaire puis elle me désigna du doigt quelque chose derrière moi.&lt;br /&gt;« Tiens utilise ça pour défoncer les tiroirs ! »&lt;br /&gt;C’est ainsi que j’ouvris les tiroirs, à force de frapper dessus avec une lampe torche assez massive. J’y trouvais enfin l’organisation des archives et pus me rendre étonnement assez facilement à l’endroit exact où un carton était susceptible de contenir mes examens. Je me sentais anxieuse comme une lycéenne le jour des résultats du bac. Je ressentis la même frustration que l’on ressent lorsqu’on arrive devant les panneaux où notre nom est comme perdu dans des listes d’élèves infinies, qu’en voyant les trente bons mètres de cartons où j’allais devoir chercher. Heureusement pour la lycéenne, les noms sont classés par ordre alphabétique. Malheureusement je n’étais pas lycéenne. Lorsque je trouvais enfin l’année de mes examens, il me restait 365 jours de fiches à éplucher car bien entendu j’étais incapable de dire quand exactement quelqu’un avait pompé mon sang…&lt;br /&gt;Karine n’aidait en rien, elle se contentait de surveiller les opérations depuis la plate forme d’une étagère sur laquelle elle s’était assise et elle rouspétait lorsque je n’allais pas assez vite à son goût.&lt;br /&gt;Lorsque je trouvais la fiche, j’étais affamée et le café avait depuis longtemps arrêté de distribuer ses généreux effets si bien que je m’endormais sans cesse pour être réveillée une seconde plus tard par les hurlements de Karine. Cette dernière sauta de son perchoir et vint derrière moi pour lire les pattes de mouches qui occupaient le morceau de papier. Je lus aussi mais n’eu pas la force de m’énerver de tous mes efforts vains lorsque je constatais qu’il n’y avait là aucun renseignement important.&lt;br /&gt;« Là ! Là ! Regarde ! »&lt;br /&gt;Karine réussit à me donner un doute. Je relus les données qu’elle pointait du doigt et m’affalais de tout mon long sur le sol.&lt;br /&gt;« - C’est marqué que j’ai trop de sucre…&lt;br /&gt;- Oui ! C’est une piste !&lt;br /&gt;- Non, y’a pas un ado européen qui n’ait pas trop de glucose dans le sang… On a carrément des barres chocolatées qui flottent dans nos veines…&lt;br /&gt;- Donc…&lt;br /&gt;- Donc maintenant tu me laisses dormir pour que je puisse me réveiller avec assez de force pour te tuer ! »&lt;br /&gt;Je ne sais pas si elle hurla pour me réveiller ou non, mais je m’endormis là sur le carrelage froid de la salle des archives d’un sommeil profond, tandis que la feuille de mes résultats sanguins finissait dans l’estomac du furet que la faim avait poussé à sortir de ma sacoche. Je dormis plusieurs heures durant et me réveillais enfin avec, j’ignorais pourquoi, un goût de sang assez prononcé dans la bouche. Karine était adossée aux étagères, les yeux perdus dans le vide, je me raclais la gorge pour lui signaler mon éveil.&lt;br /&gt;Elle tourna simplement les yeux vers moi sans pour autant bouger le reste de son visage. Ce qui, dans le lieu où nous étions me rappela simplement quelques scènes de films d’horreur que j’aurai préféré oublier. Un frisson me parcouru.&lt;br /&gt;« Tu ne dors pas toi ? »&lt;br /&gt;Cette fois elle leva la tête dans ma direction.&lt;br /&gt;« - Je ne sais pas comment on fait…&lt;br /&gt;- En général quand t’as sommeil… »&lt;br /&gt;Je ne rajoutais rien de plus m’apercevant qu’expliquer comment dormir requérait un effort intellectuel que je n’avais pas prévu.&lt;br /&gt;« Je ne sais pas ce que c’est d’avoir sommeil… »&lt;br /&gt;Parce que je ne savais pas du tout quoi répondre à ça j’ajoutais juste :&lt;br /&gt;« - La classe…&lt;br /&gt;- Mais j’ai faim par contre…&lt;br /&gt;- Oh. »&lt;br /&gt;Puis après avoir réfléchis à ce qu’elle venait de me dire :&lt;br /&gt;« - Bah… Tu fais comment pour manger ?&lt;br /&gt;- Je n’y arrive pas. Mais j’ai faim tout le temps. J’ai été dans un traiteur chinois quand je faisais la tête, je me suis assise devant un nem et je me suis concentrée. Pas moyen de le toucher. J’ai posé mes mains devant, j’ai invoqué son esprit. Ca n’a rien fait. J’ai du abandonner quand un chien a fini par rentrer a son tour et a dévorer l’ensemble des produits qui étaient là.&lt;br /&gt;- Tu ne t’es peut-être pas concentrée assez fort…&lt;br /&gt;- J’étais tellement concentrée en train de supplier ce nem de se donner à moi que je n’ai pas remarqué tout de suite que le chien était entré et quand j’ai rouvert les yeux j’avais les mains tendues à deux centimètres de son arrière train…&lt;br /&gt;- Oh.&lt;br /&gt;- C’est ce que je me suis dit… Mais bizarrement ça ne me fait rien physiquement. Je ne me sens pas mourir à cause du manque de nourriture ni même maigrir… C’est juste un manque psychologique, comme si j’étais accro à la bouffe, comme on peut l’être avec la cigarette. Sauf que la cigarette faut avoir essayé avant d’être dépendant…&lt;br /&gt;- Tu veux que j’essaie d’imaginer un nem ? Karine… Karine ? Karine ! »&lt;br /&gt;Je venais d’observer Karine disparaître dans un sublime effet de dégradé de « existant » à « transparent », en moins de temps qu’il n’en avait fallu pour dire « nem ». Je l’appelais avec la force du désespoir. Le fait qu’elle ait simplement prononcé le mot « mourir » dans sa dernière phrase me perturbant plus qu’il ne l’aurait du car soudain je l’entendis me répondre :&lt;br /&gt;« Stresse pas comme ça pour un nem… T’inquiète c’est bon je suis sure que je peux m’en passer…. »&lt;br /&gt;J’hurlais.&lt;br /&gt;« - Karine mais tu es où ?&lt;br /&gt;- Je n’ai pas bougé…&lt;br /&gt;- Je ne te vois plus !&lt;br /&gt;- Tu as les yeux ouverts… »&lt;br /&gt;Et c’était vrai, j’avais les yeux ouverts et je la vis immédiatement quand mes paupières se posèrent sur mes yeux. J’eu un doute énorme mais Karine se chargea de m’en débarrasser.&lt;br /&gt;« Oui, tu avais les ouverts aussi tout à l’heure. Je ne t’ai rien dit pour que tu ne perdes pas le truc en t’en rendant compte… mais bon visiblement tu n’as pas eu besoin de moi pour ça. Mais je dois avouer que tu progresses rapidement quand même !&lt;br /&gt;- Mais tu es quoi au juste ? Un produit de mon imagination ou… un autre truc…&lt;br /&gt;- Aucune idée ! »&lt;br /&gt;J’ouvris les yeux, à la fois contente de l’amélioration de mes capacités et énervée par l’évidence que ma folie n’avait pas prit des années pour se manifester sérieusement. Pour donner le change je cherchais le furet.&lt;br /&gt;Toutefois l’animal devint rapidement un vrai centre d’intérêt par le manque de présence dont il faisait part. Je l’appelais sans le moindre résultat. Sans la voir je demandais quand même à Karine si elle avait vu Gitz. Je l’entendis me répondre qu’elle n’y avait pas fait attention mais qu’elle ne l’avait effectivement pas vu depuis un moment.&lt;br /&gt;Parce que je savais que le furet était vrai contrairement à elle et que j’avais donc une affection véritable, mêlée de pitié, il est vrai, mais affection tout de même, pour l’animal je courus dans les rayons à sa recherche. Karine ne semblait pas me suivre.&lt;br /&gt;Je m’enfonçais de plus en plus profondément dans ces couloirs de paperasse hurlant le nom du furet à plein poumon. Cela n’arrangea pas ma course car bientôt je fus prise d’un point de côté douloureux dans mon côté droit. Je ralentis sans pour autant stopper mon avancée. Plus j’allais de l’avant plus les allées semblaient sombres et les cartons en mauvais état. L’odeur de la poussière me monta au nez de plus en plus violement et il me fut bientôt impossible de continuer à courir avec la douleur, le manque de souffle et les éternuements à répétition. Je marchais, persévérant encore dans les appels. Il était évidant que personne ne venait plus ici depuis des années. L’odeur de poussière fit place à l’odeur de moisissure. Puis sans crier gare après dix minutes de marche les cartons laissèrent place à de grandes caisses métalliques numérotées.&lt;br /&gt;C’est à ce moment que j’entendis un cliquetis sourd plus loin encore devant moi. Je regrettais bien vite la présence de Karine, hésitais quelques secondes à laisser Gitz en plan, me dis qu’après tout ce n’était qu’un furet débile et que je serai plus tranquille en recueillant un hamster… Mais mes jambes me portèrent tout de même dans la direction d’où provenait le bruit. Je vis de loin derrière les étagères se dresser le mur qui annonçait enfin la fin des archives et l’angoisse grandit en moi alors que je m’en approchais.&lt;br /&gt;Après quelques minutes je vis devant moi que le bâtiment ne s’arrêtait pas là. Au fond de l’allée qui se profilait devant mes yeux, une porte était encastrée dans le mur. Je ralentis encore et m’en approchais sur la pointe des pieds, maudissant mes chaussures qui avaient prit l’humidité et couinaient légèrement.&lt;br /&gt;La porte était ouverte, le bruit venait de là. Je me collais le dos aux étagères pour ne pas prendre la porte de front mais arriver depuis son côté. Je longeais le mur puis une fois près de l’ouverture, pris une grand inspiration et y avançais la moitié de mon visage, manière la plus discrète d’y jeter un œil.&lt;br /&gt;Je déglutis.&lt;br /&gt;Mon furet était bien là au milieu de cette nouvelle pièce aux dimensions plutôt réduite. Il avait grimpé sur une table puis sur celle-ci, sur un petit plateau métallique, lequel devait avoir été négligemment posé sur un crayon ou un petit objet. L’animal n’arrêtait pas d’aller d’un côté à l’autre du plateau qui dans un mouvement de balancier se retrouvait toujours porté du côté où allait l’animal. Mouvement qui faisait peur à la bestiole qui repartait alors immédiatement de l’autre côté sans réfléchir. Le cliquetis n’étais que le bruit du plateau qui venait régulièrement cogner la table d’un côté ou de l’autre.&lt;br /&gt;Ce n’est pas ceci qui me fit avaler ma salive d’une façon extrêmement désagréable, mais plutôt ce qui se trouvait autour de la table.&lt;br /&gt;La pièce ressemblait à un vieux laboratoire. Elle était remplie de poussière et d’instruments médicaux assez effrayants. Ce qui aurait déjà suffit à me faire peur en temps normal s’il n’y avait pas eu en plus de tout ça, au fond de la pièce des bocaux faisant bien deux ou trois fois ma taille à vu de nez, contenant dans un liquide épais des créatures inanimées.&lt;br /&gt;Je restais dans ma position, immobile pendant plusieurs minutes, n’osant pas même me gratter le nez qui me démangeait pourtant. Puis comme on se réveille d’un mauvais cauchemar je finis par me rendre compte que rien ne bougeait à l’intérieur de la salle et que je ne devais pas – trop – avoir peur d’y entrer, au moins pour aller chercher le furet.&lt;br /&gt;Mes pas furent timides et mes jambes légèrement chancelantes mais j’avançais tout de même. Sans faire de gestes trop brusques je m’emparais du furet qui se cala dans mes mains avec le bonheur de trouver enfin un milieu rassurant. Je fis cela sans détacher une seconde mon regard des énormes cuves.&lt;br /&gt;Je nageais en pleine science fiction. Les êtres qui y étaient enfermés avaient des membres humains et des membres animaux. Le plus souvent ils étaient déformés, certains même paraissaient comme éclatés et laissaient échapper dans le liquide quelques organes internes. Une fois de plus j’eu une énorme envie de vomir, seule la peur m’empêcha de me laisser aller immédiatement. Je murmurais :&lt;br /&gt;- « N’ouvrez pas subitement les yeux, je vous en supplie, n’ouvrez pas subitement les yeux… »&lt;br /&gt;Ils n’ouvrirent pas les yeux.&lt;br /&gt;Le furet m’échappa des mains et se retrouva à nouveau sur la table. Je fus forcée d’y porter le regard et alors que je suivais le furet pour le reprendre le plus rapidement possible, mes yeux glissèrent sur les papiers qui y étaient entassés et je pus sans m’en rendre réellement compte lire deux ou trois phrases. Les mots « expériences secrètes », « Echec », « Hybrides », s’entassèrent dans ma tête, me laissant dans un état confus dont je profitais pour refaire le trajet en marche arrière et sortir de la pièce.&lt;br /&gt;Une fois dehors je me collais rapidement sur le côté et me laissait retomber le long du mur en tenant fermement Gitz sur ma poitrine. Je déclarais :&lt;br /&gt;- « On est d’accord hein. Pas un mot à Karine. Cette folle va se persuader que la fin du monde à un rapport avec tout ça et elle va m’obliger à passer des heures là dedans jusqu’à ce que je comprenne ce qu’on y faisait… »&lt;br /&gt;Puis effrayée par ma propre voix je me redressais subitement et courus sans m’arrêter jusqu’à ce que je rejoigne l’endroit des fiches d’examens sanguins.&lt;br /&gt;Lorsque Karine me demanda si ça allait bien et s’étonna que j’ai l’air si pâle. Je fus bien aise d’être trop essoufflée pour répondre.&lt;br /&gt;Elle pensa certainement que j’avais couru de la sorte parce que j’avais simplement naturellement un grain et donc elle m’exposa sa nouvelle idée sans attendre que je reprenne mon souffle.&lt;br /&gt;« Je me suis dit que ce n’était peut être pas physique le truc bizarre chez toi. Peut-être qu’il est psychologique… euh… Surement même. Donc bon, est ce que t’as été voir un psy déjà ? On pourrait aller voir ton dossier pour voir si on trouve quelque chose d’intéressant… »&lt;br /&gt;J’acquiesçais, prête à tout pour quitter enfin ces maudites archives.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;***&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le premier pas de Karine dans le cabinet du docteur Flimann fut accentué par un « Ooooh » qui rebondit sur les murs couleurs rose-barbe-à-papa qui étaient eux-mêmes à l’origine de cette onomatopée. Cette longue prononciation de voyelle fut accompagnée d’un regard circulaire à l’aspect inquiété, pourtant inhabituel au personnage quand je n’y étais pas moi-même à l’origine.&lt;br /&gt;« Ca fait un peu mal au crâne non ? »&lt;br /&gt;Je rouvris les yeux pour contempler la salle d’attente.&lt;br /&gt;« Ca n’était pas comme ça quand je suis venue autrefois… »&lt;br /&gt;Non, quand j’étais venue à l’époque, la folie décorative du docteur n’était pas encore portée sur une couleur seyant si bien à une poupée articulée aux proportions parfaites et fatalement assez stupide pour se taper toute sa vie un homme avec un prénom américain idiot comme Ken. A ce moment là si mes souvenirs sont exacts il s’en était tenu à une couleur verte pomme tout autant porteuse de migraines. Une thérapie à long terme sur la couleur j’imagine…&lt;br /&gt;Sur les murs acidulés étaient posés des cadres à l’allure tout ce qu’il y a de plus professionnelle dans un cabinet de psychanalyste, c'est-à-dire qu’ils enfermaient des tâches d’encre étalées. Je m’arrêtais devant l’une d’elles et penchais la tête pour essayer de visualiser une forme.&lt;br /&gt;Une voix naquit dans ce qui semblait pourtant être le vide à ma droite. C’était Karine qui me demandait ce que j’y voyais.&lt;br /&gt;« Bah… »&lt;br /&gt;Je penchais d’avantage la tête.&lt;br /&gt;« - En fait c’est marrant, en face on dirait une bouteille de soda en train d’exploser, mais quand on penche sa tête comme ça là, bah finalement on se dit que peut-être c’est un thermos de café, ce qui est quand même beaucoup plus intéressant parce qu’un thermos y’a pas des masses de pression dedans alors pour que ça explose… Ou alors c’est ce bout de tâche là, quand on remet la tête à l’endroit on voit un pied si on ferme juste un œil. Alors dans ce cas c’est quelqu’un qui aurait donné un coup de pied dans le thermos… Un borne peut-être… Ouais… Voila quoi… Tu vois quoi toi ?&lt;br /&gt;- Une chauve souris… »&lt;br /&gt;J’observais la tâche avec attention.&lt;br /&gt;« Mmmmh… Ouais… aussi… »&lt;br /&gt;Nous laissâmes la tâche et son mystère sur le mur et entrâmes dans le bureau du docteur. Cette fois la pièce n’avait rien de singulier. Un diplôme trônait dans un cadre au milieu du mur, juste en face de la porte d’entrée, entouré de deux faux Monet et d’un paysage marin. Le bureau était plus ou moins ordonné, quelques papiers y trainaient ainsi qu’une boite d’antidépresseurs.&lt;br /&gt;Je vins caresser nonchalamment le cuir vieilli du divan sur lequel les patients avaient du défiler avant et après moi. J’avais toujours apprécié ce mixte de fauteuil et de lit. A chaque fois que j’étais venue m’y allonger mon imagination m’avait transportée à l’époque de la Rome Antique, lors d’un déjeuner romain où j’avalais des dates confites du bout des doigts. Cela même si j’ignore parfaitement le goût d’une date confite, mais nul doute qu’en parfaite femme de citoyen romain, j’aurai aimé… Et puis après il y aurait eu une orgie avec massacre d’esclaves et fondue savoyarde comme dans les albums d’Astérix…&lt;br /&gt;Karine arracha le sourire de mon visage d’un bruyant :&lt;br /&gt;« J’ai trouvé, les dossiers sont là ! »&lt;br /&gt;Elle était dans une petite pièce qui jouxtait le bureau. J’y entrais et découvrais sans surprise deux petites armoires remplies de tiroirs sur lesquels les lettres de l’alphabet se succédaient comme si ils avaient contenu la plus grande encyclopédie de tous les temps. Je repérais sans mal le tiroir contenant mon dossier et l’en sorti rapidement.&lt;br /&gt;Le dossier, plutôt épais, entre les doigts, je rejoignis le divan et m’y affalais de tout mon long avant de poser un regard lourd sur la couverture brune où les lettres blanches de mon nom ressortaient vulgairement.&lt;br /&gt;Longtemps après, je l’oublierai et garderai toujours un doute à savoir s’il commençait par la lettre M ou L.&lt;br /&gt;Je fis une moue hésitante alors que dans ma poitrine mon cœur s’était prit d’affection pour la musique africaine et tapait des rythmes effrénés de djembé, certainement sympathiques en une autre occasion. Karine sentit mon malaise.&lt;br /&gt;« - Quelque chose ne va pas ?&lt;br /&gt;- C’est un peu flippant de lire ça…&lt;br /&gt;- Tu n’as pourtant pas eu d’appréhension devant ton dossier médical tout à l’heure…&lt;br /&gt;- Trifouiller dans mes veines et trifouiller dans ma tête ce n’est pas pareil. Dans le deuxième cas il s’agit bien plus de juger ma vie que de l’analyser scientifiquement.&lt;br /&gt;- Oh tu m’énerves tu as toujours une bonne excuse pour ne pas avancer ! Moi je veux savoir ce qu’il y a marqué là dedans ! Je te rappelle que ta tête c’est là que je suis née justement et j’ai beau essayer, discuter avec toi ne résout pas toutes les questions que j’ai sur mes origines. Je dirai même plus que ça me refile des inquiétudes énormes qui ne demandent qu’à être apaisées ou confirmées une bonne fois pour toute !&lt;br /&gt;- Dans ce cas je t’ouvre le dossier et te laisse lire. Je tournerai les pages quand tu le demanderas. »&lt;br /&gt;Je joignis le geste à la parole et elle ne protesta pas. Non. Elle ne put cependant s’empêcher de lire plus ou moins à voix haute ce qui était presque aussi angoissant que la lecture que je voulais éviter. Je ne me sentis pas le courage de me battre avec elle à propos de ça.&lt;br /&gt;« Romane blablabla… Née le ça on s’en fout… Parents blabla… Bon la première feuille tourne ce ne sont que des renseignements débiles… »&lt;br /&gt;J’allais appliquer sa demande quand elle stoppa mon geste :&lt;br /&gt;« Non attend ! Qu’est ce que c’est ce truc ?! Motif de la présence : à la demande de la famille car LA PATIENTE A AGRESSE UN DE SES PROFESSEURS, PERSUADEE QUE LA FEMME ETAIT EN REALITE UNE PIEUVRE GEANTE DEGUISEE EN HUMAINE ET VOULANT LUI SUCER LE CERVEAU ! »&lt;br /&gt;A l’image d’un bloc de béton d’une tonne cinq qui me serait tombé dessus sans crier gare, le souvenir des conversations que j’avais avec le psy me revint de plein fouet. J’écarquillais les yeux et ma main vins instinctivement devant ma bouche pour étouffer un petit cri de surprise.&lt;br /&gt;« - Tu te fous de moi ! Qu’est ce que c’est que cette histoire d’agression et de pieuvre ? Mais t’es vraiment tarée ma parole !&lt;br /&gt;- Le mot agression est un peu fort… Je l’ai tenue à distance avec un bout de craie pour éviter qu’elle ne m’approche… »&lt;br /&gt;Ne pouvant de toutes façons faire marche arrière dorénavant, je tournais avec résignation la feuille pour que Karine lise la suite du dossier. Elle ne le fit plus avec l’entrain qu’elle manifestait à l’origine…&lt;br /&gt;« Première séance… La patiente a une attitude sure d’elle… Se confie facilement… Blablabla… Explique son geste comme purement raisonné… N’a fait que se défendre… Est persuadée que son professeur était une pieuvre, visiblement à cause de… sa coupe de cheveux et de la tâche de vin sur son visage... Mon Dieu mais ce n’est pas possible, dis moi que ce n’est pas vrai… Soutient que le professeur l’aurait menacé… Cette femme a demandé a ses étudiants de ramener leur copies sur la table afin qu’elle inspecte de plus près l’intérieur de leur cerveau… Simple blague d’enseignant prit comme une menace par la patiente… (Karine marqua une pause, visiblement troublée) Trouble de… Le gars qui a découvert ce trouble a un nom imprononçable il aurait pu simplement l’appeler de son prénom nan… Besoin de nouvelles séances rapidement pour mesurer l’étendue du trouble. Pas de danger immédiat mais nécessité d’un traitement… Après c’est une liste des médicaments je crois… Tourne la page… »&lt;br /&gt;« Aujourd’hui avons parlé des dinosaures qu’elle a vu dans ses céréales le matin même… Hallucinations traduisant… Plus important que je ne le pensais… Capable de détailler les créatures avec nombres de détails très précis… Dents roses pour les filles, bleues pour les garçons… Quatre centimètres de haut… S’est laissé aller à la confidence… La fois où elle aurait voyagé dans le temps… Prétends avoir inventé la roue et eu l’idée des vitesses variables sur les mixer… M’a demandé si elle pouvait m’enrouler dans du scotch… Trompé sur le diagnostic, pas le trouble de… C’est à nouveau le nom imprononçable… N’arrive pas à me fixer sur un diagnostic précis… Besoin de plus de temps… Changement du traitement… tourne la page… »&lt;br /&gt;« … Lui ai fait faire test quotient intellectuel… Grande intelligence juste au dessus du niveau de la moyenne supérieure et loin en dessous du surdoué… Semble faire une fixation obsessionnelle sur le divan, parle de dates parfois en relation avec… A parlé avec le chien la veille… Trouver un trésor avec lui… Fugue prévue pour la semaine prochaine… Internement envisagé… Demander autorisation parents… Surveillance nécessaire… Elle ne semble pas prendre les cachets de l’ordonnance… Danger pour autrui ? Hallucinations inquiétantes… Lui ai demandé à la revoir demain… Tourne… »&lt;br /&gt;Karine parcourut vaguement la prochaine feuille des yeux puis arrêta soudainement de ne m’offrir qu’une connaissance en diagonale du texte. Sa voix se fit autoritaire quand elle lu entièrement la partie suivante :&lt;br /&gt;« …quand j’ai tenté de lui parler d’un possible internement très implicitement elle a comprit immédiatement à quoi je faisais illusion. Son expression a changé radicalement pour prendre un air désolé. Elle a stoppé son récit à propos de la grenouille qui récitait l’alphabet et ma dit très calmement qu’elle était désolée de m’avoir fait perdre mon temps mais qu’elle n’était pas un nouveau cas de pathologie psychologique que je prendrai plaisir à étudier pour devenir célèbre en faisant une thèse sur son dos. Elle n’était pas le moins du monde agressif. Elle a continué à m’expliquer qu’elle n’avait simplement pas fait sa dissertation le jour où le professeur l’a ramassé et qu’elle a improvisé la scène où elle traitait l’enseignante de pieuvre. Elle ajouta qu’elle n’avait toujours pas rendu cet exercice et qu’elle n’aurait jamais plus à en rendre un mais se désolait car le professeur en plus de ne plus s’approcher d’elle s’était coupé les cheveux alors que sa coupe lui allait très bien. Quand je lui ai demandé ce qu’il en était pour le reste de ses visions, elle m’a dit qu’elle avait plein d’histoires dans la tête mais que je posais toujours des questions inattendues et que j’étais très utile pour faire évoluer ses personnages ! Je me méfie et crois à une ruse pour ne pas intégrer un établissement spécialisé. Je tiens à la revoir demain pour me faire une idée plus précise avant de prévenir les parents. Tourne Romane… »&lt;br /&gt;« Cette peste s’est bien foutu de moi !&lt;br /&gt;Elle m’a apporté la nouvelle qu’elle écrit pour un concours de jeune auteur. On y retrouve tous les personnages fantastiques dont elle m‘a parlé mais l’histoire tourne surtout autour d’une jeune fille qui prend un psy pour un crétin.&lt;br /&gt;Un dernier élan d’éthique m’empêche de la faire enfermer à vie pour me venger. Malheureusement pour moi, le fait qu’elle ait la plus grande imagination que je n’ai jamais croisé n’est pas un prétexte suffisant…&lt;br /&gt;Je ne veux plus la voir mettre les pieds dans mon cabinet. »&lt;br /&gt;J’avais fermé les yeux et vis distinctement Karine relever les siens vers moi.&lt;br /&gt;- « Je n’ai même pas gagné le concours avec mon histoire ! Elle était géniale mais c’est un imbécile avec une histoire de crevette qui danse qui l’a remporté… Je n’ai eu le droit qu’à un stylo avec le sigle d’une banque partenaire du concours… » &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/9030524436375822685-9039094086424099543?l=howending.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://howending.blogspot.com/feeds/9039094086424099543/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=9030524436375822685&amp;postID=9039094086424099543&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9030524436375822685/posts/default/9039094086424099543'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9030524436375822685/posts/default/9039094086424099543'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://howending.blogspot.com/2007/10/partie-6.html' title='Chapitre 5'/><author><name>Valentine</name><uri>http://www.blogger.com/profile/13626335862887319163</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-9030524436375822685.post-5981556497571289470</id><published>2007-10-16T02:39:00.002+02:00</published><updated>2010-01-18T09:51:42.820+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 4</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;« - Gitz, viens là ! »&lt;br /&gt;Le furet arrêta ses allées et venues dans la moquette et s’approcha joyeusement de moi. Seulement je ne le voyais qu’à peine. J’étais étonnée par l’étrangeté de ce qui était sorti par ma gorge. Cela faisait plusieurs semaines que je n’avais pas eu besoin de dire un mot à qui que ce soit, me contentant d’appeler le furet en claquant des doigts, et elle s’était comme enraillée. Mon intonation était maladroite et ma voix originelle derrière tout cela sonnait plus comme un souvenir lointain qu’autre chose.&lt;br /&gt;Je pris le furet dans mes bras et le caressais machinalement en laissant aller mes pensées. J’étais seule. Cela prit tout son sens. D’un seul coup je pensais à tous mes amis, à ma famille… Je ne savais même pas ce qu’ils étaient devenus… La trace de l’homme était partout autour de moi, il avait façonné le monde pour lui. Mais j’imaginais qu’une vie intelligente reprenne le dessus sur Terre et se pose des questions sur ce que nous avions bâti. Ca serait au même titre que les statues de l’île de Pâques un mystère insondable. Pourquoi et par qui ? Il ne restait de l’homme que des maisons de béton armé, plusieurs tonnes de bouteilles en plastique, quelques produits artisanaux, des horreurs comme le papier tue-mouches ou les DVD de la petite maison dans la prairie et… moi. J’étais la seule preuve que l’homme avait existé. Est-ce que ça valait vraiment la peine de vivre toute seule à présent ?&lt;br /&gt;A quoi allait ressembler ma vie ? Ma vie sans personne. Ma vie avec un furet débile…&lt;br /&gt;Dans quelques temps j’allais oublier tout simplement comment parler. Les seuls sauveurs de ma langue natale seraient des livres et des films à qui je n’aurai pas à répondre. Je me doutais bien depuis un moment que cette vie allait faire de moi une folle aux dents jaunes qui se mettrait des plumeaux à poussière dans les cheveux, porterait des sacs poubelles en guise de robe et accuserait violement les cabines téléphonique d’être des envoyés extraterrestres. Mais je n’allais pas simplement devenir folle. J’allais devenir stupide. Il n’y avait plus personne pour me dire si j’avais raison ou tort, plus personne pour avoir ce genre de discussions qui vous poussent à raisonner un minimum…&lt;br /&gt;Je n’avais jamais été quelqu’un de doué pour les relations sociales, mais de là à ne plus en avoir du tout… Est-ce que l’être humain peut vivre seul ? Je n’avais que peu de notion de psychologie, mais il me semblait que c’était aussi en partie la société qui rendait l’homme Homme.&lt;br /&gt;J’aurai tué pour entendre une voix me dire un simple bonjour. Mais le pire c’est que tout à la fois j’aurai détesté ça aussi. Je répugnais à imaginer un inconnu entrer dans ma vie de cette façon. Dans les films quand il y a deux survivants bizarrement ce sont toujours les deux canons de l’histoire. Je ne me fais pas d’illusion, j’imagine bien sur quoi je pourrai tomber, quelqu’un avec qui ne je me serais jamais entendu dans d’autres circonstances, un fan de tunning ou un adolescent éternellement habillé en survêtement de sport. Je ne doute pas être capable d’apprendre à aimer cette personne. Mais quelle horreur d’avoir à le faire.&lt;br /&gt;J’avais une solution : je pouvais me tuer maintenant. Attraper l’arme à ma taille, me coller le canon sur la tempe et presser la détente…&lt;br /&gt;Non, pas au pistolet, si je me ratais j’aurai juste une moitié de la tête en moins et imaginons que je survive, à tous les coups je tomberai sur cette partie du cerveau qui commande une moitié de mon corps, ou encore mieux : celle qui régule la mémoire et là j’aurai un œil en moins et en plus je ne saurai même plus comment ouvrir une porte… Je ne voulais pas me pendre non plus, si mes cervicales tenaient le coup je mourrai étouffée et cela me semblait assez lent et horrible… Je pouvais bien mettre la tête dans les toilettes et inspirer profondément pour remplir d’eau mes poumons mais l’eau ici est trop calcaire et je hais ce goût… Me trancher les veines ça serait vraiment sale, du sang partout, j’imaginais mon corps pourrissant et attirant tous les charognards… L’électrocution c’est bon, j’avais déjà donné… Cachets, overdose, quelle originalité ! Cette mode là battait son plein avant la fin du monde, là ça faisait dépassé…&lt;br /&gt;Je devais me rendre à l’évidence que le suicide n’était pas pour moi.&lt;br /&gt;Alors j’eu une autre idée qui changea ma vie à jamais. J’allais m’inventer un ami imaginaire !&lt;br /&gt;Au départ je me doutais que l’exercice ne serait pas facile, qu’il faudrait du temps pour me convaincre que je parle vraiment à quelqu’un qui existerait. Mais puisque tout cela prendrait des années avant d’être vraiment utile, autant m’y mettre dès à présent. Je fermais les yeux et commençais à dessiner une personne en face de moi.&lt;br /&gt;En réalité j’estimais qu’il était préférable que mon ami imaginaire soit une amie imaginaire. Un jour je serai folle et ce jour là quand je verrai vraiment cet être, je préférais m’assurer que je n’en tomberai pas amoureuse puisqu’il allait être le seul homme sur Terre avec moi. En créant une fille je prenais le risque de devenir lesbienne avec le vide mais pour garder quand même une chance de ne tomber amoureuse de personne c’était encore la meilleure solution… Je baptisais ma création Karine, avec un K. J’aimais la sonorité de ce prénom tout simplement mais je connaissais une Carine avec un C qui avait été avec moi en primaire et qui m’avait volé tous mes pogs en trichant effrontément pendant que les autres regardaient ailleurs. La vie heureusement vous venge toujours de ces personnes qui vous traumatisent alors que vous sucez encore votre pouce et n’avez pas le droit encore de vous coucher après vingt et une heures. Plus tard au lycée la dite Carine avait eu assez d’acné pour ressembler à une calculatrice scientifique, et surtout, aujourd’hui elle était morte et moi non.&lt;br /&gt;Ma Karine au contraire avait une peau parfaite, imaginez le drame si elle devait occuper la salle de bain le matin pour se faire sauter les points noirs ! Je n’appréciais pas tellement les filles aux cheveux courts et j’avais moi-même les cheveux longs et ne voulais pas faire d’elle un clone, elle se vit donc dotée d’une coupe de cheveux sympathique qui était un compromit entre les deux. Je la rendis brune avec des reflets ocre au soleil. Elle avait un petit front légèrement bombé où tombaient, en une fausse frange, quelques mèches de cheveux rebelles. Des sourcils bien dessinés surmontaient de grands yeux verts et à gauche, à côté de la pupille, sur le blanc de l’œil elle possédait une petite tâche rouge comme si un petit vaisseau sanguin avait explosé. J’avais vu ça chez quelques personnes auparavant, c’était étrange mais je trouvais que ça donnait du charme à quelqu’un ce petit défaut saugrenu… En dessous de ses yeux, sur ses pommettes, sa peau était parsemée de tâches de rousseur. Celles-ci traversaient aussi son nez, fin et légèrement retroussé sur le bout. Elle n’avait pas de problème de lèvres comme la lèvre supérieure qui recouvre la lèvre inférieur et vous donne une tête de poisson. Non, ses lèvres, ni trop fines, ni trop pulpeuses pour ne pas ressembler à une actrice porno avec surconsommation de collagène, dessinaient une petite bouche en cœur naturellement ouverte sur un début de sourire qui laissait apparaître furtivement la pointe de ses dents. Sans pour autant être à elle seule un spot publicitaire pour dentifrice, je lui offrais une mâchoire détartrée et surveillée régulièrement par le dentiste. Une bonne dentition c’était important, je croyais me souvenir que c’était en regardant les dents qu’on décidait ou non d’acheter un cheval… Enfin pour finir avec la tête, Un visage fin, qui gardait un léger quelque chose enfantin.&lt;br /&gt;Son corps reçu des proportions plus que convenables. Heureusement qu’elle n’était qu’imaginaire, car je ne vous raconte pas les complexes qu’une fille pareille m’aurait refilés ! J’étais particulièrement fière de ce que mon cerveau avait engendré, même si mon « bambin » risquait de faire carrière chez Playboy… Je l’habillais un peu plus décontractée pour compenser.&lt;br /&gt;J’avais cru que cet exercice de création serait plutôt évidant, mais il n’en était rien. Je suais à grosses gouttes sous le coup de l’effort mental que cela nécessitait.&lt;br /&gt;Je me rendais compte que jamais je ne m’étais représenté quelqu’un dans son ensemble, ou plutôt justement, uniquement dans son ensemble. Des personnages que j’avais inventé dans mes rêves et dont je me souvenais le lendemain au réveil, je me faisais une représentation assez juste, mais lorsqu’il fallait se rappeler de détails, de la couleur de leur yeux, de ce à quoi pouvait ressembler leurs chaussures, de la forme que prenait leur bouche lorsqu’ils souriaient, il subsistait uniquement une sorte de flou artistique.&lt;br /&gt;Le plus triste c’est que cela ne concernait pas seulement les personnes que j’avais inventé de toute pièce, alors que j’avais tâché un peu plus tôt de visualiser mes proches lorsque je repensais à eux, j’effectuais un travail aussi bâclé. Quelle était la couleur exacte des cheveux de ma mère avant qu’ils deviennent gris et qu’elle les teinte en auburn ? Est-ce qu’ils avaient tendance à friser s’ils séchaient naturellement ?&lt;br /&gt;J’avais l’impression de manquer de respect à tous ceux qui avaient partagé leur vie avec moi, alors je mis un soin tout particulier à créer Karine. Je me concentrais le temps qu’il fallait sur chaque partie d’elle. Je fis une véritable retraite dans ma tête, à ne plus penser qu’à cet être nouveau à qui je donnais vie. Le temps passa sans que j’en ai conscience, seule la faim, les besoins primaires, ou les morsures du furet sur mes doigts me sortaient de ma transe. Parfois il faisait jours et parfois il faisait nuit, mais j’étais incapable de mesurer le temps qui s’était écoulé entre chaque.&lt;br /&gt;Le corps humain était d’une complexité incroyable, il semblait malgré tout découler d’une logique harmonieuse, sans avoir la moindre notion d’anatomie autre que la connaissance de mon propre corps ou de ceux que j’avais vus nus contre le mien, il se dessina intuitivement. Il s’avéra qu’un coude déplacé de quelques centimètres gâchait tout le tableau, ce n’est qu’une fois placé correctement que je réussissais à poursuivre.&lt;br /&gt;Derrière mes paupières toujours closes, chaque élément trouva sa place, l’un après l’autre et un jour je fus capable de la voir distinctement. Sur le fond noir que lui octroyait mes yeux fermés je vis véritablement Karine et parce que je pouvais détailler tout ce qui faisait qu’elle était elle, c’était comme si elle était véritablement en face de moi.&lt;br /&gt;Quand j’ouvrais les yeux tout disparaissait, parce que j’avais d’autres détails sous les yeux, tout le bazar à l’intérieur de la chambre, en particulier les détails d’un furet dormant au milieu d’un paquet de gâteau et le détail de toutes les miettes tombées sur la moquette.&lt;br /&gt;Je refermais donc les yeux, mais c’était comme si j’avais une personne dans le coma en face de moi, Karine ne bougeait pas d’un pouce, elle n’était animée d’aucun souffle de vie. Elle avait l’air drôlement paisible, mais pas franchement causante.&lt;br /&gt;Il était temps de lui donner la vie définitivement.&lt;br /&gt;Je voulais savoir la date pour fêter son anniversaire plus tard mais j’avais perdu un peu le compte ces temps-ci. Le furet n’étant pas d’une grande aide dans ces cas là… Il fut convenu que Karine n’aimerait pas les anniversaires ! Cela fut malheureusement le seul trais de caractère que je pensais à lui donner avant de la réveiller.&lt;br /&gt;J’observais une dernière fois la silhouette immobile. Au-delà de son apparence de véritable mannequin, il y avait un petit quelque chose qui faisait années soixante-dix chez elle et qui me la rendis tout de suite sympathique. Je souris tandis qu’elle ouvrait les yeux. La chose était vraiment difficile, il fallait à la fois beaucoup de concentration afin de continuer à la voir dans un ensemble détaillé, et à la fois beaucoup de laisser aller inconscient afin de ne pas la rendre trop prévisible. J’exagérais peut-être la chose malgré moi, je me crispais comme si cela aidait : mon cou rentré dans mes épaules une grimace sur mon visage comme si j’étais constipée. Réciproquement maintenant, elle m’observait elle aussi.&lt;br /&gt;L’inconvénient d’un ami qu’on s’imagine, c’est qu’il ne fait que ce que vous imaginez. Il va tourner les yeux vers la droite parce que vous imaginez qu’il tourne les yeux vers la droite, en fait, il va être une deuxième vous, incapable de faire quoi que ce soit qui soit absent de votre propre esprit. Cela n’allait pas être une partie de plaisir avant que Karine commence à devenir intéressante. J’allais devoir attendre un bon moment avant d’être capable de placer en elle tout l’inconscient qui sommeille en moi, seule partie susceptible de reprendre quelque peu mon esprit.&lt;br /&gt;Je pris une grande inspiration et m’adressais à elle :&lt;br /&gt;« - Bonjour Karine, je suis Romane. L’humanité a disparu de la surface de la Terre et je suis la dernière survivante.&lt;br /&gt;Je la vis froncer les sourcils et j’étais soulagée parce que cela venait naturellement et que c’était légèrement plus évidant que ce à quoi je m’attendais.&lt;br /&gt;- Je viens de te créer pour…&lt;br /&gt;Sa bouche s’ouvrit lentement et elle se mit soudain à hurler comme si elle ne s’en rendait pas compte :&lt;br /&gt;- ESPECE DE CRETINE ! COMMENT TU VEUX QUE JE COMPRENNE CE QUE TU ME RACONTES JE SUIS COMPLETEMENT SOURDE TU NE M’AS PAS FAIT D’OREILLES ! »&lt;br /&gt;Je n’étais pas installée sur une chaise, mais bien que déjà assise sur le sol je tombais à la renverse sous la surprise. J’ouvris les yeux, perdis le fil. Elle avait disparue et non loin de l’endroit où elle se tenait quelques instants plus tôt, le furet me regardait fixement. Cela me mettait d’autant plus mal à l’aise et me donna d’autant plus l’impression d’être jugée que le furet était passablement myope et ne devait même pas me voir… Je m’empressais de clore à nouveau mes paupières. Elle apparut instantanément devant moi. Elle se tenait là, les mains sur les hanches, une expression d’attente sur le visage. Elle haussa les sourcils et poussa un gros soupir d’exaspération.&lt;br /&gt;Mon imagination était vraiment balaise.&lt;br /&gt;Je déglutis péniblement et m’empressais de lui imaginer deux oreilles. J’y ajoutais un petit bijou discret pour me faire pardonner.&lt;br /&gt;« - Ouais… C’est quand même mieux… Bon tu disais ?&lt;br /&gt;- Euh… Bah salut… Je m’appelle Romane. L’humanité a disparue et je suis la dernière survivante de l’espèce…&lt;br /&gt;- Disparue ? Comment ça disparue ?&lt;br /&gt;Je fus prise de court et ne trouvait pas mieux à répondre que :&lt;br /&gt;- Bah… c'est-à-dire que je ne connais pas de synonyme pour disparaître alors…&lt;br /&gt;- Il n’y a plus personne ?&lt;br /&gt;- Bah y’a moi quoi…&lt;br /&gt;- Et le furet ?&lt;br /&gt;- Bah y’a moi, y’a Gitz, y’a aussi des chiens, des chats, des hamsters et des moustiques mais bon ça compte pas vraiment quand on parle de l’humanité…&lt;br /&gt;- Il n’y a plus un seul autre humain sur Terre ?&lt;br /&gt;- Non.&lt;br /&gt;- Tu es sûre ? Et les australiens ?&lt;br /&gt;- Les Australiens ?&lt;br /&gt;- Oui j’aime bien leur accent… Tu as vérifié qu’il n’y avait plus personne en Australie ?&lt;br /&gt;- Bah… Nan… Je suis une bille en anglais de toute manière alors l’accent australien…&lt;br /&gt;- Mais comment tu peux être sûre que tu es la dernière humaine ?&lt;br /&gt;- C’était prévu qu’on meurt tous alors qu’il y ait déjà une survivante est déjà énorme non ?&lt;br /&gt;- Mais tu as vérifié quand même un minimum, n’est ce pas ?&lt;br /&gt;- Bah ouais…&lt;br /&gt;- Où ça ?&lt;br /&gt;- Euh… Dans le centre ville ?&lt;br /&gt;- Mais t’es tordue ou quoi ! Faut que tu saches s’il y a eu d’autres survivants avant d’inventer des filles qui n’ont pas d’oreilles ! C’est tout à fait précipité ça ! Faut aller chercher un portable, l’avoir toujours sur soit et inscrire à la bombe sur les murs de la ville qu’on peut joindre quelqu’un de vivant à ce numéro ! Il faut que tu ailles sur internet et que tu rendes visible sur la toile que quelqu’un en France vit encore ! Tu aurais du essayer de trouver les gens qui ont fait la prédiction de la fin du monde, découvrir ce qu’ils en disaient, comprendre ce qu’il s’est passé. Et puis il faut que tu découvres pourquoi TOI tu n’es pas morte contrairement aux autres, tu es peut-être destinée à de grande chose ! »&lt;br /&gt;Pour calmer le jeu et le flot de paroles dont Karine m’inondait à mon plus grand étonnement, j’exécutais une technique ancestrale remise au goût du jour, afin de ne plus rien entendre. C'est-à-dire que j’ouvris les yeux, mis les mains dans mes oreilles et criais le thème des Schtroumpfs :&lt;br /&gt;« Lalalalalalaaaaa lalalalalaaaaaaa »&lt;br /&gt;Après deux ou trois répétitions je fermais discrètement un œil pour voir où en était Karine. Elle ne disait plus rien, les bras posés sur la poitrine, elle attendait visiblement que la conversation reprenne. Je fermais les yeux.&lt;br /&gt;« - N’empêche que je n’ai pas tort. Il faut que tu découvres vraiment s’il n’y a pas d’autre survivant et tu ne peux nier que tu as un destin exceptionnel…&lt;br /&gt;- Et si je trouve un survivant ça m’avancera à quoi ? Ce sera quoi mon destin hein ? Il faudra qu’on repeuple la planète ? Merci bien mais je n’ai pas envie de passer ma vie en cloque pour pondre une population d’abrutis consanguins ! Imaginons en plus que l’autre survivant soit un homme de cinquante ballets, gros et poilu et qui sente la carotte ! Non mais sérieusement ! Imaginons que je doive passer ma vie avec un type comme ça qui s’appellerait Prosper ! Je n’ai pas envie que n’importe qui me colle aux basques. Je le vois d’ici le coup des deux survivants qui doivent se tenir les coudes… Ah non, non non non ! Je ne m’accouple pas avec n’importe qui moi ! Enfin… ce n’est pas quelque chose qui se reproduira en tout cas !&lt;br /&gt;- Ca pourrait très bien être une fille…&lt;br /&gt;- Bah alors ça n’a aucun intérêt… On va faire quoi ? Parler sac à main et déodorant anti traces blanches ?&lt;br /&gt;- Sympa… Et moi qu’est ce que je fous là alors ? »&lt;br /&gt;Je me trouvais il est vrai un peu stupide… Je fis appel à ma mémoire pour retrouver les techniques qui m’avaient permis autrefois de me débarrasser de mon frère leur de nos grandes disputes. Je n’eu pas le temps de peaufiner ce qui remontait à mon cerveau et lançait sévèrement :&lt;br /&gt;« De toutes façons tu as été adoptée ! »&lt;br /&gt;Il y a des moments dans la vie où on peut se sentir seule, très seule. Ce fut l’un de ces moments.&lt;br /&gt;Karine souleva un sourcil mais ne releva pas. Cela permit au moins que je lance un nouveau sujet de discussion :&lt;br /&gt;« - Waouh la classe je n’ai jamais réussis à le faire ce truc ! Il y a toujours les deux qui se lèvent !&lt;br /&gt;- Alors j’ai vraiment été créée pour ça hein… Servir de passe-temps à une débile… »&lt;br /&gt;Je fus piquée au vif. Après tout c’était bien naturel ! Que je sois folle passe encore mais elle m’avait traitée de débile alors qu’elle existait tout simplement pour que je ne le devienne pas ! L’avantage c’est que je ne risquais vraiment pas de devenir lesbienne avec une fille pareille ! Les reflexes de lutte fraternelle reprirent en main le reste de la conversation :&lt;br /&gt;« Qui est la plus débile des deux ? La débile ou la créature qui est née du cerveau débile ? Ca fait des jours que je me démène pour mettre en place ma nouvelle vie. J’arrête pendant quelques instants pour créer un être imaginaire et comment il me remercie ? En critiquant ma façon d’avoir mené les choses ! Non mais tu as raison, si j’avais su je me serai pas emmerdé à te créer ! Le furet ne causait pas mais lui au moins il n’était pas une fille pourrie gâtée qui veut tout contrôler ! »&lt;br /&gt;Sous mes yeux Karine devînt toute rouge et déglutie péniblement après une grande expiration. Ses sourcils, que je trouvais très expressifs, se baissèrent spontanément et sa bouche se pinça. Elle se retourna violemment et s’en alla dans l’espace noir dans lequel je la faisais évoluer jusqu’ici faute de ne pouvoir me concentrer pour y mettre en papier peint ce que mes yeux voyaient lorsqu’ils étaient ouverts.&lt;br /&gt;Peut-être que j’y avais été un peu fort… Je l’appelais à plusieurs reprises, m’excusais en criant pour qu’elle m’entende mais elle ne réapparut pas. A force de rester là les yeux clos je finis par trouver le temps long et les rouvrit sur Gitz qui vint contre moi quémander une caresse. L’infortuné animal voulu se caler sous la main que je tendais dans cette perspective, mais il visa bien entendu à côté et tomba de mes genoux sur lesquels il venait pourtant de grimper. Je souris malgré moi, alors que le moral n’y était pourtant pas.&lt;br /&gt;« - Bon Gitz, on ne va pas se laisser abattre hein… C’est peut-être mieux après tout d’être seule… »&lt;br /&gt;Je n’en pensais pas un mot, j’étais en train au contraire de me maudire intérieurement de ne pas avoir tenu ma langue. Ma création imaginaire s’était révélée caractérielle et donneuse de leçon mais est ce que ce n’était pas ce dont j’avais besoin ? Je sentis les larmes me monter aux yeux, mais je faisais partie de ces personnes dont la dignité est primordiale et qui ne conçoit de pleurer devant un furet que si celui-ci avait uriné sur la bande dessinée dédicacée de son auteur préféré le jour de la mort de son père, au moment exact où elle se serait enfoncée une écharde sous l’ongle du petit doigt de la main gauche. Je me contentais donc de renifler bruyamment et de déclarer qu’il était l’heure de l’entrainement au tir. &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/9030524436375822685-5981556497571289470?l=howending.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://howending.blogspot.com/feeds/5981556497571289470/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=9030524436375822685&amp;postID=5981556497571289470&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9030524436375822685/posts/default/5981556497571289470'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9030524436375822685/posts/default/5981556497571289470'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://howending.blogspot.com/2007/10/partie-5.html' title='Chapitre 4'/><author><name>Valentine</name><uri>http://www.blogger.com/profile/13626335862887319163</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-9030524436375822685.post-6128390293398479717</id><published>2007-10-16T02:37:00.002+02:00</published><updated>2010-01-18T09:50:48.198+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 3</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Se réveiller sous un éclairage de néon devant la tête coupée d’un nain de jardin géant fut une expérience hautement traumatisante de mon existence.&lt;br /&gt;Je détestais les nains de jardin, comment pouvait-on faire confiance à ces petits bonhommes ? Ils sont toujours affublés d’un de ces champignons rouges à pois blancs que tout le monde sait être vénéneux, mais ça n’inquiète personne !&lt;br /&gt;Mon premier réflexe au réveil fut donc de frapper très fort cette tête de nain au faux sourire charmeur et ainsi de me faire très mal. Je poussais un long hurlement de douleur et me précipitais sur les restes d’un barbecue pour frapper le visage malicieux avec et le réduire en poussière.&lt;br /&gt;J’étais à présent parfaitement réveillée. Physiquement. Dans ma tête c’est comme si je me réveillais d’un mauvais rêve et j’étais encore dans le flou qui m’empêchait de réfléchir consciemment à ma situation…&lt;br /&gt;Je fis le tour des rayons pour trouver de quoi faire mon petit déjeuner : des céréales, du lait et du saumon fumé. J’hésitais trente petites secondes à prendre des vêtements car les miens sentaient le rance, mais j’avais peur de ne pas réussir à enlever l’antivol et de faire sonner les panneaux aux sorties des caisses. En plus je savais que je trouverai des fringues bien plus sympas dans des vraies boutiques. Je sortis du supermarché, mon sac à la main, avec la sensation de faire quelque chose d’interdit. Je résistais à la tentation de déposer mes vingt centimes dans la caisse, chose qui aurait pourtant quelque peu apaisé ma conscience…&lt;br /&gt;Au dehors une musique gaie et pleine d’entrain m’accueillit, je me concentrais intensément sur elle car elle masquait à peine le silence de plomb qui régnait derrière. Quelle étrange sensation, ne plus rien entendre, juste un bourdonnement dans ses oreilles. A cet instant précis le silence était presque douloureux. Ces dernières semaines mes oreilles s’étaient habituées à un haut niveau de décibels, le changement paraissait brutal. Je ne l’avais jamais connu un silence pareil, il semblait broyer ma poitrine.&lt;br /&gt;J’appréciais la présence des enceintes qui empêchaient un silence total et m’aidaient à me sentir un peu moins seule au monde. Ma tête commença à hocher de manière ridicule en rythme et même parfois à partir à droite ou à gauche. J’avais l’air d’une parfaite crétine mais puisque personne ne pouvait me voir…&lt;br /&gt;Avec un pas de danse étrange digne des plus grandes comédies musicales de l’histoire, j’atteignais la première porte d’immeuble qui se présentait à moi. Je voulais éviter l’appartement du rez-de-chaussée, je me doutais que ces derniers temps ils avaient du voir du monde défiler et que leur état ne devait pas être très flatteur pour les anciens propriétaires. Le premier étage ferait donc l’affaire.&lt;br /&gt;Je snobais l’ascenseur bien que la perspective de ne pas monter les marches m’attirait. Ce ne serait plus jamais le moment de rester coincé dans une de ces petites cabines exiguë, car si la chose arrivait je craignais d’y pousser mon dernier soupir à attendre de l’aide…&lt;br /&gt;Le fait d’avoir connu la date de la fin du monde à l’avance avait certains avantages, un m’apparaissait maintenant clairement : aucun habitants de la ville n’avait fermé son appartement à clef, quand on n’a plus rien à perdre on n’a plus peur des voleurs.&lt;br /&gt;Un petit salon m’attendait, il y avait de nombreux verres vides sur la table basse et quelques cendriers renversés qui collaient très bien avec l’odeur de transpiration-cigarette-déchets-organiques. Ca n’était pas si différent de ce que j’avais connu dernièrement et ça ferait l’affaire.&lt;br /&gt;Je posais mes courses au milieu de la pièce et entreprit l’exploration des placards. J’y dénichais un bol, une cuillère et un DVD de dessin animé que je voulais justement revoir depuis un moment. Je collais un coussin sur le sol et m’affalais dessus en ayant au préalable lancé la lecture du film sur la télévision. La chose du se faire manuellement car la télécommande avait disparue…&lt;br /&gt;Je manquais de peu de m’étouffer avec une céréale vindicative mais passais dans l’ensemble un moment agréable à contempler l’écran. Je finissais le film en me roulant des tranches de saumon fumé entre les doigts que j’essuyais ensuite gracieusement sur mon pantalon. Je fus fière de constater que la scène avec la sorcière pouvait être regardée sans que je me cache sous ma couette, comme c’était le cas lorsque j’étais enfant. Elle me parut même sympathique à côté de l’apparition bien trop fréquente d’une princesse qui passait sa vie à faire le ménage et qui n’avait reçu comme seul et unique don, que la capacité d’ameuter tous les animaux de la forêt à chaque fois qu’elle chantait… Mon tribunal intérieur eu aussi tôt fait de déclarer les sept nains coupables de quelques crimes odieux car il fallait forcément qu’ils soient des fugitifs pour continuer à ramasser autant de pierres précieuses à longueur de journée et pourtant continuer à vivre dans une maison ridicule au milieu de nulle part. Blanche neige n’était qu’une femme vénale finalement… Une fable moderne comme on les aime…&lt;br /&gt;La nuit sembla tomber rapidement et je décidais de reporter au lendemain les choses à faire plutôt que d’aller me balader dans le froid et l’obscurité. Je m’étais levée il y a peu mais les nuits blanches avaient été assez fréquentes pour que je puisse me rendormir sans trop de difficulté. Le lendemain j’étais décidée à me lever tôt mais en attendant je comptais bien m’abrutir de dessins animés. Cette mission auto-fixée fut accomplie sans le moindre incident fâcheux et mes paupières choisirent de se clore de manière prolongée devant les aventures mouvementées d’un peu plus d’une centaine de chiens, moment approprié car j’avais du mal à les distinguer tous personnellement.&lt;br /&gt;La sonnerie de mon portable retentie peu avant neuf heures. A peine un œil ouvert et la situation comprise, je me jetais sur l’appareil et décrochais en poussant des « allo » désespérés. C’est parce que la musique continuait à se faire entendre dans mon oreille avec la ferme intention de me rendre sourde que je me rendis compte qu’il ne s’agissait que de mon réveil que j’avais oublié d’enlever la veille. Je le coupais, à peine agacée, et me recouchais. Ce n’était pas le tout mais je comptais me lever tôt moi et j’allais avoir besoin de toutes mes heures de sommeil.&lt;br /&gt;Je rouvris un œil vers midi et demi, une demi-heure plus tôt que l’heure que j’avais initialement prévue. J’avais la bouche pâteuse et ma joue couverte de bave était assortie à la moitié gauche de mon oreiller. Ma mâchoire s’écarta dans un bâillement gigantesque. Dans un premier temps je fus surprise par ma propre haleine puis je me rappelais avoir mangé du saumon fumé quelques heures auparavant.&lt;br /&gt;Je pris la décision de me traîner hors du lit jusqu’à la douche. Le jet d’eau chaude qui me coulait sur la tête et quelque peu dans les yeux acheva de me réveiller. Je pris conscience d’être encore habillée et me dénudais à la hâte avant de balancer mes affaires par-dessus la cloison de plexiglas.&lt;br /&gt;J’attendis que l’eau à mes pieds passe du noir grisâtre épais au transparent coulant puis sortis dans une agréable odeur d’amande douce. Je ne pouvais pas remettre mes anciennes affaires, qui ne pouvaient désormais satisfaire que l’appétit d’une poubelle pas trop à cheval sur ce qu’elle contenait. Le chauffage poussé à son maximum aidant je me promenais nue dans l’appartement, cherchant quelque chose à me mettre en attendant de trouver mieux. Dans un placard sentant à plein nez le produit antimites je dénichais une tonne de pantalons de jogging taille quarante quatre et décidais qu’il était temps de changer d’appartement. A l’étage supérieur je n’eu pas tellement plus de chance sur le contenu des armoires mais au moins c’était ma taille…&lt;br /&gt;Je redescendis pour prendre à nouveau un super petit déjeuner, laissant à la poubelle la moitié de mes céréales qui avaient trop ramollies. Ce geste me fit prendre conscience qu’il n’y avait plus d’éboueurs pour ramasser les poubelles et je me promis de ne plus y jeter n’importe quoi. Le reste du saumon fumé y passa quand même, de toute façon je ne comptais pas rester dans cet appartement-ci alors je me moquais bien des odeurs de décomposition qui allaient aromatiser l’atmosphère ! Les arômes de ma propre bouche m’inquiétais d’avantage pour le moment et je me remplis la bouche de dentifrice pour être sur de faire passer l’odeur sans me servir de la brosse à dent des précédents propriétaires, chose qui me répugnait sensiblement.&lt;br /&gt;Je n’étais pas sûre de ce que j’étais sensée faire pour la suite. Fallait-il que je recherche qu’autres survivants comme moi ? La veille ma course dans les rue de la ville avait était parfaitement infructueuse et ce résultat m’avait pas mal déprimée. Je savais aussi que c’était lorsqu’on ne cherchait pas quelque chose qu’on avait le plus de chance de tomber dessus. Je ne voulais pas chercher d’autres gens, je préférais me dire une bonne fois pour toute que j’étais seule, je me persuadais que c’est ainsi que je serai le moins déçue.&lt;br /&gt;Il fallait que je fasse autre chose et le plus urgent pour le moment était de trouver des vêtements corrects. Du shopping ! Je devais aller faire du shopping !&lt;br /&gt;Dehors j’inspirais une grande goulée d’air frais et me mis en route pour le centre ville. Voir les rues désertes était quelque chose auquel j’allais devoir m’habituer, je trouvais ça plutôt intimidant. Toutes ces façades silencieuses semblaient animées d’intensions malveillantes à mon égard. Il faudrait que, dans les jours suivants, je fasse quelque chose pour rendre les bâtiments moins sinistres, j’avais à ce propos une petite idée qui me courrait derrière la tête mais il n’était pas encore temps de la mettre à exécution.&lt;br /&gt;Les rues commerçantes ouvraient toutes leurs boutiques à ma seule consommation. Bien entendu la plus part avaient été saccagées et pillées mais il restait bien assez de produits sur les présentoirs pour me faire plaisir. J’avançais automatiquement vers ces boutiques où j’avais toujours repéré des vêtements superbes mais hors de prix. Cette fois il n’y aurait plus rien pour m’empêcher de porter ce que je désirais.&lt;br /&gt;La semaine avant la soit disant fin du monde les pillages avaient commencé et il était déjà possible alors de porter ce que l’on désirait mais les magasins étaient encore plus noir de monde qu’un premier jour de soldes et les gens s’en lassèrent très vite. Seul le centre commercial demeura un centre de pillage à temps complet.&lt;br /&gt;Jusqu’ici je n’avais pas été très féminine dans ma façon de faire des achats vestimentaires. Alors que les autres filles s’organisaient en bande pour passer des après-midi shopping à essayer des centaines d’habits qu’elles n’achetaient même pas forcément. Je détestais simplement passer la porte d’une boutique affichant pantalons, tee-shirt, chemise et autres, en vitrine. Quelle horreur que ces endroits à la climatisation toujours trop poussée et remplis d’une foule de grognasses en minishort toujours bien mieux foutu que vous ! Vous vous y sentiez toujours épiée par les vendeuses et en réalité c’était bien simple, dès que j’y mettais les pieds je n’avais qu’une envie, c’était d’en sortir. Jamais personne n’avait été plus rapide que moi pour essayer des affaires. Pour me convaincre d’y faire ma tournée annuelle, la seule manière était de me rende compte qu’en faisant tourner une machine par semaine je n’avais plus assez de fringues sympa pour porter quelque chose propre du lundi au dimanche…&lt;br /&gt;La première boutique que je visitais fut en toute logique un magasin de lingerie. Je pris autant de plaisir à essayer un nombre incalculable d’ensembles en paradant sans pudeur devant la glace, qu’à jouer le rôle de ma propre vendeuse et farfouiller dans les tréfonds des réserves. Le fait d’être seule me donnait en plus l’audace de porter des choses bien plus osées que d’ordinaire. Adieu culottes en coton, bonjour dentelles affriolantes ! Le style sexy que j’avais jusqu’ici tenu à l’écart de ma personne, plus par peur que par manque d’intérêt, me sautait au visage et ma foi, c’était jouissif de voir que moi aussi je pouvais me permettre de porter des trucs pareils ! Je dénichais cinq ensembles qui auraient du me coûter la peau des fesses et me décidais sur l’heure à en porter un particulièrement magnifique dans les tons bruns soulignés de motifs en dentelles blanches pas dégueulasses du tout ! Je fus à deux doigts de siffler pour approuver mon reflet dans la glace.&lt;br /&gt;Je n’avais jamais fait d’effort pour m’habiller, par peur du regard des autres, peur que tel style ne me convienne pas, ne soit pas sympa sur moi. J’avais surement raison, je n’étais pas un top modèle. Physiquement si je me regardais objectivement je n’étais pas belle, je n’étais pas laide non plus. Je n’étais ni grande, ni petite, ni grosse, ni maigre. J’étais parfaitement dans la moyenne et au final j’adoptais ce style vestimentaire : du passe partout qui peut aller à n’importe qui. J’avais été drôlement fade au final.&lt;br /&gt;Je renfilais tee-shirt et jogging pour continuer ma tournée des établissements. A l’abri de tout regard j’eu presque envie d’enfiler, juste pour essayer, la presque totalité du stock de chaque magasin. Ce ne fut que de cette manière en réalité que je me rendis compte du style vestimentaire qui m’allait le mieux et que je préférais. Il était bien loin de celui que j’avais l’habitude de porter. Je me sentais en plus l’obligation, car d’une certaine manière je vivais une aventure fantastique digne des meilleurs films hollywoodiens, de me fringuer telle une héroïne. Il va de soit que cela m’aida à mettre en valeur mon postérieur et ma poitrine…&lt;br /&gt;A la fin de la journée, c’est une Romane plutôt sympa, sans me lancer trop de fleurs, qui se retrouvait au milieu de la rue les mains chargées de paquets. J’avais habillé mes pieds avec, à défaut des chaussures à talon avec lesquelles je n’arrivais pas à me déplacer, des chaussures presque plates en cuir vieillies et à bout pointu. C’était étrange mais définitivement ce que j’avais trouvé de plus classe ! Mes jambes étaient moulées dans un jeans taille basse tendance faussement usé, façon « destroy », j’avais pensé que ce serait de bon ton avec l’ambiance des lieux. Je portais en guise de haut un tee shirt blanc plutôt moulant et assez long, sur laquelle étaient cousus des entrelacements de fils plus foncés rappelant les ramures d’un arbre. Au dessus de cette splendide chemise j’avais ajouté une veste cintrée marron en cuir elle aussi et à la coupe particulièrement originale. Bracelet fin, ceinturon de cuir, boucles d’oreille discrètes et pendentif en pierre de jade complétaient à merveille cette admirable tenue.&lt;br /&gt;Je me sentais une autre jeune femme et lorsque je me regardais dans un miroir je ne pouvais que regretter de ne pas avoir osé plus tôt me vêtir de la sorte. J’étais vraiment passé à côté de la manière la plus simple de m’envoyer en l’air bien plus souvent !&lt;br /&gt;Je manquais de peu d’enchaîner avec les instituts de beauté pour m’initier aux secrets d’un maquillage parfait, mais la nuit commençait à tomber et ça aurait été comme s’enfermait volontairement dans le noir dans la cave d’un immeuble. Totalement seule, les ombres et l’obscurité m’aurait rendue complètement paranoïaque.&lt;br /&gt;J’ouvris la porte d’un autre appartement pour m’y installer pour la nuit. Le confort du canapé dans cette partie de la ville était nettement plus appréciable, mais l’odeur de joint imprégnait bien plus nettement le tissu…&lt;br /&gt;Je fermais les yeux devant un mauvais film de samouraï mal doublé et passait une nuit étrange ou Morphée me matraqua de songes plus fous les uns que les autres.&lt;br /&gt;J’ouvris les yeux dès les premiers rayons du soleil, ayant négligé la fermeture des rideaux un peu plus tôt. J’ignorais l’heure car j’avais retiré ma montre avec mes premières affaires et mon portable s’était enfin éteint par manque de batterie. J’en fus très étonnée, j’avais pensé qu’il m’accompagnerait, toujours fonctionnel, considérant que le passage dans le lave-linge hier n’avait pas semblé lui poser de problèmes…&lt;br /&gt;Je me levais de mauvaise grâce, rien ne m’y forçais bien entendu mais justement, le fait que je fasse une grasse matinée une fois de plus n’embêtait personne, ce n’était même plus drôle…&lt;br /&gt;J’aurai aimé piller le frigo mais il était déjà vide, il ne restait que des pâtes dans les étagères de la cuisine, même pas assez pour m’en faire une plâtrée de la même sorte. Je jetais spaghettis et torsades dans la même casserole d’eau bouillante et fut contrainte à avaler un mélange où les unes était trop cuites et les autres pas assez.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les jours suivants je déambulais à travers la ville comme un fantôme. J’entrais dans les immeubles au hasard, m’y posais pour la journée, la soirée, une heure, j’en ressortais immédiatement, j’y passais quatre jours… Tout dépendait de ce que j’y trouvais. La nourriture était un critère primordial, je me jetais dans un premier temps sur tout ce qui était extrêmement périssable, la viande surtout, les légumes aussi. Je ne savais pas quand j’aurai l’occasion d’en manger à nouveau, souvent quand je trouvais un steak dans un frigidaire, il y avait déjà des traces de dents dedans, je ne m’expliquais pas ce phénomène.&lt;br /&gt;Parfois tout cela avait du bon, j’emménageais toute une semaine dans une maison de la taille d’un palais, pensant que j’allais y rester le reste de ma vie, dormant dans des pyjamas en soie trouvés encore dans leur emballage dans les armoires, allumant un feu dans une cheminée louis XIII, portant les boucles d’oreille en diamant de la maitresse de maison. Au bout d’une semaine pourtant la maison me sembla trop grande pour moi seule, je m’y sentis encore plus mal à l’aise qu’ailleurs, surtout lorsque je me rendis compte qu’il était temps d’y passer l’aspirateur et que le faire sur une telle surface n’étais pas envisageable.&lt;br /&gt;Je vécu dans un cinéma, me nourrissant de pop corn, en regardant des films sur l’écran géant toute la journée jusqu’à ce que j’en devienne presque aveugle, ce qui me décida à changer de lieux pour un bowling dont je me lassais encore plus rapidement.&lt;br /&gt;Dans mes pérégrinations je me musclais particulièrement les épaules et le dos en portant un grand sac de camping où je jetais tout mon nécessaire de survie, de la nourriture, des habits, des piles, des jeux, un canard vibrant, une lampe torche, un kit de premier secours, des tas de choses que je trouvais dans les appartements que je visitais et dans lesquels je me servais sans gêne, et bientôt s’y ajouta aussi une arme.&lt;br /&gt;Un après midi alors que je poussais la porte d’un appartement je tombais nez à nez avec un stock de cocaïne impressionnant. Posé négligemment par paquet d’un kilo au milieu de la table basse du salon, comme s’il avait s’agit d’un paquet de courrier, la découverte me mis en joie. Je n’eu pas envie de l’utiliser, mais je me doutais qu’un jour de déprime cette drogue pouvait m’être utile, j’en pris un paquet dans mon sac et continuait mes fouilles. Tous les placards sans exception contenait une arme à feu et après quelques hésitations et m’être assurée avoir bien enclenché le cran de sureté, j’en passais une dans son étui à ma ceinture et m’emparais d’autant de cartouche que je pouvais en trouver.&lt;br /&gt;On ne peut pas dire qu’il n’y avait rien sur quoi je puisse tirer, rien qui puisse être une menace pour ma survie. Dehors les hommes n’étaient plus, mais leurs animaux en revanche avaient pris possession des rues.&lt;br /&gt;La plus part étaient amicaux, dans les premiers temps certains avaient essayé de me suivre, palliant l’absence de leur maitre, se sentant surement abandonné. Je songeais à en adopter, à les dresser pour m’aider à trouver de la nourriture, jusqu’au jour où j’en vis se battre à mort pour le privilège de ma compagnie. A partir de ce jour là je m’éloignais des bêtes, me rendant compte qu’elles pouvaient aussi être dangereuses et qu’elles étaient sur la voie de redevenir sauvages. Avec l’arme je n’hésitais pas à leur faire peur en tirant un coup en l’air pour les éloigner de moi lorsqu’ils me collaient trop.&lt;br /&gt;Quinze appartements après celui baptisé « des dealers » et pointé sur la carte dont je m’étais munie comme « Réserve de rêve », je tombais dans un étrange domicile d’où parvenait un bruit tonitruant de cavalcade. Il s’agissait en réalité d’un film de cow-boys qui passait en boucle sur un écran blanc à l’aide d’un projecteur. J’éteignis la machine qui aurait finit à coup sûr par provoquer un incendie. L’étrangeté du lieu ne se trouvait pas dans les mauvais goûts cinématographiques de celui qui avait passé la fin de sa vie ici, mais dans le nombre incalculable de télécommandes de magnétoscope que son esprit dérangé avait amassées et empilées dans tous les recoins !&lt;br /&gt;En dessous de cette couche de matériel électronique je devinais un endroit qui aurait pu être parfaitement agréable et me convenir mais il aurait fallu passer outre le passé de réserve à zapettes du secteur et cela me semblait totalement en dehors de mes capacités… Par contre je tombais sur du beurre de cacahuète importé d’Angleterre dans un placard et l’ajoutais à mon précieux et déjà important chargement de mon sac.&lt;br /&gt;Depuis le premier foyer examiné, j’avais une tendance kleptomane qui voyait le jour. Il est bien connu que les gens ont toujours un truc génial que vous ne possédez pas et que vous convoitez par la suite dans une version « encore plus mieux » que celle du voisin. Je n’avais plus de voisin et me suffisais donc du vol de la dite babiole. Ainsi en plus de l’arme, des munitions et du beurre de cacahuète je m’étais alourdie du poids de deux parfums, d’un vinyle que je ne pouvais même pas lire, d’une petite sculpture d’homme dénudé, d’un nouveau téléphone portable, d’un fer à friser et d’un jeu chinois avec des pions louches dont je n’avais pas encore comprit la règle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est au cours de ma vie de nomade que je tombais sur un charmant jardin. Charmant est un terme très exagéré en réalité pour nommer cette demie-décharge couverte de bouteilles vides et cassées, de seringues, de chips molles ou écrasées, de mousse à raser, de vêtements en tout genre, de sacs en plastique, de mobilier brisé et d’un furet complètement paniqué qui courrait au milieu de tout ce cirque… Mais l’endroit me plut instantanément.&lt;br /&gt;Le pauvre animal était resté prisonnier du lieu qui était totalement clos une fois la porte qui donnait sur le hall d’entrée de l’immeuble fermée. Lorsqu’il m’aperçut, il fonça sur moi. J’étais persuadée que tenant toujours le battant de la main il allait se faufiler entre mes jambes dans une sortie plutôt héroïque pour une race de truc à poil, mais il n’en fut rien. Il fonça droit sur moi et ne s’arrêta pas. Peut-être qu’il loupa l’écart entre mes pieds, toujours est-il qu’il fonça net sur ma chaussure. De rage je m’apprêtais à lui coller un coup de pied dont il ne se serait sûrement pas relevé, mais il s’avéra que la bestiole s’était déjà assommée toute seule. Je fronçais les sourcils, perplexe devant tant de maladresse. Pensant qu’une telle bêtise méritait un peu d’attention je sentis poindre un peu de tendresse pour la petite créature. Je la tâtais du bout de ma chaussure pour m’assurer qu’elle ne bougeait plus mais celle-ci resta inerte.&lt;br /&gt;Je me sentis responsable et pris le furet dans mes mains tandis que je montais les étages supérieurs pour me trouver un coin où me poser pour la nuit.&lt;br /&gt;L’escalier qui y menait ne tenait pas tout à fait droit, c’était comme s’il m’entraînait à chaque marche pour que je fonce dans le mur. La tapisserie qui recouvrait les murs était d’un goût douteux, un mélange de carrés orange et de ronds roses qui provoquaient un début de migraine dès qu’on les fixait trop longtemps.&lt;br /&gt;Au premier étage, l’appartement était vraiment immonde, mais mes goûts en matière d’hygiène avaient quelque peu changé ces derniers temps, si je ne parvins pas à me décider à m’allonger dans le li ou le canapé du salon, je ne pris pas la peine non plus de monter un autre étage pour trouver mieux et finir par m’endormir dans la baignoire, le furet encore assommé posé sur mon ventre.&lt;br /&gt;Je me réveillais avec un bip caractéristique de réveil dans les oreilles, puis je sentis une sensation désagréable de mouillé. Pendant une seconde je pensais m’être urinée dessus sans comprendre comment cela pouvait être possible, mais les yeux bien ouvert je vis que je reposais dans une bonne quarantaine de centimètres d’eau qui s’écoulait lentement en un mince filet du robinet d’eau chaude et que je bouchais l’évacuation avec le talon de mon pied. Le moment d’étonnement passé, c’est en sentant un poids inhabituel sur ma tête que je me souvins du furet et compris qu’il était responsable de la situation. En attendant il se tenait en équilibre dans mes cheveux en poussant des petits cris paniqués pour une raison que j’ignorais, peut être par peur de l’eau ou peut être de celle de la hauteur…&lt;br /&gt;J’eu toute les peines du monde à le séparer de ma chevelure dans laquelle il s’était largement emmêlé, une fois posé au sol il couru directement dans le pied d’une étagère et s’assomma à nouveau.&lt;br /&gt;C’est lorsque je m’entendis rire, là, allongée toute habillée dans l’eau de la baignoire, que je su que j’allais adopter la petite créature malgré ma décision de ne pas être un substitut de la SPA. Qu’elle n’allait me servir à rien d’utile, qu’il n’était pas question de réussir à lui apprendre quoi que ce soit, mais je l’allais quand même m’y attacher.&lt;br /&gt;Ainsi Gitz, du nom d’un paquet de gâteaux hollandais qu’il affectionnait particulièrement, me suivait comme un toutou fidèle dans toutes mes excursions. Il restait avec moi, blotti et à moitié somnolent dans un sac que je portais en bandouillère. Si au départ il avait tenté d’en sortir il s’était bien vite rendu compte qu’un grand nombre de chiens occupaient les rues et qu’il valait mieux rester caché. Un aboiement suffit pour qu’il ne sorte plus la tête du sac en dehors de la protection des murs des bâtisses.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mon sac à dos devenait de plus en plus lourd, si bien qu’à la fin de la journée, le simple fait d’avoir marché un peu avec me mettait dans un état de fatigue incroyable. Je pensais évidemment à un autre moyen de locomotion.&lt;br /&gt;La voiture était exclue, non seulement je ne savais pas conduire et même si je ne doutais pas de pouvoir apprendre sur le tas, surtout que je pouvais envoyer pas mal d’automobiles dans un poteau sans me sentir coupable, leur grand nombre, abandonnées et offertes au milieu de la ville me faisant cadeau d’un grand choix, il fallait bien se rendre compte que les rue étaient impraticables.&lt;br /&gt;Il y avait des déchets partout, les gens avaient balancé plein de choses depuis leurs fenêtres, des voitures barraient les passages cloutées, il n’y avait jamais la largeur suffisante pour faire passer une voiture et faire plus de dix mètres.&lt;br /&gt;Il fallait donc que je trouve un deux roues, et même si la moto était tout indiquée pour l’héroïne que je voulais être, le scooter s’avéra plus facile à conduire. Après avoir trouvé un engin laissé à l’abandon avec ses clefs sur le compteur, je bricolais à l’aide d’un caddie de grande surface, une petite remorque attachée à l’arrière. J’y mis plusieurs barils d’essence et mon sac et je pus enfin parcourir la ville un peu plus rapidement.&lt;br /&gt;Le caddie avait un avantage certain, il fait déjà énormément de bruit lorsqu’il est poussé dans les allées carrelées d’un hypermarché, lancé à quarante kilomètres heure il fait un ramdam de tous les diables et il terrifiait les chiens qui décampaient lorsque j’arrivais. Cela me laissait le temps de prendre mon sac et de m’engouffrer dans l’entrée d’un immeuble sans rencontrer le moindre problème.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Puis un soir, alors que je serrais dans mes bras une peluche qui avait appartenu à quelqu’un d’autre et que je tentais de m’endormir sans réussir à trouver le sommeil, je me sentis soudainement vraiment seule.&lt;br /&gt;Alors violement remplie d’un énorme vide, je posais mes fesses sur le lit. Ces derniers temps j’avais toujours eu quelque chose à faire, rien de bien transcendant, souvent des futilités mais cette fois aucune occupation ne me vint à l’esprit pour le lendemain. Il y avait bien entendu de très nombreuses choses à faire, je pouvais aller jouer un peu au billard ou au bowling, chercher pour voir s’il y avait une connexion internet dans l’immeuble, aller chercher des livres, des dvd, une console de jeux, rendre les rues moins tristes, continuer à fouiller les maisons pour trouver les secrets sordides des gens qui y vivaient… Mais j’avais fait le tour de beaucoup de chose déjà et une question me frappa de plein fouet : Et après ?&lt;br /&gt;Assise dans mon lit, en pleine insomnie avec un rab de temps à tuer plutôt qu’à dormir, j’ignorais un peu quoi faire. Je ne pus m’en empêcher et me mis à réfléchir. Penser s’avéra vraiment désagréable. &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/9030524436375822685-6128390293398479717?l=howending.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://howending.blogspot.com/feeds/6128390293398479717/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=9030524436375822685&amp;postID=6128390293398479717&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9030524436375822685/posts/default/6128390293398479717'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9030524436375822685/posts/default/6128390293398479717'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://howending.blogspot.com/2007/10/partie-4.html' title='Chapitre 3'/><author><name>Valentine</name><uri>http://www.blogger.com/profile/13626335862887319163</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-9030524436375822685.post-1011217587179669477</id><published>2007-10-16T02:33:00.002+02:00</published><updated>2010-01-18T09:49:46.798+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 2</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;C’est un accès de toux roque qui me réveilla. Je mis quelques secondes avant de comprendre qu’il venait de ma propre poitrine. J’avais une envie monstrueuse de restituer le contenu de mon estomac et l’impression sournoise qu’un imbécile de farfadet avait élu domicile dans ma tête avec la ferme intention de refaire à sa sauce les plans du bâtiment. Ainsi il en était à l’étape où il abattait les murs à grands coups massue. Je me fis la réflexion que la fin du monde avait une fâcheuse tendance à impliquer des massues et dans cette utilisation précise cela me dérangeait au plus haut point.&lt;br /&gt;J’étais toujours dans le tambour de la machine, toute recroquevillée comme j’avais réussi à y entrer. Le fait donc que mon genou gauche me chatouillait l’oreille n’était pas pour freiner l’humeur maussade que je sentais poindre en moi.&lt;br /&gt;Je me rendis compte que je tanguais. J’ignorais toutefois s’il s’agissait d’une trop forte gueule de bois, ou si c’était le tambour qui tournait encore légèrement sur son axe…&lt;br /&gt;D’autres questions venaient sans attendre leur tour. Est-ce que j’étais morte ? Pourquoi avais-je tous les membres si engourdis ? Pourquoi avais-je tellement envie de crème au chocolat… ou à la vanille…&lt;br /&gt;Je me doutais que ma tentative d’électrocution n’avait pas fonctionné jusqu’au décès mais suffisamment pour m’assommer. C’était tout aussi bien. Je me promis de ne plus jamais retenter l’électrocution si jamais j’en avais encore le temps. C’était tout sauf amusant, il n’y avait eu que la préparation qui avait été à peu près plaisante… Je me convaincs que la meilleure chose à faire à ce moment précis était encore de sortir de la machine, surtout que plus les secondes défilaient plus un sentiment de malaise s’infiltrait en moi sans que je puisse en déterminer l’origine.&lt;br /&gt;En faufilant ma main pour atteindre le trou, je buttais sur le sèche-cheveux, lamentablement coincé entre ma cuisse et la vitre. Je l’attrapais pour observer que le bouton était encore en position marche. Puisque je n’étais pas noyée, donc que la machine n’avait pas été jusqu’à l’étape essorage, j’en déduisis que j’avais simplement fait sauté le courant. Je passais enfin ma main dans l’ouverture et ouvris la porte de ma prison.&lt;br /&gt;Quelque chose n’allait vraiment pas. J’aurais aimé pouvoir comprendre de quoi il était question mais il était encore trop tôt pour que toutes mes pensées arrivent à se faire un chemin de synapses tenant la route et créer une idée cohérente. En contre partie cependant je me rendis compte que je ne portais même pas mon tee-shirt des stones, j’avais pitoyablement oublié de l’enfiler avant d’entrer dans le lave-linge tout à l’heure.&lt;br /&gt;Je sortis enfin du tambour. Une sortie peu glorieuse car je m’étalais de tout mon long par terre, la joue écrasée sur le carrelage sale, les yeux fixés sur la pièce d’un euro que je découvrais au milieu de la poussière sous la machine. Je me redressais comme je le pouvais, m’étonnant que mon épaule ne soit pas restée au sol. Je faisais face au mur du fond et regardais sans véritablement le voir le panneau de tarifs. Il y avait vraiment quelque chose qui clochait. Il fallait que je me concentre, que je comprenne quoi, car l’angoisse me remontait le long de l’échine comme si on m’avait passé un glaçon dans le dos.&lt;br /&gt;Alors ce fut brutalement évident et cela me fit un tel choc que je tombais à la renverse et pestais intérieurement pour la douleur qui naissait dans mon postérieur.&lt;br /&gt;Il n’y avait plus un bruit.&lt;br /&gt;Aucune musique affreusement fausse, pas de klaxon pressé dans un rythme improbable, pas de cris hystériques, pas de pleurs, pas de couinements, pas de râles, pas de discussions calmes, pas de sifflements, pas d’insultes, pas d’hurlements désespérés, pas de sanglots étouffés, pas d’appels au secours, pas de grincements de métal des voitures sur lesquelles on saute, pas de battements de semelles sur l’asphalte, pas de coups de feu, pas d’explosions de matériel hifi balancé depuis les fenêtres, pas de crépitements d’incendie, pas de vomissements incontrôlés, pas le moindre souffle excepté le mien qui s’accélérait sensiblement.&lt;br /&gt;Mon buste s’élança dans la volonté de faire un demi tour sur lui-même et manquant de peu de détacher ma colonne vertébrale contre laquelle remontait une fois de plus un frisson de terreur intense. Il n’y avait plus personne dans la rue.&lt;br /&gt;Mais où étaient passés tous ces abrutis ? Je repris appui sur mes jambes et me relevais. Ce qui me parut tout d’abord évident c’est qu’il devait se passer quelque chose d’extraordinaire quelque part, un événement qui réunissait tout le monde et que j’étais en train de manquer.&lt;br /&gt;Je sortis sur le trottoir et hurlais pour savoir s’il y avait quelqu’un. Seul un aboiement de chien me répondit depuis une direction assez floue. Je marchais jusqu’au bout de la rue, jusqu’au carrefour. Personne. Il y avait un peu plus de bruit pourtant : une de ces enceintes géantes hurlait de la musique, mais je pouvais me rendre compte d’ici que la foule habituelle qui dansait toujours devant n’y était pas. Le titre suivant, programmé pour enchaîner sans coupure sonore commença. C’était le générique de Candy et ça plus que tout autre chose fut le déclencheur d’une panique sans nom.&lt;br /&gt;J’essayais de raisonner un minimum pour déterminer une direction où chercher les gens. Il n’y avait en réalité pas tant d’endroits qui pouvaient accueillir une telle foule et le plus astucieux à cette heure se trouvait être le centre commercial. Je m’y rendis d’un pas pressé mais le manque de bruit une fois de plus fut la seule chose qui répondit à mon approche.&lt;br /&gt;Il n’y avait effectivement personne ni devant ni à l’intérieur de l’immense structure. Plus bizarre encore il y avait des cartons éparpillés partout sur le sol, comme si les gens avaient laissé tomber tout ce qu’ils faisaient avant de partir. Cela paraissait insensé, pour ces gens avoir quelque chose dans les mains et le garder le plus longtemps possible était revenu à tenir un totem religieux. C’était leur dernière barrière contre le monde, leur protection, la dernière croyance athée. « Je ne crois en rien mais je crois en cette machine à expresso que je tiens dans les mains. »&lt;br /&gt;Je ne savais pas vers quoi ils avaient déguerpi mais ça devait être quelque chose d’extrêmement rassurant pour se détacher de tout cela.&lt;br /&gt;Quelque soit cette chose elle n’était pas ici. Il n’y avait plus qu’une seule solution : le stade de foot ! C’était tout à fait cohérant, quand tout le monde se met sur la gueule le meilleur moyen de réconcilier les gens étaient encore de les regrouper autour d’une pelouse impeccablement tondue pour suivre le fabuleux destin d’un ballon spécialement cousu par un petit malaisien. Le dit ballon était confié à une poignée d’homme qui, contrôlé par leur pulsion masculine, ne pouvaient s’empêcher de frapper dedans. Toute cette testostérone en ébullition par un mystérieux procédé se répercutait sur tous les voyeurs alentours, même les femmes qui pouvaient donc jouir, pendant une bonne heure et demi, de la capacité d’hurler avec une voix de barytons et, mais cela n’avait jamais été prouvé encore, de l’obtention d’une pilosité aussi développée qu’éphémère.&lt;br /&gt;Je partais donc pour le stade, cette fois à une vitesse bien moins soutenue car je n’avais jamais été très sportive et que la marche accélérée n’était tout simplement plus possible. Je ne croisais pas un chat en chemin. Ou plutôt si, je ne croisais qu’un chat en réalité. Il n’y avait même plus un cadavre couché par terre, pas une seule overdose visible ou victime de chasse à l’homme…&lt;br /&gt;Arrivée dans la rue du stade je commençais à douter de mon ouïe. Ce genre d’événement sportif est toujours l’occasion d’hurler les pires insanités envers l’arbitre ou de rendre sourd son voisin avec une utilisation exagérée de la corne de brume. Aucun bruit ne ressemblait à ça.&lt;br /&gt;Il n’y avait personne une nouvelle fois. Le lieu était désert mais je ne voulais pas l’admettre, je gravis quand même les marches pour atteindre la tribune et tomber sur la vue d’une pelouse fraîchement tondue, mais vide. J’insultais ce vide pendant les prochaines secondes puis réussis enfin à me calmer.&lt;br /&gt;Je ne comprenais absolument plus rien, ou bien si, je commençais doucement à me douter de quelque chose mais l’idée était bien trop alarmante pour que j’accepte de la laisser venir.&lt;br /&gt;Mes yeux se posèrent sur le panneau d’affichage des scores. Un bug devait avoir atteint les circuits électriques car les chiffres défilaient sans contrôle à une vitesse folle. Juste au dessus pourtant quatre d’entre eux restaient bel et bien en place. Ils indiquaient l’heure. Avec lenteur je levais mon poignet pour m’assurer qu’ils n’étaient pas figés par erreur, mais les aiguilles de ma montre donnaient la même indication à quelques minutes près. Il était dix-huit heures quarante sept.&lt;br /&gt;Le monde n’avait pas disparu… Le monde non, mais les hommes… J’attrapais un cadavre de bouteille de bière sur un des sièges et le jetais de toutes mes forces dans le reste des gradins.&lt;br /&gt;« - ET MOI ALORS ?! »&lt;br /&gt;Le vide se vit insulter de plus belle, j’enchaînais ensuite sur ce bon dieu de siège qui venait de me frapper le tibia, sur ces étoiles débiles, sur l’heure, sur mon tee-shirt mouillé qui me collait à la peau, sur la pelouse, sur les cages de but et sur le prix des billets de train. Je stoppais les jurons par obligation, car je n’avais plus de salive. Mais dans mon élan j’arrachais mon portable de ma poche et appelais tous les numéros de mon répertoire. Cette fois il n’y eu pas de tonalité occupée pour me répondre mais une sonnerie banale qui menait finalement sur les répondeurs de tout un chacun.&lt;br /&gt;N’ayant plus rien à portée de main à balancer je me mis à frapper sur les sièges dans un combat acharné qu’ils remportèrent. Parce que ma main me faisait affreusement souffrir et qu’elle commençait à tirer sur le violet, je repris mon souffle et me mis simplement à bouder, assise sur les marches entre deux rangées.&lt;br /&gt;J’étais blasée, à chaque fois qu’il y avait un problème ça tombait sur moi ! Le monde humain avait disparu de la façon la plus mystérieuse qu’il soit et on m’avait oublié ! Voilà, maintenant j’étais, jusqu’à preuve du contraire la seule personne encore présente dans l’univers, mais ce statut ne m’étais accordée qu’à la condition que, quelques minutes auparavant, j’avais été la personne la plus insignifiante du monde, tellement insignifiante que je pouvais bien être encore présente, on s’en fichait !&lt;br /&gt;Un bourdonnement singulier agaça mon oreille. Je battais la main autour de ma tête par réflexe puis plantais mon regard sur l’insecte coupable d’un tel affront. Il s’agissait d’un moustique. Il n’en fallait pas plus pour que j’explose.&lt;br /&gt;« - Quoi ! Nan mais c’est un comble ! Alors la race humaine entière se volatilise comme par magie mais alors ces salauds de moustiques eux on les laisse tranquille ! Qu’est ce qu’ils ont de plus que nous les moustiques hein ? Ces petits machins ailés sont une des pires plaies qui existent mais ils ont le droit de vivre ? C’est fort ça ! Ah je ne sais pas qui s’est occupé de la fin du monde mais ça a été bâclé tout ça ! En plus qu’est ce qu’il fait là en plein mois d’Avril ce moustique ! Ah si ça se trouve c’est eux ! Ce sont les moustiques ! Ils nous ont tous tué ! Mais moi vous ne m’aurez pas, ah ça non, vous ne m’aurez pas ! Allé viens saleté de suceur de sang, viens te battre ! On fera un combat de filles, ongles contre trompe ça te va ? Allé, allé, viens ! »&lt;br /&gt;J’applaudissais à tout rompre sur le passage du moustique, mais il est bien connu que cette méthode ne fonctionne jamais et qu’il ne se retrouva pas une seule fois prit entre mes deux mains. Je finis par le perdre simplement de vue. Je me rassis sur l’escalier pour bouder de plus belle.&lt;br /&gt;« - Nan mais sérieusement… qui que vous soyez, venez me chercher aussi… me laissez pas toute seule… »&lt;br /&gt;Les trente prochaines minutes furent très longues mais elles me permirent de réaliser que personne ne viendrait me chercher et aussi que j’étais dans un stade de foot alors que je détestais cet endroit. Je m’appuyais sur le siège à côté de moi, cachant de ma main l’inscription « nike ta merre » qu’on y avait écrit et me mis debout.&lt;br /&gt;Je dévalais les gradins et sortis du stade, je courus pendant une bonne heure à travers les rues de la ville, les muscles de mes jambes souffrant affreusement de cette course, mais la douleur ne pouvait m’arrêter, il devait bien y avoir quelqu’un d’autre. Je ne pouvais pas être seule !&lt;br /&gt;Tandis que les larmes coulaient sur mes joues sans que je ne m’en rende compte je finis enfin par m’arrêter. Je me tus, moi qui hurlais à plein poumon jusque là. J’avais du mal à respirer. J’avais du mal à penser. Je m’affalais à même le sol, indifférente aux petits morceaux de verres, reste de bouteilles d’alcool, qui me rentraient dans la peau.&lt;br /&gt;J’étais peut-être morte. C’était peut-être ça la vie après la mort, même si ça ne semblait n’avoir aucun sens… le seul moyen d’être sûr, si j’étais bien un fantôme était d’attendre voir si j’allais vieillir. Ma seule référence en la matière était Casper, mais j’étais presque sûre que les morts ne vieillissaient pas.&lt;br /&gt;Je ne savais rien. Des années que l’on faisait tout un battage d’information sur la mort, des années que j’y prêtais une oreille discrète, mais une oreille tout de même, mais je n’étais même pas capable de savoir si la grande faucheuse avait eu ma peau…&lt;br /&gt;Vivante ou morte j’étais seule. Cela valait peut-être mieux, je n’aimais pas l’idée de devoir partager ma vie avec une personne uniquement sous le prétexte d’être les derniers survivants. Je voulais croire que je décidais moi-même qui je pouvais apprécier, mais je me doutais que s’il n’y avait plus qu’une autre personne sur Terre avec moi, je finirai par m’y attacher par dépit, par obligation en vue des circonstances…&lt;br /&gt;Je voulais penser à autre chose. Je voulais même arrêter de penser. J’eu faim.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le super marché était un vrai capharnaüm. Le chant du cygne de l’humanité avait été un grand élan de destruction. Pour avoir été à la place de toutes ces personnes se croyant à la fin de leur vie, je savais ce qu’il avait pu leur passer par la tête. On pouvait tout saccager, de toutes manières il n’y aurait plus personne pour en profiter après… Ils avaient fait la chose très bien cela dit. La plus part des rayons étaient au sol. Il y avait de la nourriture étalée par terre dans tous les recoins. J’eu du mal à retrouver au milieu de cette pagaille le rayon des laitages, j’ignore comment mais il s’était retrouvé à côté de celui de la lessive, à moins que toute cette poudre blanche ne soit pas de la lessive mais du sucre glace… J’hésitais à aller chercher une crème au chocolat, l’allée était une marre de fromage blanc et j’aimais suffisamment mes chaussures pour ne pas les sacrifier en passant au travers. Je fis un détour spectaculaire en passant par-dessus les rayons. Le fait d’être seule avait cela de bon qu’aucun vigil aux allures de gorille élevé aux OGM ne venait me faire la morale comme quoi on ne grimpait pas dessus. J’obtins enfin ma crème au chocolat que je dégustais comme je le pouvais puisque je n’avais pas pensé à apporter de cuillère.&lt;br /&gt;J’ignorais si c’était en réaction au fait de me nourrir ou non, mais je me rendis compte que l’effet des drogues entamait une baisse caractéristique. J’étais en pleine descente et cela ne me mettait pas dans les meilleures dispositions possibles. Plus particulièrement le manque de sommeil fit une apparition fulgurante. Dormir fut la seule volonté qu’il me restait. J’aurais pu dormir là au milieu du fromage blanc mais je m’octroyais une dernière dose de courage pour trouver le rayon « maison et jardin » et m’assoupir dans la seule chaise longue que je trouvais sans pied manquant. Le sommeil ne se fit pas prier et s’empara de moi dans la seconde. &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/9030524436375822685-1011217587179669477?l=howending.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://howending.blogspot.com/feeds/1011217587179669477/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=9030524436375822685&amp;postID=1011217587179669477&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9030524436375822685/posts/default/1011217587179669477'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9030524436375822685/posts/default/1011217587179669477'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://howending.blogspot.com/2007/10/partie-3.html' title='Chapitre 2'/><author><name>Valentine</name><uri>http://www.blogger.com/profile/13626335862887319163</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-9030524436375822685.post-687207285790065131</id><published>2007-10-16T02:32:00.003+02:00</published><updated>2010-01-18T09:49:18.080+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 1</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Cela faisait un mois que la fête avait commencé et elle s’étendait à travers toutes les rues de la ville. Sous la fenêtre de ma chambre une enceinte géante hurlait de la techno et une bonne centaine de personnes dansait devant elle avec des mouvements saccadés. Ils étaient tous au moins saoul, au pire au bord de l’overdose. Cela ne choquait plus personnes désormais, pas même les personnes âgées, elles faisaient partie du lot.&lt;br /&gt;Sur le tapis de ma chambre un ami à moi dormait, recroquevillé en position fœtale. Je l’enviais à mourir, je n’avais pas fermé l’œil depuis quatre jours et j’étais écœurée par la drogue que j’avais ingurgitée pour tenir. La fin du monde était pour dans quelques heures. Je voulais la mourir de façon convenable. C’était d’ors et déjà un rêve inaccessible. Quelqu’un fit éruption dans la pièce, un homme d’une trentaine d’année, les cheveux hirsutes et les yeux cernés. Sur son tee-shirt une tâche étrange s’étendait du col au nombril, je ne savais dire s’il s’était vomi sur lui-même ou s’il s’était badigeonné de pâté pour chien... Les deux me paraissaient plausibles...&lt;br /&gt;Il me regarda puis fit le tour de la pièce avant de s’emparer de la télécommande de mon lecteur DVD. Il la caressa quelques secondes puis reparti d’où il été venu sans un mot, avec l’objet dans les mains. Ma seule pensée concerna la frustration future de l’homme lorsqu’il se rendrait compte que le bouton pause ne fonctionnait plus.&lt;br /&gt;Je me levais et tentais de réveiller Thomas en lui donnant des coups de pieds. Il ne les sentit même pas ou du moins ne fit pas mine de bouger pour me prouver qu’il était encore en vie. Je pris alors un stylo et écrivis sur un post-it que je lui collais sur la tête : « Je veux porter mon tee-shirt des Stones pour mourir, je vais au Lavomatic pour le laver, je reviens. Romane ».&lt;br /&gt;J’eu une pulsion que je ne pus retenir, certainement la drogue, et dessinais sur sa joue quelque chose qui ressemblait vaguement à un castor, lorsque l’on plissait les yeux, puis je sortis en laissant la porte ouverte, au cas où l’homme viendrait chercher le reste du lecteur.&lt;br /&gt;Je descendis au pas de course l’escalier de l’immeuble dans lequel j’avais ma chambre d’étudiante. Appellation que l’on avait gardée pour une simple tranche d’âge bien qu’il n’y ait plus la moindre personne prête à perdre des années à étudier et donc pour porter le titre d’étudiant.&lt;br /&gt;J’avais 21 ans. Je n’avais jamais passé mon bac et plutôt que de partir en fac de droit, j’étais partie avec mon sac sur le dos faire le tour du monde.&lt;br /&gt;Dehors les gens m’empêchaient de passer, je détestais tout cela. C’était comme s’il fallait se promener en permanence dans une rue piétonne, chose déjà insupportable avant la fin du monde pour moi et mes syndromes d’agoraphobie légère. Comme je détestais ces rues où les gens marchaient devant vous à une vitesse frôlant l’immobilité, prenant toute la largeur de la voie et ne vous laissant pas la moindre chance de les dépasser pour marcher aussi rapidement qu’il vous plaisait… Si les romains avaient vraiment voulu faire souffrir Jésus, ils lui auraient fait porter sa croix dans une rue comme ça…&lt;br /&gt;Je poussais les gens du coude pour atteindre mon but. Sur le chemin mon téléphone sonna, je décrochais machinalement et entendis sans surprise la voix de ma mère. Une énième fois elle faisait part de son mécontentement face au fait que je ne veuille pas de mort en famille. Je devais hurler dans le combiné pour me faire entendre au-delà du tohu-bohu général. Je la rassurais comme je le pouvais, lui dis que je la retrouverai bien assez tôt dans l’au-delà et que oui, je me brosserai les dents pour que, s’il y avait des lumières noires là bas comme une théorie venait de le dire, je sois bien dans la file de ceux avec les dents qui brillent… J’évitais les adieux sentimentaux et coupais la communication le plus rapidement possible, ce qui signifie, quand il est question de ma mère, suffisamment longtemps pour m’amener à dix mètres de la laverie.&lt;br /&gt;Etonnement personne n’utilisait les machines à l’intérieur. J’ouvris donc le premier tambour pour y jeter mon tee-shirt et une dose de lessive puis enclenchais le bouton marche.&lt;br /&gt;Je sortis sur le pas de porte. L’ambiance ici était plus dans le style musique africaine, avec des tambours et des instruments difformes faisant plus penser à des alambiques qu’à des instruments à vent…. En vérité je n’appréciais pas trop. La moitié des musiciens venaient certainement de décider d’apprendre à jouer d’un instrument avant de mourir et le tout sonnait affreusement faux.&lt;br /&gt;Un groupe d’étudiant déboula dans la rue avec des feuilles de vigne en guise de cache sexe et en hurlant la Marseillaise. L’un d’eux cria qu’il était le maître du monde, ce qui fit écho à un homme qui hurlait depuis une fenêtre qu’il était le messie, qu’il sauverait les hommes de la fin du monde. Sur le coin d’un trottoir un couple forniquait sans pudeur devant les yeux de tous mais cette scène aussi était devenue monnaie courante et ils furent laissés à leurs affaires…&lt;br /&gt;Je regardais ma montre : 13h28. C’était idiot mais le temps me paraissait presque trop lent. J’avais hâte que tout ce cirque finisse. J’avais un mal de crâne insoutenable et un goût de paprika mentholé dans la bouche.&lt;br /&gt;En plus la fin du monde, histoire d’en rajouter une couche, avait choisit Avril pour arriver. Avril ! J’avais froid. Pas froid parce que je sentais l’air frais sur ma peau, non j’étais trop saoule pour ça, froid juste par principe. C’était ma façon à moi de protester et je la trouvais des plus originales puisqu’elle n’impliquait pas d’être nu comme la plus part de celles que les autres expérimentaient…&lt;br /&gt;Je m’assis par terre, les genoux repliés sur la poitrine, mes bras vinrent les entourer et je me mis à penser. Les mêmes questions depuis quatre ans... Comment cela allait se passer ? Est-ce que nous allions souffrir ? Une vie après la mort ?&lt;br /&gt;Ces trois dernières années des gens avaient prit place sur des piles de cageots de fruits de supermarchés pour crier leur vérité à ce propos au milieu des places publiques. J’avais l’impression d’avoir tout entendu. La plus part des versions de la fin du monde sorties des textes sacrés étaient simplement trop flippantes pour que j’y porte le moindre intérêt. Je leur préférais les théories modernes.&lt;br /&gt;Il y avait celle en faveur des dents blanches que ma mère affectionnait particulièrement, mais aussi celle des Delta778ZQ : après la mort nous serons tous recyclés en canette de bière par le seul et unique survivant de la terre, à savoir Michel Rinneau, un facteur tiré au sort parmi les adeptes.&lt;br /&gt;Ma version préférée du désastre racontait que la Terre allait être prise pour un moustique par des extraterrestres géants. Cela nous laissait deux morts possibles, une rapide et efficace : une tapette à mouche qui nous écraserait contre ce que nous aurions pu un jour considérer comme les bords de l’univers : en réalité il aurait s’agirait d’un poster de l’espace collé sur le mur d’une chambre d’adolescent passionné de science fiction. Nous y aurions formé une tâche qu’il aurait imaginé être une nouvelle constellation. Ou bien une mort lente et douloureuse à coup de bombe d’insecticide. Nous allions donc finir notre vie et reposer sur les poils d’une moquette sale jusqu’à ce que quelqu’un se décide à passer l’aspirateur. Au moins espérions nous que l’extraterrestre en question aurait oublié d’ouvrir les fenêtres et se serait asphyxié en même temps que nous.&lt;br /&gt;Quand à savoir s’il y avait une vie après la mort, j’espérais tout bonnement que non. Pour faire quoi ? Autant se satisfaire simplement de la vie…&lt;br /&gt;La réincarnation pouvait être cool pendant trente secondes lorsque je l’imaginais, passé ce délai je regardais tout autour de moi et me demandais l’intérêt de remettre tout ce cirque ! Comment pouvait-on donner une deuxième chance à l’homme quand on voyait ce type là qui essayait de trouver quelqu’un prêt à lui rentrer une bouteille de soda dans le c… enfin vous voyez de quoi je parle…&lt;br /&gt;Ma propre version de la fin du monde ou de la suite après la mort impliquait une pompom girl, c’est ce que j’avais décidé mais je ne savais pas encore quel rôle elle jouerait dans tout ça... Ce n’était déjà pas mal d’y avoir pensé et ça valait bien le reste…&lt;br /&gt;Je repassais ensuite dans ma tête la fameuse liste. Celle que tout le monde s’était amusé à faire depuis dernièrement : « Tout ce que je veux faire avant de mourir », une liste stupide, mais comme tout le monde j’avais essayé d’en réaliser la majeure partie. J’avais sauté à l’élastique, j’avais apprit à marcher sur les mains, j’avais couché avec un inconnu et en plein milieu d’un champs histoire de faire une pierre deux fantasmes et découvrir que le blé était un sol des plus inconfortables, j’avais fait le tour de l’Europe et quelques pays du reste du monde, je m’étais faite tatouée, j’avais mangé des oursons en guimauve recouverte de chocolat jusqu’à en vomir, j’avais mis le feu à une voiture, je m’étais rasé le crâne deux fois, j’avais tenté de vivre quatre jours dans une armoire et la liste se prolonge encore...&lt;br /&gt;Il y avait eu aussi ce que je n’avais pas prévu dans la liste mais dans lequel j’avais été embarqué et que j’avais donc rajouté sur le tas : nager dans une piscine remplie de lait, faire une overdose, participer au record mondial de la plus grande sculpture en capote, dormir pendant quatre jours, parler à un lampadaire en étant persuadée qu’il était ma tante…&lt;br /&gt;Il y avait malheureusement aussi tout ce que je n’avais pas fait dans cette liste, tout ce qui impliquait un futur plus long : devenir avocate, écrire un livre, lire toute la pléiade, dire à mon gamin « File dans ta chambre ! », plaquer ma carrière d’avocate et devenir rock star, voir enfin une voiture voler et des robots devenir nos domestiques…&lt;br /&gt;Et enfin il y avait cette dernière petite case non cochée, une qui pourtant ne concernait pas le futur, quelque chose que je pouvais faire n’importe quand : « faire tomber un sèche-cheveux dans ma baignoire ».&lt;br /&gt;On m’avait fait comprendre que ce serait malvenu de tenter cette expérience car j’aurai eu de grandes chances de ne plus pouvoir accomplir le reste de cette fameuse liste par la suite… Je n’étais absolument pas suicidaire, j’avais juste l’idée tordue que la chose serait plutôt cool. Si j’avais été un homme peut-être que je me serai contenté de « pisser sur une clôture électrique », mais contrairement à beaucoup de personnes ces quatre dernières années, le changement sexe ne me tentait pas…&lt;br /&gt;13h34… Il me restait un bon moment avant que le tee-shirt ne finisse de tourner dans la machine… Une nouvelle fois la drogue avait du me donner un petit coup de pouce dans ce nouveau coup de tête : je repartais maintenant chez moi à la recherche d’un sèche-cheveux. Je ne fis pas attention à grand-chose sur le chemin, j’ai juste plus ou moins le souvenir d’être tombé en plein dans une course de sac et d’avoir été à deux doigts de me battre avec un homme qui m’avait sauté dessus sans raison et mordu à l’épaule… Les détails n’ont pas collé à ma mémoire…&lt;br /&gt;En entrant à nouveau dans ma chambre je découvris Thomas assis par terre en train de fumer un joint. Le post-it était toujours collé sur son front, je ne pense pas qu’il l’avait lu mais il ne m’interrogea pas pour savoir où je m’étais rendue. Je fixais pendant quelques secondes sans m’en apercevoir la mèche de cheveux qui tenait à la verticale au dessus de sa tête, défiant toutes les lois de la physique.&lt;br /&gt;Thomas n’était pas mon meilleur ami. Il n’était même pas un ami, juste un pote, à peine plus qu’une connaissance. A l’origine je devais mourir entre amis, mais d’une façon ou d’une autre, comme si nous avions suivit l’exemple d’un mauvais film d’horreur, nous nous étions peu à peu séparés. Avec la foule qui emplissait les rues c’était peine perdue de tenter de retrouver qui que ce soit. Il ne fallait pas compter sur les portables non plus. Ma mère avait eu de la chance un peu plus tôt ou alors cela devait faire trois bons jours qu’elle essayait de me joindre, car le réseau était aussi saturé qu’aux alentours de minuit un trente et un décembre. J’avais simplement croisé Thomas dans la rue, aussi séparé de ses véritables amis que moi, la crainte d’être seul nous avait rapproché et c’est ainsi qu’il s’était retrouvé à dormir sur mon tapis.&lt;br /&gt;De grands coups furent frappés contre le mur derrière moi, faisant trembler toutes les autres cloisons et me stoppant net dans mes réflexions. Thomas et moi tournâmes la tête dans un même élan pour observer le mur commencer à s’effriter. Bientôt un morceau gros comme une assiette à dessert tomba sur le sol dans un nuage de poussière blanche et nous découvrîmes le visage de ma voisine à travers le trou qu’il avait laissé. La massue qu’elle tenait visiblement dans les mains s’abattit une fois de plus et ce manège continua jusqu’à ce qu’un passage de taille correcte soit réalisé entre nos deux appartements respectifs.&lt;br /&gt;Elle déclara simplement qu’elle avait besoin d’espace. Cela me chagrinait parce que mon appartement était beaucoup moins joli avec cette poussière blanche qui recouvrait tous mes meubles, mais aussi parce que ma voisine avait une verrue sur le visage, juste en dessous de sa narine droite. Je ne pouvais dorénavant pas m’empêcher de la regarder et cela me mettais très mal à l’aise.&lt;br /&gt;Sans autre forme d’explication j’attrapais mon sèche cheveux dans mon coin salle de bain et sortis de ce qu’il restait de mon appart’. Je retournais au Lavomatic sans trop de dommages. La lessive avait fini de tourner et le tee-shirt attendait, roulé en boule au fond du tambour. Je le sortais et le posais sur une chaise afin qu’il sèche. Il fallait maintenant que je trouve une prise pour brancher le sèche-cheveux et cela impliquait de bouger un des lave-linge.&lt;br /&gt;Après de longues minutes d’efforts intenses où je tentais tant bien que mal, enfin plutôt mal à vrai dire, de faire reculer de quelques centimètres cette maudite boite, je finis par arriver à un résultat concluant en me servant, en guise de levier, d’un morceau de pare-choc de voiture trouvé sur le trottoir.&lt;br /&gt;J’avais décidé d’un scénario un peu plus original que la baignoire. C’est que cela m’avait évoqué Claude François pendant un dixième de secondes et que je trouvais dommage de ne pas impliquer un style un peu plus personnel dans la mise en scène de ma propre mort. Le plan prévoyait donc les choses de cette manière : j’allais m’enfermer dans une machine à laver dont j’aurai au préalable troué la vitre à l’aide d’une perceuse. Dans ce trou passerait le fil du sèche-cheveux que je n’aurai plus qu’à mettre en marche une fois que l’eau inonderait le tambour. Ce que j’appréciais particulièrement dans ce plan c’était l’idée de tourner en même temps que m’électrocuter ! Ce que j’ignorais encore c’était si j’allais quand même rajouter de la lessive ou non…&lt;br /&gt;Une fois la machine suffisamment déplacée pour brancher l’instrument de ma mort, je me fis une liste mentale de ce dont j’allais avoir besoin pour la suite des événements. Déjà une multi prise, ensuite une rallonge. Il allait aussi me falloir une perceuse ou une massue pour trouer la vitre. Je rajoutais un paquet de bonbon en forme de schtroumpfs simplement parce que j’en avais terriblement envie. Heureusement pour moi il y avait un centre commercial à quelques pas où j’espérais trouver toutes ces fournitures.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De l’extérieur le centre commercial était ce qu’on faisait de mieux pour se rendre compte que l’on vivait la fin du monde. De l’intérieur c’était pareil, mais en pire. Le côté grouillant faisait penser à une fourmilière mais une fourmilière sans la moindre organisation, car des gens courraient partout à perte de vue. Leurs bras étaient toujours sans exception encombrés de gros cartons de matériel électroménager, le plus souvent remplis de cafetières.&lt;br /&gt;Un homme s’arrêta à ma hauteur, étonné de voir quelqu’un se promener les bras vides. Il développa une dizaine d’arguments pour me prouver à quel point cela faisait mauvais genre et finit par m’offrir une cafetière pour mettre fin à mon déshonneur. Je fus navrée de lui annoncer que je ne n’aimais pas le café, un petit mensonge qui me permit de me débarrasser de lui et de continuer ma route.&lt;br /&gt;Sur le chemin du magasin de bricolage je passais devant une boutique de prêt-à-porter où se déroulait une scène peu banale. Le patron du magasin se tenait devant la porte, un fusil à pompe dans les mains et menaçait quiconque osait prendre quelque chose sans payer. Il faisait partie de cette poignée d’incrédules pour qui la fin du monde avait autant de chance de se passer qu’un chat avait de chance de pondre un œuf d’autruche. On ne pouvait pas en vouloir à ces gens car personne n’avait été assez intelligent pour confirmer ou mettre à mal le calcul des dix savants. On espérait tous plus ou moins que la fin du monde aurait vraiment lieux pour ne pas passer tous pour des imbéciles. Mais dans l’absolu… rien n’était sûr…&lt;br /&gt;Je continuais mon chemin à travers le centre commercial. Le magasin de bricolage n’était pas le moins fréquenté. C’est qu’il fallait d’abord passer prendre quelques outils ici quand on voulait aller piller les autres magasins ensuite. Je fis le tour des rayons et trouvais sans trop de mal la multiprise et la rallonge. En revanche l’étagère où devaient être posées les perceuses était désespérément vide. Je fus emplie d’une frustration insupportable.&lt;br /&gt;Soudain à l’autre bout de l’allée j’aperçu un homme d’une cinquantaine d’année qui marchait difficilement, les bras chargés de cartons. Même avec la distance cela ne trompait pas. Les dix centimètres de graisse qui s’étendaient devant lui au niveau de la ceinture servaient bien d’appui à une pile impressionnante de perceuses ! Je m’empressais de le rejoindre et lui demandais d’une voix hystérique s’il voulait bien me céder une des machines.&lt;br /&gt;« - Non.&lt;br /&gt;- Comment ça non ?&lt;br /&gt;- Non, c’est à moi, je les garde ! J’ai eu un mal fou à les faire toutes tenir dans mes bras sans qu’elles tombent alors maintenant je les garde !&lt;br /&gt;- Mais je peux prendre celle qui est la plus en hauteur ça ne fera rien tomber du tout !&lt;br /&gt;- Non. »&lt;br /&gt;Je commençais à voir rouge et à me demander s’il n’était pas plus rapide de lui faire un simple croche pied pour qu’il tombe et substituer ensuite une des boites. Je pouvais aussi très bien faire le coup du « eh ton lacet est défait » mais j’avais déjà failli me battre un peu plus tôt et je voulais faire les choses le mieux possible. De la per-su-a-sion !&lt;br /&gt;« - Mais vous allez faire quoi avec toutes ces perceuses ? Vous avez vraiment besoin d’en avoir onze ?&lt;br /&gt;- Mais je n’ai absolument pas l’intention de m’en servir !&lt;br /&gt;- Alors pourquoi ne pas m’en donner une ?&lt;br /&gt;- Parce que ça fait trois bonnes heures que je les tiens et qu’elles ne bougent pas. Maintenant ça me rassure de les avoir avec moi ! Si je m’en débarrasse d’une j’ai peur qu’elle manque à ma confiance en moi !&lt;br /&gt;- Mais j’en ai besoin moi ! Il faut que je fasse des trous vous comprenez !&lt;br /&gt;- Bah alors faut me trouver une compensation pour cette perte !&lt;br /&gt;- Vous voulez de l’argent ?&lt;br /&gt;- De l’argent ? Non ! A quoi ça me servirait ? On ne paye plus rien !&lt;br /&gt;- Bah quoi alors ?&lt;br /&gt;- Bah je ne sais pas… Qu’est ce que vous proposez ? »&lt;br /&gt;Je fouillais dans ma poche à la recherche d’une monnaie d’échange. J’y trouvais un vieux mouchoir, quatre cachets d’extasie, vingt centimes d’euro, un test de grossesse (je n’avais pas la moindre idée de ce que ça faisait là…) et la clef de mon cadenas de vélo. Je lui présentais le tout mais il n’y trouva pas d’intérêt.&lt;br /&gt;« - Je ne sais pas moi dites moi ce dont vous avez besoin !&lt;br /&gt;- Il faudrait un truc vraiment spécial. Quelque chose susceptible d’intéresser une personne qui va mourir dans quelques heures !&lt;br /&gt;- Vous êtes en train de me dire que vous voulez coucher avec moi ?&lt;br /&gt;- Ah non ! Ca ne serait pas pratique avec les cartons dans les bras !&lt;br /&gt;- Il n’y a pas un truc dont vous avez toujours rêvé ?&lt;br /&gt;- J’aurai aimé être cosmonaute…&lt;br /&gt;- Non mais autre chose !&lt;br /&gt;- Bah je ne vois pas là…&lt;br /&gt;- Je ne sais pas moi, je peux vous écrire un poème, trouver le générateur du magasin et couper le courant, tuer quelqu’un, improviser un pas de danse…&lt;br /&gt;- Désolé…&lt;br /&gt;- Je ne peux pas simplement remplacer la boite par une autre boite ?&lt;br /&gt;- Une boite de quoi ? »&lt;br /&gt;Je jetais un coup d’œil aux produits éparpillés autour de nous… Il y avait une scie sauteuse mais elle n’avait pas de boite… Le reste c’était des clefs à molettes, des clefs sans molettes, des tournevis… Il y avait une boite là bas mais je ne voyais pas ce qu’elle contenait. Je m’approchais pour découvrir une boite de perceuse. J’eu un grand sourire qui illumina mon visage avant de m’apercevoir qu’elle était vide…&lt;br /&gt;« Et si je mets la scie sauteuse dans la boite de la perceuse ? »&lt;br /&gt;Il réfléchit quelques secondes et accepta le deal si je rajoutais la récitation du poème. Je trouvais une échelle dont je me servis pour échanger les boites, puis perchée sur la marche en métal j’improvisais un petit poème, me tenant bien droite comme si j’étais en train de chanter sur les barricades lors de la révolution française :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« A la votre messieurs dames, gardez moi dans vos cœurs&lt;br /&gt;Car ce soir la grande lame fauchera de bonne heure.&lt;br /&gt;Faites déborder ma coupe d’une liqueur sucrée&lt;br /&gt;Et frémir mon palais de sensations nouvelles,&lt;br /&gt;O ma joyeuse troupe, c’est ce soir que je vais&lt;br /&gt;Affronter les jurés, supplier l’éternel.&lt;br /&gt;Pas de place à sa droite, que ferai-je donc là ?&lt;br /&gt;Ce que moi je convoite, c’est la chaleur d’en bas,&lt;br /&gt;Où souffrant mille tourments, je serai malgré tout&lt;br /&gt;Proche des bons vivants, de tous ces fiers filous&lt;br /&gt;Qui ont levé leurs verres jadis à ma santé&lt;br /&gt;Et sont tombés par terre, leur ivresse partagée. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je pris la fuite avant que l’homme ne se fasse critique de mon poème. Lorsque je repassais devant le magasin de prêt-à-porter, avec beaucoup plus de discrétion que la fois précédente, puisqu’à mon tour je courrais avec un carton dans les bras, j’entraperçus le responsable de magasin se faire tabasser par une dizaine de mômes. Je ne comprenais pas vraiment le rapport entre les mioches et les fringues pour femme à prix discount mais je n’avais pas le temps pour m’épancher sur ce problème et regagnais aussi vite que je le pouvais la laverie.&lt;br /&gt;Après une heure passée à tenter de percer la porte du lave linge trois évidences s’imposèrent à moi. La première c’était que j’étais vraiment nulle pour le bricolage. La deuxième ne vaut pas la peine d’être racontée et enfin la troisième était qu’une perceuse ne ferait jamais des trous assez gros dans la vitre.&lt;br /&gt;Pour éviter de perdre encore du temps au magasin de bricolage à chercher une massue je me rendis directement chez ma voisine qui eu l’amabilité de me donner la sienne.&lt;br /&gt;Elle avait élu domicile dans mon minuscule chez moi et buvait le thé avec trois hommes à l’allure étrange et une chèvre. Ils me proposèrent une tasse et parlèrent d’une expérience mystico-étoilée ou je ne sais pas quoi. Une drôle d’histoire avec un type chauve, une paire de sandale et la sensation de voler, en bref à part le fait qu’il y avait quelque chose autre que le thé dans celui-ci je ne compris pas réellement de quoi il était question et déclinais l’offre.&lt;br /&gt;La vitre de la machine était vraiment épaisse et je ne suis pas sure que la massue aurait fait quoi que ce soit si il n’y avait eu les trous de perceuse avant. Dans tous les cas un morceau finit enfin par sauter. Je mis le sèche-cheveux dans le tambour, fis passer le fil par le trou, le branchais à la rallonge, elle-même branchée sur la multiprise avec le lave-linge. Tout était en place. Je vérifiais l’horaire sur ma montre : il restait à peine plus d’une heure avant la fin du monde.&lt;br /&gt;Est-ce que je devais attendre ou mettre mon plan à exécution maintenant ? Il faut avouer qu’une heure à tuer ça me semblait long, j’avais déjà fait le tour de tout ce que j’avais à faire dans ma vie. Une heure de plus d’accord c’est bien joli mais pour faire quoi ? J’étais forcée de le reconnaître, je disposais d’une heure de trop !&lt;br /&gt;La curiosité tenait en éveil une partie de mes pensées, d’un autre côté si j’étais morte je ne pouvais pas regretter de ne pas avoir découvert comment le monde allait se terminer. Sans parler du fait que mourir maintenant était de la plus haute originalité. Deuxième option donc.&lt;br /&gt;J’entrais dans le tambour. J’étais assez serrée mais ces trucs là sont quand même plutôt spacieux pour l’utilité qu’on en a… Pour finir je n’avais pas ajouté de lessive… En tordant plus ou moins mon bras gauche je passais la main à travers le trou pour bien fermer la porte et atteindre le bouton qui lançait la mise en route du programme. Il fallut sortir pour aller quémander quelques pièces dans la rue car j’avais oublié de mettre de la monnaie. J’exécutais une nouvelle fois la marche à suivre, réussis à trouver enfin le bouton « on », plaçais mon doigt dessus...&lt;br /&gt;Ce n’était peut-être pas une bonne idée…&lt;br /&gt;Je poussais un profond soupir, j’avais conscience qu’il faudrait faire vite une fois que l’eau entrerait dans le tambour, le but n’était pas de me noyer. J’espérais que si le sèche-cheveux ne fonctionnait pas le trou suffirait pour évacuer l’eau…&lt;br /&gt;J’appuyais sur le bouton. L’eau commença à monter autour de moi. Comme cela ne tournait pas encore alors je retins ma respiration, les doigts crispés sur bouton-poussoir du sèche cheveux. Je n’étais plus certaine du tout d’avoir bien fait les choses. Tout cela était véritablement angoissant…&lt;br /&gt;Enfin il y eu un bruit sourd, comme un cliquetis métallique et je me sentis partir en arrière. Ma tête eu le temps de passer une fois sous l’eau, cela ne dura même pas une seconde mais déjà un sentiment nauséeux naissait en moi.&lt;br /&gt;Et mon doigt poussa. &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/9030524436375822685-687207285790065131?l=howending.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://howending.blogspot.com/feeds/687207285790065131/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=9030524436375822685&amp;postID=687207285790065131&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9030524436375822685/posts/default/687207285790065131'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9030524436375822685/posts/default/687207285790065131'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://howending.blogspot.com/2007/10/partie-2.html' title='Chapitre 1'/><author><name>Valentine</name><uri>http://www.blogger.com/profile/13626335862887319163</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-9030524436375822685.post-1572541940704936960</id><published>2007-10-16T02:31:00.002+02:00</published><updated>2010-01-18T09:46:35.832+01:00</updated><title type='text'>Prologue</title><content type='html'>Quand ils ont apprit quand aurait lieu la fin du monde, la prudence les a forcé dans un premier temps à ne rien révéler au reste du monde. Le contraire aurait été vraiment stupide.&lt;br /&gt;Imaginez le tableau…Tous nos honnêtes citoyens explosant les vitrines des magasins à grands coups de canapés pour repartir les bras chargés d’écran plasma, ou bien tous les citoyens moins honnêtes répandant la terreur en vidant des chargeurs de revolver sur tout ce beau monde…&lt;br /&gt;A quoi peut-on s’attendre dans ce genre de situation ? Pillage, fanatisme religieux, vague de suicide et autres réactions imprévisibles, aux conséquences des plus désagréables. L’histoire avait prouvé depuis un moment déjà à quel point l’homme est capable de faire des choses insensées lorsqu’on le pousse ne serait-ce que légèrement à bout…&lt;br /&gt;Seulement la découverte de la date de péremption de la Terre n’a pas été faite par des gens tout ce qu’il y a de plus ordinaires… Non, elle est le fruit d’un travail laborieux, de calculs complexes qui s’étendent sur des lignes et des lignes, pleines de racines carrées, de nombres à vingt chiffres et d’autres symboles mathématiques qui ne sont même pas sensés exister pour le commun des mortels.&lt;br /&gt;A quoi ressemble un individu capable de résoudre de tels calculs ? A ce niveau là il se concentre généralement plus sur l’intellect que sur son physique. La légende veut que s’il n’y a jamais eu la moindre photo des génies qui avaient réalisé un tel prodige dans les journaux, c’est que lorsqu’on les regardait ça avait tendance à faire piquer les yeux.&lt;br /&gt;En tout ils se comptaient au nombre de dix. Les dix cerveaux les plus développés depuis des générations, combinant leur intelligence, leur savoir et leur opinion sur cette découverte, puis concentrés par la suite sur une question : Faut-il rendre ou non la découverte publique ?&lt;br /&gt;Ils avaient toutes les données pour étudier les moindres éléments entrants en ligne de compte. De A à Z, tout fut passé à la loupe et pas une conséquence ne fut oubliée. A tel point qu’ils n’en gardèrent qu’une seule à l’esprit : le débridement sexuel total.&lt;br /&gt;Lorsqu’on a passé sa vie devant un écran d’ordinateur ou une calculatrice et que l’on n’a jamais adressé la parole à un être de type féminin autrement qu’au téléphone lorsqu’il fallait commander une pizza, découvrir qu’avec la peur de mourir venait une libération des mœurs revêtait, au-delà de tout autre élément, une importance capitale. Cela non sans raison d’ailleurs. A ce que l’on en sait, en désespoir de cause six sur les dix ont fini par coucher ensemble, deux ont couché avec une femme, un avec une chèvre et le dernier dans un souci scientifique prononcé a accompli son devoir en étant la fameuse exception à la règle : il ne coucha avec personne. Sauf peut-être en rêve avec une quelconque héroïne d’anim japonnaise, mais on ne peut pas vraiment dire que cela compte.&lt;br /&gt;La nouvelle de la fin du monde a donc été lâchée sur le globe.&lt;br /&gt;Est-ce que ce fut la panique ? Oui, sans aucun doute !&lt;br /&gt;Comme à un malade à qui l’on annonce sa mort prochaine, l’humanité fut mise au courant qu’il ne lui restait plus que quatre ans à vivre. Comme un malade, elle passa par les cinq étapes de l’acceptation.&lt;br /&gt;Tout d’abord, le refus.&lt;br /&gt;Bien que la nouvelle fit les premières pages de tous les journaux du monde, du « New York Time » à la « Gazette d’Alfred, chasse, pêche et techniques », on lui prêta autant de crédit qu’une alerte virale. La fin du monde c’était comme la grippe aviaire, moche de loin, inexistant de près…&lt;br /&gt;Mais les calculs étaient là, comme une prédiction, une prophétie funeste et inévitable. Le 27 Avril 2012 à 18h31, le monde cesserait d’exister avec quelques mois d’avance sur le calendrier Maya.&lt;br /&gt;Tout était une question de chiffre et d’observation. Un peu comme un phénomène cyclique, qui interviendrait à intervalles réguliers de plusieurs milliards d’années. Si bien que la seule chose connue était la date du phénomène. Une météorite géante s’abatant sur la Terre ? Une guerre nucléaire ? Des catastrophes naturelles en chaîne ? Une guerre interplanétaire ? Un virus mortel ? Tout restait à imaginer.&lt;br /&gt;Une lutte contre la montre menant à la seconde étape : La colère.&lt;br /&gt;Car enfin ce n’était pas juste ! Nostradamus, Saint Jean, les mayas, le type qui se balade sur l’avenue centrale de Georgetown en faisant peur aux touristes avec sa pancarte « Dieu te regarde, même sous la douche »… Ils avaient étaient des milliers à prévoir la fin du monde et ce serait à nous de la vivre ! Sur des milliers d’années d’existence de l’être humain, il fallait justement que nous soyons nés au moment où elle s’arrêterait ! Quelle mauvaise farce !&lt;br /&gt;Au fond de la forêt amazonienne, une peuplade indienne fut filmée pour un documentaire retransmis pour NBC. A cause d’une mauvaise traduction, le chant d’amour du chaman local passa pour un appel à la destruction ultime. La colère du monde entier qui cherchait un bouc émissaire se reporta sur la tribu et provoqua en mois de quatre heures le génocide le plus rapide de l’histoire.&lt;br /&gt;Cette bourde permit le passage à l’étape du marchandage.&lt;br /&gt;Ce fut un grand moment de confusion, un plongeon dans la folie collective. Les gens se rendirent compte qu’il fallait profiter du temps qu’il leur restait… pour tenter d’en gagner. On pouvait peut-être retarder les choses, nettoyer le monde, les plages, les océans, utiliser enfin des déodorants en bille plutôt que des aérosols…&lt;br /&gt;Les croyances de chacun étant ce qu’elles sont, on vit les gens courir nus dans les rues, se coucher par terre avec des sacs en papier sur la tête, s’immoler, s’enfermer dans des bunkers… Mais surtout, quitter leur emplois, prendre des crédits qu’ils savaient ne jamais rembourser et partir visiter le monde, envahir Disneyland…&lt;br /&gt;« Carpe diem » apparu dans tous les magazines féminins et pré-pubères comme la nouvelle expression à la mode, détrônant même dans la bouche des jeunes le célèbre et non moindre « geeeeenre ». Une partie de cette population continua malgré tout à ce demander ce que voulait bien signifier cette histoire de poisson…&lt;br /&gt;La fin du monde fut rapidement considérée comme une bonne chose, elle reçu même un prix de mérite. Dans les premiers temps l’économie monta en flèche, tout le monde achetant ce dont il avait toujours rêvé. Le suicide, qui était avant tout cela la dernière mode et qui avait vu son nombre croitre de manière exponentielle tous les ans, s’arrêta presque. Le petit nombre restant incombant au fameux honneur des japonais…&lt;br /&gt;Cette période là ne dura pas : la période de dépression pris le relais.&lt;br /&gt;Les porte-clefs en plastique fluorescents à l’effigie de la tour Eiffel, de la statue de la liberté ou du Dalaï Lama furent rapidement en rupture de stock et les usines qui les fabriquaient désertée par leurs salariés. Pour beaucoup l’envie de voyager passa avec l’absence de babioles à rapporter en guise de souvenir.&lt;br /&gt;Il devint aussi difficile de voyager, toutes compagnies aériennes ou maritimes ayant arrêté leurs offres devant le manque d’employés encore présents et capables de conduire leurs appareils…&lt;br /&gt;Lorsque l’on trouvait un moyen de rentrer chez soi on saisissait sa chance et dépité, on poussait la porte du salon pour s’affaler devant la télé se rendant compte que plus rien de valait la peine. A quoi bon apprendre enfin le tricot ou à conduire une formule 1, ça n’apportait finalement pas grand-chose…&lt;br /&gt;La situation pris enfin tout son sens et pour tous. Un an avant la fin du monde, l’humanité entière s’était accordée sur un souhait commun : à ce point là, autant abréger ses souffrances non ?&lt;br /&gt;La solution à ce problème vînt d’une source inattendue : la mafia. Elle se chargea en effet de déverser sur le monde un stock de drogue monumental à prix bradé qui permit au moins à la moitié du monde d’être perchée et, à défaut d’être heureux, de ne même plus comprendre ce qu’il se passait autour d’elle. On n’en demandait pas plus pour entrer dans la phase finale d’acceptation…&lt;br /&gt;Vu le niveau où était descendu l’humanité, je ne doute pas qu’avec quelques années de plus les chimpanzés seraient passés au rang d’espèce la plus évolué de la Terre, ce malgré notre présence. Cette compétition se voyait malheureusement annihilée brusquement le 27 Avril.&lt;br /&gt;Ce qu’il s’est passé ?&lt;br /&gt;En vérité je l’ignore, la fin du monde, je l’ai en quelque sorte… loupée.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/9030524436375822685-1572541940704936960?l=howending.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://howending.blogspot.com/feeds/1572541940704936960/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=9030524436375822685&amp;postID=1572541940704936960&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9030524436375822685/posts/default/1572541940704936960'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/9030524436375822685/posts/default/1572541940704936960'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://howending.blogspot.com/2007/10/partie-1.html' title='Prologue'/><author><name>Valentine</name><uri>http://www.blogger.com/profile/13626335862887319163</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry></feed>
